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mercredi 5 août 2026

[George R.R. Martin] Cersei Lannister a-t-elle aimé Rhaegar Targaryen ?

Il existe des événements qui auraient pu changer les choses. Si Cersei avait fini par épouser Rhaegar, qui aurait pu dire comment Westeros aurait évolué ? Au lieu d’une union entre les puissantes familles Targaryen et Lannister, on a vu Cersei devoir se contenter d’un Robert Baratheon inapte à gouverner et d’une liaison incestueuse et passionnée avec son frère, le tueur de roi, Jaime Lannister. 


Le mariage non réalisé entre Cersei et Rhaegar semble être un fait connu de beaucoup. 

Cersei était promise à Rhaegar, telle était la volonté de Tywin. Même à Dorne, cela se sait. Oberyn rapporte les propos de sa mère qui désirait qu’un de ses fils épousait Cersei. C’était impossible car « lord Tywin l’avait brutalement rebutée. Sa fille, il la destinait au prince Rhaegar ». Mais, Aerys a refusé cette union. Il a ainsi humilié les Lannister. Il a surtout convaincu cette famille qu’il n’avait plus toute sa tête. L’avis de Cersei est claire et tranchée : « c’était forcément la démence qui avait poussé Aerys à se refuser la fille de Lord Tywin que pour leur prendre son fils en échange, tout en mariant le sien propre à une princesse de Dorne égrotante aussi noiraude qu’un pruneau et plate comme une limande ». Kevan Lannister va même plus loin en accusant Aerys de tout ce qui a mal tourné. Il est convaincu que le charme et la beauté de Cersei auraient empêché Rhaegar d’aller voir ailleurs, de se tourner vers Lyanna Stark (« si Aerys avait accepté de la marier à Rhaegar, combien de morts auraient pu être évitées ? (…) avec une telle épouse, Rhaegar aurait bien pu ne pas accorder plus d’un coup d’oeil à Lyanna Stark »).


En réalité, l’union entre les deux n’aurait pas simplement été un mariage politique, en tout cas du point de vue de Cersei. La jeune Lannister semble avoir réellement aimé Rhaegar, tout laisse croire qu’elle a eu une sorte de coup de foudre.

Quand elle pense à nouveau à lui, ce sont avec des pensées dithyrambiques. Rhaegar est « plus qu’un homme ». Elle est impressionnée par sa beauté, son charisme, sa voix et elle relie ça à son histoire familiale : « le sang qui coulait dans ses veines était le sang de l’antique Valyria, le sang des dragons et des dieux ». 

Cersei n’a jamais oublié Rhaegar, elle compare sans cesse ses amants à lui. Elle cherche même des similarités entre certains et Rhaegar, comme le montre l’exemple d’Auran Waters. Elle se rappelle que « la première fois qu’elle l’avait vu, elle avait failli croire, l’espace d’une seconde que c’était Rhaegar Targaryen, ressuscité de ses cendres ». Mais, rien ne peut arriver à la hauteur de Rhaegar (« tout superbe qu’il est, il n’arrive pas à la cheville de Rhaegar »).

Robert Baratheon n’échappe pas non plus à la comparaison. Ses manières, sa façon d’être, sa tendance à boire encore et encore ne plaisent pas à Cersei. L’homme est brusque et repoussant. Elle n’a que des regrets d’avoir dû l’épouser : il n’est pas l’homme qu’il voulait. Elle est convaincue que « l’homme qui est revenu du Trident n’était pas le bon ». Elle ne ressent rien pour Robert ; mais, en tant que reine, elle doit accomplir ses devoirs conjugaux pour donner des héritiers au Royaume. Elle visualise alors Rhaegar pendant qu’elle couche avec Robert (« les premières années, alors qu’il la chevauchait plus souvent, elle fermait les yeux et se donnait l’illusion qu’il était Rhaegar »).

Enfin, il faut noter que même Jaime faisait pâle figure avec Rhaegar. Leur gémellité avait beau être forte, elle n’avait d’admiration que pour Rhaegar. On lit que «à côté de Rhaegar, même son beau Jaime lui avait fait l’effet de n’être qu’un gamin godiche ».


