Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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dimanche 28 juin 2026

[Andrzej Sapkowski] Qui est Angoulême ?

Angoulême fait partie de la Hanse, ce groupe qui accompagne Geralt dans sa folle tentative pour sauver Ciri. Ancienne criminelle, Angoulême faisait partie d’une bande qui cherchait à enlever Geralt. Au fur et à mesure de ses interactions avec d’autres personnages, on en apprend plus sur sa vie, sur ce qu’elle est et sa vie tragique.


On comprend très vite que sa vie a été marquée par un mauvais début. Angoulême n’a rien commis de mal ; elle a simplement eu la chance de mal naître. Elle est la conséquence d’un adultère, elle est une fille reniée par ses proches (« cette famille (…) s’est débarrassée de moi parce que ma mère, paraît-il, avait couché avec une espèce de pèquenaud, un palefrenier »). Pourtant, Angoulême n’a rien fait de mal. Elle n’a fait que naître, ce n’est pas elle qui a trompé son mari…


Abandonnée, sa vie a été ensuite une longue et lente chute. Elle aurait pu être recueillie par une famille aisée, cela n’a pas été le cas. Quelques années plus tard, elle finit dans un espèce d’orphelinat géré par des hommes d’église. A nouveau, Angoulême est la victime. Elle arrive au mauvais endroit au mauvais moment puisque les prêtres sont des dégénérés, des hommes qui abusent des enfants recueillis. Elle décrit « un hospice dirigé par des prêtres, près de je ne sais plus quel temple (…)  Un lupanar purement et simplement, un bordel (…) De jeunes fillettes. Et des petits garçons aussi. Moi, quand je me suis retrouvée là, j’étais déjà trop grande, il n’y avait pas d’amateurs pour moi (…) Enfin…presque pas ». On comprend donc qu’Angoulême a sans doute subi des abus et des viols.

A Geralt, Angoulême dit que «  les coups, c’est pas grand-chose (…) depuis que je suis petite, on me bat, j’ai l’habitude ». Son enfance a donc été une succession de coups durs. Angoulême n’a pas été une enfant aimée ou bien traitée.

Elle atterrit ensuite dans un groupe de voyous, les Rossignols, contre qui elle se retourne quand elle apprend qu’ils visent Geralt. Ce qui lui fait recevoir des menaces de son ancien chef : Rossignol éructe que « j’ai juré d’infliger une sale mort à Angoulême, je vais m’amuser un peu avec elle ».


Adoptée plus ou moins de bon gré par la Hanse, Angoulême finit par arriver à Toussaint. Là, le groupe plonge dans une torpeur inattendue. Leur quête, retrouver Ciri, semble être mise de côté : cela représente un événement totalement inattendu tant Geralt semblait focalisé sur ce but. Angoulême analyse finement la situation : « ce fichu Toussaint, putain, c’est un endroit ensorcelé. Toute la ville a été envoûtée par un charme magique (…) J’ai été surprise par le comportement de Jaskier, puis par celui du sorceleur, mais j’ai moi aussi maintenant comme un voile de brume devant les yeux (…)Partons d’ici au plus vite ». Toussaint est donc une prison dorée. Elle pourrait très bien devenir le cimetière des ambitions du clan de Geralt. Si Angoulême a l’air si inquiète, c’est parce qu’elle est réellement et profondément attachée à Geralt et aux autres. L’objectif de Geralt est devenu le sien !  

On n’est donc pas étonné de la voir prononcer comme une déclaration de foi en faveur du chasseur de monstres : « mais moi, je n’abandonnerai pas le sorceleur. Comme l’a fait remarquer tonton Jaskier, il s’est empressé de me faire rejoindre votre groupe sans s’inquiéter, bien que je sois une ancienne criminelle ».


La voir mentionner Jaskier comme tonton n’est pas anodin. La Hanse est presque comme une famille pour Angoulême, une famille bien particulière certes, mais une famille malgré tout. Quand Milva meurt, Angoulême exprime fortement sa détresse : « Tantine ! hurla Angoulême. Tantine, ne meurs paaaaaas ! » Angoulême est réellement attachée à Milva et aux autres. 

Tout comme elle l’est à Ciri alors qu’elle ne la connait qu’à travers ce que dit Geralt et les autres. Angoulême n’a jamais rencontré Ciri si ce n’est au moment de sa mort à Stygg. Blessée, Angoulême agonise dans les bras de Ciri. Elle délire, exprime des rêves vains (« Dis, tu es une reine n’est-ce-pas ?… A Cintra…. Nous serons bien accueillis chez toi, non ? Tu feras de moi… une comtesse ? ») Alors qu’elle meurt, ses dernières paroles sont tournées vers Geralt : « je suis Angoulême. Je ne croyais pas… Je ne croyais pas qu’on te trouverait. Mais j’ai suivi Geralt… Parce qu’on ne peut pas ne pas le suivre ».