Le peu d’amour de Cersei envers Robert est assez évident. Elle a même un amant en la personne de Jaime. Elle est évidement déçue de ne pas avoir pu épouser Rhaegar. Pire, elle doit vivre avec celui qui a tué l’homme qu’elle aimait ; l’effet est évident : « elle n’avait jamais pardonné à Robert de l’avoir tué ». Comment lui en vouloir ? D’autant plus que Robert Baratheon, peu subtil, a dû lui raconter la scène avec de nombreux détails.

On peut penser qu’elle se sent également un peu coupable de la mort de Rhaegar. Tout a commencé lorsque Rhaegar a détourné ses yeux d’Elia pour les tourner vers Lyanna. Cersei pense que si elle avait été à la place de la fille Martell, rien ne serait arrivé : » si elle avait seulement épousé Rhaegar, ainsi que les dieux le voulaient, jamais il n’aurait posé deux fois les yeux sur la petite louve ». Mais, Aerys en a décidé autrement.

samedi 7 février 2026

[George R.R. Martin] La princesse et la Reine / Quelques extraits que j'apprécie

  • Le prince Aegon : Suis-je le roi, ou ne le suis-je pas ? demandait-il régulièrement sa mère. Si je le suis, alors couronnez-moi.
  • Rhaenyra : Elle était ma fille unique, et ils l’ont tuée. Ils ont usurpé ma couronne et assassiné mon enfant, et ils répondront de leurs actes.
  • Les dragons s’affrontèrent violemment mille pieds au-dessus du champ de bataille, et les boules de feu aveuglantes se multiplièrent tant que les combattants jureraient plus tard que le ciel était plein de soleils.
  • Lord Bar Emmon alla jusqu’à suggérer que le temps était peut-être venu de ployer le genou devant Aegon II. La reine s’y opposa formellement. Seuls les dieux connaissent véritablement le coeur des hommes, et celui des femmes est particulièrement étrange.
  • Les plus jeunes n’avaient jamais été montés et la dragonnière de Songefeu, la reine Helaena, était une femme brisée. La ville aurait aussi bien pu ne compter d’autre créature ailée que les corbeaux et la volaille.
  • La fille qu’ils avaient autrefois acclamée comme étant la Joie du Royaume était devenue une femme avide et vindicative, une reine au moins aussi cruelle que les rois l’ayant précédée. Un esprit railleur l’avait surnommée « le roi Maegor avec des loches », et pendant le siècle qui s’ensuivit, « les Loches de Maegor » devint l’une des imprécations favorites des opposants à la couronne.
  • Les manteaux d’or encore envie s’étaient retranchés dans leurs baraquement, tandis que les chevaliers de caniveau, les rois fantoches et les prophètes fous dirigeaient la rue. Tels les cancrelats auxquels ils ressemblaient, les pires de cette engeance fuyaient la lumière, se terraient dans leur planque ou leur cave pour cuver leur vin, partager leur butin et laver le sang qu’ils avaient sur les mains.
  • Champignon : Des ivrognes sans doute, mas un ivrogne ne connait pas la peur. Des imbéciles sûrement, mais un imbécile est capable de tuer un roi. Des rats également, mais un millier de rats peut avoir raison d’un ours.
  • Hugh le Dur : les petits garçons devraient mieux se tenir quand les hommes discutent. Je dirais que votre père ne vous pas a battu assez. Prenez garde à ce que je ne le remplace pas.

vendredi 23 janvier 2026

[George R.R. Martin] Daenerys, un mythe ?

Daenerys est bien loin de Westeros. Réfugiée dans l’est, elle tente d’étendre son emprise alors que dans son royaume légitime, des prétendus rois se font la guerre et tentent de conquérir son Trône de Fer. Si son existence est connue de tous, si on sait que Aerys et Rhaella ont une fille qui a survécu, on sait bien peu de choses d’elle à Westeros. Et ce qu’on apprend sur elle se mélange à la rumeur. Il est donc difficile pour les gens du démêler le vrai du faux.


Armen, un mestre porté sur la boisson, discute des dragons. Dans sa longue énumération (« des dragons à Asshaï, des dragons à Quarth, des drageons à Meereen, des dragons Dothraki, des dragons libérant des esclaves… Chacune de ces versions diffère de la précédente »), on comprend qu’il est difficile de concevoir et de comprendre ce qui se passe à l’est. Les dragons étant des créatures sauvages, pas vues depuis des décennies à Westeros, il est difficile pour eux d’appréhender la chose. Mais, Armen, comme tant d’autres, ne fait pas que refuser l’existence de dragons ; il lui est impossible d’assimiler le dragon à une personne, et ici à Daenerys Targaryen.


Le pouvoir royal, lui, se moque totalement de ce qui se passe à l’Est. La régente Cersei, celle qui fait en réalité fonction de Reine, est obnubilée par Westeros et la consolidation de son pouvoir. Elle veut garder son emprise sur Tommen, éloigner la menace Margaery. Cela la conduit donc à négliger son devoir et à ne pas prendre en compte les informations données. Elle se moque totalement d’Aurane Waters quand il dit qu’une « étrange rumeur circule dans les docks depuis peu. Elle émane des mers de l’est. Ils partent de dragons… » Elle ne prête pas plus d’attention à ce que Qyburn (« d’Astapor, la révolte des esclaves a gagné Meereen, à ce qu’il paraîtrait. Des matelots débarqués d’une douzaine de navires parlent de dragons ».


Euron, lui, décide d’y croire. Il voit en Daenerys une façon d’affermir son pouvoir, pas seulement sur les îles de Fer ou le Nord mais tout le continent. Quand il évoque Daenerys, c’est presque en terme prophétique ; elle est celle qui doit lui permettre d’accomplir son destin (« lorsque la seiche épousera le dragon (…) le monde entier aura tout intérêt à faire gaffe »). Euron a entendu les rumeurs (« on dit qu’elle est la plus belle femme de l’univers. Elle a des cheveux d’argent doré, et ses yeux sont des améthystes ») et cela lui plaît.


Un autre personnage a un intérêt fort et sincère pour Daenerys : Aemon Targaryen. Le Mestre envoyé au mur et qui est en train de mourir n’est pas intéressé par Daenerys parce qu’elle est de sa famille. C’est un détail pour lui. S’il est obsédé par Daenerys, c’est parce qu’il est convaincu qu’elle est le prince qui est promis, la personne qui doit défaire la grande menace. Il a cette certitude quand il entend des dragons. Il affirme ainsi à Samwell que « les dragons ne sont ni mâles ni femelles (…) Daenerys est l’élue véritable, elle qui est née parmi le sel et la fumée. Les dragons le prouvent ».

Se sachant mourant, Aemon se lamente de ne pas pouvoir aider Daenerys qui doit « être conseillée, instruite, protégée ». Il ajoute que « les dragons doivent avoir trois têtes » et « je suis trop vieux et fragile pour être du nombre. Je devrais être avec elle afin de lui montrer la voie, mais mon corps m’a trahi ».

Aemon conseille alors à Samwell de se rendre à la Citadelle pour parler de Daenerys. Sa demande est simple : « Daenerys est notre espoir. Dis-le-leur, à la Citadelle. Fais toi écouter d’eux. Ils doivent lui envoyer un mestre ». Aemon montre donc toute sa foi en Daenerys qui doit mener le combat contre la nuit et l’hiver qui viennent.

Mais, à la Citadelle de Villevieille, Samwell est bien mal reçu. Sa demande est ignorée, on lui fait comprendre que les mestres n’ont aucun intérêt au retour des dragons. Marwyn, un mestre, le met en garde : « le monde que la Citadelle est en train de construire n’a pas plus de place pour la sorcellerie que pour la prophétie ou que pour les chandelles de verre, ni, à plus forte raison, pour les dragons ». Certains à Villevieille voient donc Daenerys comme une menace. Et il se peut que Marwyn fasse partie de ce groupe…


mercredi 19 novembre 2025

[George R.R. Martin] Yi Ti

On sait bien peu de choses du lointain Est, du lointain Orient. Tout ce qui est rapporté mélangent rumeurs et légendes. Il est très compliqué de distinguer le vrai du faux, de séparer le mythe et la réalité. Pour autant, une tendance semble se dégager : Yi Ti serait un endroit où tout est trouvable, même des choses qui dépassent l’imagination.

Xaro Xhoan Davos, pourtant un homme possédant beaucoup de choses venant de partout à travers le monde, parle de Yi Ti en termes élogieux. Ses mots laissent entendre que Yo Ti est un endroit merveilleux dépassant l’entendement. Là-bas, il proposerait à Daenerys de « chercher la cité rêveuse des poètes et siroter le vin de la sagesse dans un crâne humain ».