Angoulême meurt donc. Zoltan Chivay porte un toast aux membres de la Hanse morts en voulant délivrer Ciri : « Que la terre leur soit légère à tous ».

mercredi 13 août 2025

[Andrzej Sapkowski] Le dernier voeu / Quelques extraits que j'apprécie

  • Comme à l’accoutumée, les chats et les enfants furent le premier à le remarquer. Un gros matou tigré qui dormait sur un tas de bois chauffé par le soleil frémit, leva sa tête ronde, rabattit les oreilles, s’ébroua et décampa dans les orties.
  • Le sorceleur avait rencontré, au cours de son existence, des voleurs à l’air de conseillers municipaux, des conseilleurs municipaux à l’air de mendiants, des débauchées ayant l’air de princesses, des princesses ayant l’air de vaches pleines et des rois de voleurs. Mais Stregobor avait toujours eu l’air de ce à quoi doit ressembler une magicien selon toutes les règles et toutes les représentations.
  • (Geralt) : Ainsi va la vie. On voit toutes sortes de choses quand on voyage. Des paysans qui s’entre-tuent pour une borne au milieu d’un champ, que les escouades de deux régents fouleront le lendemain pour s’y massacrer les uns les autres (…) Alors pourquoi une mort qui menace quelqu’un devrait-elle me bouleverser, de surcroit, quand il s’agit de toi ?
  • (Geralt) : Le Mal est le Mal, Stregobor, dit gravement le sorceleur en se levant. Petit, grand, moyen, peu importe, ses dimensions ne sont qu’une question de convention, et la frontière entre ces mots n’existe pas. Je ne suis pas un saint, ermite, je n’ai pas fait que le bien dans ma vie. Mais à choisir entre deux maux, je préfère ne pas choisir du tout.
  • (Calanthe) : Ta femme est, en effet, de santé fragile. On m’a raconté que pendant les dernières moissons, elle t’a surpris dans une meule de foin avec une fille et qu’elle t’a poursuivi avec une fourche sur  près d’un mille, sans te rattraper.
  • (Duny) : Lorsque j’ai appris qui tu étais, dans la salle du trône, je t’ai détesté et j’ai pensé beaucoup de mal de toi. Je te prenais pour un instrument aveugle et avide de sang, pour quelqu’un qui tue froidement, sans se poser de questions, qui essuie le sang sur sa lame et compte son argent. Mais j’ai compris que le métier de sorceleur est en fait digne de respect. Tu nous défends non seulement contre le Mal tapi dans l’ombre, mais aussi contre celui qui est tapi en nous. C’est dommage que vous soyez si peu nombreux.
  • (Nenneke) : Cette fois, c’est Jaskier, ton copain, ce vagabond, ce parasite et fainéant, ce prêtre de l’art, cette étoile lumineuse de la ballade et de la poésie courtoise ! Comme à l’accoutumée, auréolé de gloire, gonflé comme une vessie de cochon et puant la bière.
  • (Jaskier) : Vous, les sorceleurs, vous vous privez vous-mêmes de votre gagne-pain, lentement mais sûrement. Plus vous travaillez consciencieusement, et moins vous avez de boulot. Votre but, votre raison d’être, c’est bien un monde sans monstres, un monde paisible et sûr ! Autrement dit, un monde où les sorceleurs sont inutiles. C’est paradoxal, n’est-ce-pas ?
  • (Geralt) : Les gens, dit Geralt en détournant la tête, aiment bien inventer des monstres et des monstruosités. Ça leur donne l’impression d’être moins monstrueux eux-mêmes. Quand ils boivent comme des trous, qu’ils escroquent les gens, les volent, qu’ils cognent leurs femmes à coups de rênes, laissent crever de faim la vieille grand-mère, qu’ils assènent un coup de hache à un renard pris dans un panneau ou criblent de flèches la dernière licorne qui subsiste sur terre, ils aiment se dire que la Moire qui entre dans les chaumières au point du jour est plus monstrueuse qu’eux. Alors ils se sentent le coeur plus léger.
  • (Filavandrel) : C’est vous, les hommes qui haïssez tout ce qui n’est pas comme vous (…) C’est pour cette raison que vous nous avez pris notre terre, que vous nous avez chassés de nos maisons, que vous nous avez repoussés dans les montagnes sauvages. Vous avez occupé notre Dol Blathanna, notre vallée des Fleurs. Je suis Filavandrel aén Fidháil des Tours d’Argent, descendant des Feleaorn des Vaisseaux Blancs; Aujourd’hui exilé au bout du monde, je suis Filavandrel du Bout du Monde.
  • (Yennefer) : Tu étais pressé, préoccupé par la souffrance de ton ami, tu as forcé ma porte en assommant des gens, et pourtant tu as consacré une pensée à une femme assoiffée. En faisant cela, tu m’as émue et il n’est pas impossible que je t’aide. Mais je ne renoncerai pas à l’eau et au savon.