Yi Ti serait le dernier repaire des créatures magiques, de ces animaux qui ont quitté Westeros, un endroit où les gens sont surpris simplement parce qu’ils voient un loup-garou. Daenerys a entendu des rumeurs qui disent que « les manticores hantaient toujours (…) l’archipel de Jade, et dans la jungle de Yi Ti pullulaient encore les basilics ». Mollander, lui, tend à croire que même un dragon serait banal à Yi Ti (« les dragons doivent être le moindre des trucs qui risquerait d’époustoufler un visiteur à Qarth comme à Asshai et à Yi Ti, des trucs dont nous n’avons jamais seulement rêvé par ici »). D’ailleurs, on peut noter que c’est tout l’Est lointain qui semble totalement méconnu, pas uniquement Yi Ti.

Si on en sait très peu sur Yi Ti, c’est que l’endroit est loin. Il est éloigné même si le commerce peut exister. Jorah Mormont affirme que « peu de caravanes empruntent cette voie, certes, mais il y a de grands royaumes à l’est et des cités pleines de merveilles. Yi Ti, Qarth, Asshai-lés-l’Ombre…


Enfin, on peut supposer qu’il existe une culture commune à ce monde, ou en tout cas un semblant de culture commune, si on se base sur la religion et plus précisément le concept du Dieu Multiface. Il est présent partout : de Yi Ti à Westeros. On peut lire qu’ « à Qohor, il est la Chèvre Noire, à Yi Ti Le Lion de la Nuit, à Westeros l’Etranger. Tous les hommes doivent finalement s’incliner devant lui, qu’ils adorent les Sept ou le Maître de la Lumière, la Lune Mère ou le dieu Noyé ».

jeudi 17 juillet 2025

[George R.R. Martin] Le fanatisme contre Cersei Lannister et les femmes

Cersei Lannister est en bien mauvaise posture. Alors qu’elle occupe une des places les plus importantes du Royaume, son rôle est remis en question : elle est accusée d’avoir couché avec d’autres hommes que son mari, de fausses accusations ainsi que d’inceste. Pour ne rien arranger au sort de Cersei, ses déboires se déroulent alors qu’une faction radicale s’est emparée du pouvoir religieux à la capitale et semble avoir une lecture très stricte des textes et des pratiques.


C’est bien entendu la féminité et la sexualité de Cersei qui posent problème pour beaucoup. Il lui est reproché sa trop grande liberté sexuelle. C’est un argument déjà entendu lorsque la légitimité de Joffrey a été remise en cause par Stannis. Mais, il s’ajoute cette fois-ci une nouvelle couche bien plus mystique. L’accusateur lui reproche une perversité spirituelle comme le souligne la Septa Unella : « c’est la propreté de votre âme immortelle qui devrait vous préoccuper, et non de telles vanités de la chair ». Cersei, en couchant avec d’autres hommes, se serait souillée pour toujours.

Quand il rencontre Cersei, le Grand Moineau, le leader actuel du culte des Sept, exprime clairement son avis. Il laisse entendre qu’il déteste les femmes pour ce qu’elles sont et la capacité qu’elles ont selon lui à pervertir les hommes. Il reproche à Cersei un tort qu’il attribue à toutes les femmes ; aucune d’elles ne serait capable de se contrôler, de contrôler ses appétits charnels (« on connait bien la perversité des veuves, et toutes les femmes sont au fond des gourgandines, rompues à employer leur charme et leur beauté pour imposer leur volonté aux hommes »). Autrement dit, si les hommes fautent dans leur foi, ce serait forcément à cause des femmes.


Dès lors, le procès de Cersei n’est pas qu’un simple procès d’une femme accusée de tromperie, ou même un procès politique, c’est un procès religieux, le symbole de ce qui ne va pas à la capitale et dans le coeur et les âmes des gens. Kevan Lannister résume la chose : « Sa Sainteté Suprême est déterminée à te faire juger pour régicide, déicide, inceste et autre trahison (…) Le Grand Septon parle ici-bas pour les Sept. Frappe-le, et tu frappes les dieux eux-mêmes ».

Ensuite, la foi des sept et ses représentants n’a qu’un but : humilier Cersei. Il ne suffit pas de la maintenir en prison ou l’empêcher de voir son fils, Tommen. En la préparant pour sa marche d’expiation, elle est tondue : on lui enlève une part de sa féminité, sa chevelure. Cela ne s’arrête pas là car pour les septons, tondre Cersei revient à la purifier en partie. Ainsi, on la nettoie de la tête aux pieds (« quand ses mèches et ses frisures formèrent un amas autour de ses pieds, une des novices lui savonna le crâne, puis la soeur du Silence racla ce qui restait avec un rasoir (…) Le poil sous ses bras suivit, puis ses jambes et, enfin, le léger duvet doré qui couvrait son mont (…) Le rasoir avait le froid de la glace. »).


C’est une Cersei entièrement nue qui est livrée à la foule. Son corps ne lui appartient plus, elle n’a plus aucune dignité. Le Grand Septon (Moineau) l’offre à des gens furieux et déchaînés. Les septons justifient ce choix en disant qu’il n’y a que comme ça qu’elle pourra obtenir son pardon. Septa Mohelle habille son discours de beaux mots religieux : « Sa Sainteté Suprême lui a ordonné de démontrer son repentir en se dénudant de tout orgueil et de tout artifice pour se présenter, telle que les dieux l’ont faite, aux yeux des dieux et des hommes, afin d’accomplir sa marche d’expiation ». On comprend bien qu’il y a là une volonté de l’humilier et de la briser : elle n’a pas été entièrement rasée sans raison, elle n’a pas été forcée de marcher nue sans raison.


Cersei n’est pas la seule cible du Grand Moineau. C’est aussi le cas de Margaery Tyrell. Elle est accusée d’avoir une sexualité débridée et d’absorber des potions pour avorter.

Le statut de reine n’a pas protégé Cersei, la puissance de sa famille ne met pas Margaery à l’abri. Les propos de Kevan Lannister sont clairs : ce que le culte des Sept, le culte des Sept l’obtient (« nul ne doute de l’innocence de votre fille, messire, mentit ser Kevan, mais Sa Sainteté Suprême insiste pour avoir un procès »). La réaction de Mandyll Tyrell est plus qu’équivoque et montre à quel point le Grand Moineau a fait de son culte un puissant outil politique. S’il fait des femmes sa principale cible, il s’implique de plus en plus dans le jeu politique comme le déplore Mandyll Tyrell : « que sommes nous-devenus, pour que rois et grands seigneurs, doivent danser au gazouillis de moineaux ? ».

dimanche 6 avril 2025

[George R.R. Martin] La relation entre Sansa Stark et Robert Arryn

La vie de Sansa Stark n’a été qu’une longue chute depuis qu’elle a quitté Winterfell pour se rendre à Port-Réal. Les Lannister ont fait de sa vie un enfer, son père a été décapité sous ses yeux et le peuple de la capitale l’aurait volontiers violée. Quand Joffrey décide de fanfaronner le jour de son mariage et de se moquer de son oncle Tyrion, le roi ne se doute pas qu’il a déjà un pied dans la tombe. Sansa aurait fait une bonne coupable mais elle a fui. Elle rejoint Petyr Baelish et s’en va vers les Eryé. Là, elle retrouve sa tante Lysa Arryn et son cousin Robert Arryn. Et pour éviter tout risque, Sansa devient Alayne, la fille de Petyr Baelish.


Robert Arryn a eu une mauvaise réputation. On ne sait pas trop où Sansa a acquis son avis sur son cousin. Elle a sans doute repris à son compte les avis de son père et de sa mère, Ned et Catelyn Stark. En tout cas, elle a un préjugé clairement négatif que rien n’arrange l’idée d’un mariage arrangé par Lysa Arryn. Robert est tout sauf le mari dont elle rêve : « cette perspective accabla Sansa. Tout ce qu’elle savait de Robert Arryn, c’est qu’il était encore un bambin, et passablement maladif ». 

La perspective d’épouser Robert effraie Sansa ; le jeune homme ne représente en rien l’idéal masculin qu’elle s’est imaginée. Elle le compare même à ses anciens prétendants. La faiblesse physique de Robert semble dégoûter Sansa ; elle se demande si « Lord Robert tremblerait-il tout au long de leur vie conjugales ? (…) Au moins Joffrey était-il sain de corps… » Trouver une qualité à Joffrey montre bien à quel point elle est aux abois : le rejeton Lannister n’a fait que la tourmenter. Ne pas passer le point de comparaison avec Joffrey montre bien que, pour Sansa, Robert ne vaut pas grand-chose.

Si elle éprouve une certaine pitié devant l’état de Robert, cela ne se transforme en rien en amour. Elle ne voit pas ce qu’elle peut faire avec un jeune homme si faible qui ne fait que geindre et pleurer. Il ne peut rien lui apporter. Elle en revient même à regretter son autre mariage arrangé, avec Tyrion Lannister : « son petit cousin lui inspirait parfois de la compassion, mais pas un instant le désir, fut-ce en imagination, de devenir sa femme. J’aimerais mieux plutôt qu’on me remarie à Tyrion. » Autrement dit, Sansa est prête à tout sauf à s’unir avec Robert.


La mort de Lysa change tout. Le projet de mariage est abandonné mais Robert devient encore plus collant. Elle se rapproche de Robert qui voit en elle une mère de remplacement. Or, Robert avait une relation intime, presque dérangeante, avec sa mère qui ne faisait que le couver et lui donnait même le sein alors qu’il avait passé l’âge. Il n’est donc pas étonnant de voir Robert répéter ça avec Sansa. On lit qu « il n’arrêtait pas de lui fourrager les seins comme un nouveau-né, sans compter que, lorsque ses crises de tremblote s’emparaient de lui, il s’oubliait plus qu’à son tour et mouillait les draps ». Robert est comme un bébé. Son état physique ne peut que dégoûter Sansa, elle qui a été éduquée dans une sorte de respect de la vitalité par ses parents dans le Nord.

Les envies de Robert sont claires : il a besoin de quelqu’un qui prend la place de Lysa. Il le dit directement à Sansa : « une fois dûment blotti, il posa sa tête entre les seins de Sansa. « Alayne ? C’est toi, ma mère, maintenant ».


Si elle est dégoûtée par le physique de Robert, Sansa finit par l’accepter, elle fait avec. Mais, Robert va encore plus loin dans son inaptitude en disant entendre la voix de Marillion, l’ancien chanteur de Lysa Arryn. On ne sait pas avec certitude si Marillion est mort : il a vraisemblablement été torturé et prisonnier. Sansa, elle, est convacincue qu’il est mort. Cela a toute son importance car pense alors que Robert entend des voix, ce qui ne peut encore que dégrader son image (« assez calamiteux déjà qu’il soit malingre et souffreteux, mais s’il est fou par-dessus le marché »). Il faut néanmoins préciser que Robert ingurgite, sans la savoir, des drogues mélangées sa nourriture et cela peut avoir un effet sur son cerveau.


Les occupants du château des Eryé semblent être d’accord : Robert tient à Alayne. Baelish résume la situation : « Lord Robert aime ma fille de tout son coeur, il se fera un plaisir de vous le confirmer lui-même ».


Même si son physique ne lui plait pas (« son torse nu était celui d’un petit garçon empoté, et ses cheveux étaient aussi longs que ceux d’une fille. Il avait des bras et des jambes grêles, la poitrine flasque et creuse et un brin de bedaine »), Sansa finit par lui trouver des excuses à force de le fréquenter. Elle blâme presque le destin en pensant qu’il n’est « pas responsable de son aspect. Il est né malingre et maladif ». Elle sait également que la mort de sa mère, Lysa Arryn, lui a causé un grand choc. Il n’est donc pas étonnant de le voir traîner du pied lors de la descente vers les Portes de la Lune (« il a peur songea-t-elle, et à juste titre. Depuis la chute mortelle dame sa mère, il ne consentait même pas à se tenir sur un balcon »). Là, Sansa va être embrassée deux fois, deux baiser qui la mettront mal à l’aise. Baelish et Robert tentent leur chance. Le baiser de Robert montre qu’il n’est qu’un gosse, qu’il n’a aucune expérience, qu’il n’a toujours pas franchi les portes de l’enfance : « Robin chéri l’enlaça dans ses bras maigrichons et l’embrassa. C’était un baiser de petit garçon, et un baiser pataud. Tout ce que faisait Robert Arryn était pataud ».


lundi 31 mars 2025

[George R.R. Martin] Wylla Manderky, un exemple de fidélité ?

Il existe des personnages n’apparaissant que très brièvement, qui ont très peu de lignes et qui pourtant marquent le lecteur. C’est le cas de Wylla Manderly, une jeune fille qui doit épouser un Frey. Or, les Frey ont lâchement assassiné le Roi du Nord, Robb Stark. Et c’est un problème puisque les Manderly ont juré et promis fidélité aux Stark. Si certains dans sa famille ont oublié cette parole, ce n’est pas le cas de Wylla.


La situation de la maison Manderly vis-à-vis de Stark semble être bien connue. Lors d’un conseil, le Grand Mestre Pycelle prévient que « Eddard Stark possédait en Wyman Manderly un soutien indéfectible ». Cersei regrette l’attitude de Wyman qui ne prend pas position et ménage à la fois le camp des Lannister et le camp de Stannis Baratheon. Cersei ne semble pas comprendre la nature du lien qui unit la famille Manderly à la famille Stark et déplore que « ce vieil imbécile peut bien s’être montré loyal à sa manière » aux Stark.


C’est donc Wylla avec la fugueur de sa jeunesse qui éclaire sur le lien entre les deux maisonnées. Ce n’est pas une simple parole donnée. La chose va bien plus loin puisque les Stark leur ont tendu la main alors qu’ils semblaient proches de la disparition, de l’extinction. Sans la bonté des Stark, il n’y aurait plus eu de Manderly. C’est ce que rappelle Wylla : « une promesse a été faite (…) et des serments ont été prêtés dans l’Antre du Loup (…) Quand nous étions en grand malheur, sans amis, chassés de nos maisons et en péril de nos vies, les loups nous ont recueillis, nourris et protégés contre nos ennemis (…) nous avons juré que serions toujours leurs. Des hommes de Stark ! ». La fureur de Wylla est de plus nourrie par les morts récentes des Stark, notamment Eddard, Catelyn et Robb (« Ils ont tué lord Eddard, lady Catelyn et le roi Robb (…) Il était notre roi ! Il était brave et bon, et les Frey l’ont assassiné »). Cette déclaration peut sembler simple et naïve, elle illustre bien le point de vue de Wylla. Elle ne comprend pas comment certains membres de sa famille peuvent envisager une alliance avec les Lannister et les Frey, et des mariages arrangés. Ce ne serait pas qu’une humiliation mais un renoncement, une trahison à la parole donnée.


Si les paroles de Wylla suscitent la moquerie, elles trouvent quand même un certain écho en Wyman Manderly. Ce dernier a bien conscience d’évoluer sur une corde raide : il doit ménager les désirs du Trône de Fer (les Lannister donc) et l’histoire de sa maisonnée. Il joue donc double jeu en contentant les Lannister (en faisant faussement tuer l’envoyé de Stannis, Davos) tout en tentant de faire en sorte qu’un Stark revienne occuper Winterfell (il demande à Davos de retrouver Rickon). Il faut dire que l’intervention de Wylla a ravivé une certaine forme de fierté en lui : « elle m’a rappelé la dette de Blancport envers les Stark de Winterfell, une dette qui ne pourra jamais être remboursée. Wylla a parlé avec le coeur ».

vendredi 21 mars 2025

[George R.R. Martin] Rickon Stark, un enfant délaissé

Il n'est pas facile d'être un enfant dans le Nord et encore moins d'être un enfant Stark. Ned n'a que les mots devoir et honneur à la bouche. Il tente d'inculquer certaines valeurs à ses enfants, dès leur plus jeune âge. Ned sait que les Stark ont des devoirs envers le peuple, envers leur famille, envers leurs terres et pour le roi (Robert Baratheon). Tout cela mène Ned à être froid avec ses enfants, pas parce qu'il ne les aime pas, mais parce qu'il veut tirer le meilleur d'eux. Le cas Rickon en est un bel exemple. Le garçon n'a que trois ans et il est déjà attendu de lui de se comporter quasiment comme un homme (« Temps qu'il apprenne à dominer sa peur, bougonna Ned en se renfrognant. Il n'aura pas toujours trois ans. Et l'hiver vient »). 

En fait, la place de Rickon dans la famille n'est pas simple ; il est le petit frère. Il est celui qu'on laisse derrière, celui qu'on ne peut pas laisser seul, celui qu'il faut surveiller. Quand Robert Baratheon est en visite dans le Nord, il décide de partir chasser avec Ned et Robb Stark. Rickon, comme les autres enfants Stark, n'est pas invité. Cela pourrait ne pas être si grave si on omettait le commentaire méprisant de Bran : « Bran se retrouva donc seul avec Jon, les filles, et Rickon. Mais Rickon n'était qu'un bambin ». Encore une fois, le côté enfantin, trop jeune de Rickon est mis en avant. Il ne servirait à rien.


La sensation d'être laissé derrière est encore renforcée quand Ned, Sansa et Arya partent pour la capitale. Jon Snow, un bâtard, n'est pas invité alors que Robb est le Stark de Winterfell et que  Bran subit les conséquences de sa chute et ne peut se déplacer. Rickon reste aussi à Winterfell, car, comme le dit Ned à Catelyn, il n'est pas encore prêt (« vu son âge, tu garderas aussi Rickon »). Resté au château, délaissé par sa mère qui s'occupe de Bran, Rickon est un boulet que traîne Robb à ses pieds. Pour preuve de son inconfort avec son frère, il tente même de le refourguer à sa mère alors qu'elle est pleine souffrance : « il n'a que trois ans, il ne comprend pas ce qui lui arrive. Persuadé que tout le monde l'abandonne, il me suit sans cesse et partout, se cramponne à ma jambe en pleurant. Je ne sais par quel bout le prendre ». Les mots sont bien peu flatteurs et assez révélateurs du sentiment général.

Bran, quand il avait encore l'usage de ses jambes, critiquait la décision de Rickon de nommer son loup d'un nom enfantin (« Rickon avait choisi Broussaille d'un bébête pour un loup-garou »). On voit bien que, pour Bran, Rickon n'est qu'un gosse, qu'il est incapable de se comporter en grand. Mais, la réalité rattrape Bran ; l'infâme Jaime Lannister tente de le tuer et l'envoie voler à travers une fenêtre. Bran devient un adolescent incapable de marcher, de se défendre seul comme le montre l'incident de Bois-aux-Loups. Bran ne peut pas se battre et dans cet univers viril, c'est la preuve qu'il ne sert à rien. Il est inutile comme son frère Rickon Stark. Il pense que l'attaque « l'avait révélé démuni comme un nouveau-né, aussi incapable de se défendre que Rickon ».


mardi 11 mars 2025

[George R.R. Martin] Quelques références à la Danse des dragons dans le Trône de Fer

La guerre et les rivalités déchirent des familles, des proches. Ces tensions sont tout aussi importantes quand elles sont motivées pour la conquête du Trône de Fer. Si la Guerre des Cinq Rois voit des frères se déchirer (Stannis et Renly) ou des oncles et un neveu (Stannis et Joffrey), c'est la même chose pour la Danse des Dragons qui a vu la famille élargie des Targaryen s'entre-déchirer.


La Danse des Dragons est un événement marquant. Des décennies plus tard, elle est ancrée dans la mémoire des personnages. Certains de ses acteurs sont devenus des personnes de référence, de légende. C'est un aspect intéressant car elle illustre bien une constante dans cette saga : il ne suffit pas d'être un Targaryen pour entrer dans l'histoire. Elle regorge de grands noms comme le souligne Bran Stark : il «  se repaissait  de cent noms mélodieux (…) les jumeaux ser Erryk et ser Arryk, célèbres pour s'être entre-tués des siècles auparavant, lors de la guerre que les philosophes appelaient Danse des Dragons et au cours de laquelle le frère avait combattu la sœur ». L'aspect fratricide a rendu cet affrontement encore plus légendaire. Quand les chanteurs s'en emparent, ils accentuent cet aspect. Au mariage de Joffrey, un chanteur venant de Tyrosh « débuta par sa version personnelle de la Danse des Dragons qui se chantait plutôt en principe à deux voix, l'une masculine, l'autre féminine ». On retrouve bien là le côté symbolique de l'affrontement : frère contre sœur, famille contre famille.


L'affrontement a décimé les rangs des Targaryen. Les membres de la famille ont été les principaux participants de la Danse. Comme il s'agissait de la famille royale, cela a forcément essaimé et touché d'autres corps de la société. Il fallait prendre position. C'est Jaime qui nous apprend que les disputes ont fortement marqué la Garde (« au cours de sa longue histoire, les querelles intestines n'avaient pas manqué de diviser maintes fois la Garde, et d'une manière particulièrement virulente pendant la Danse des Dragons »). Arianne Martell et son père discutent de la Danse qui a commencé quand « le 1er Viserys entendait avoir pour successeur sa fille Rhaenyra ». Or, c'est le chef de la Garde qui a permis au fils de Viserys, Aegon d'être couronné ; on lit que « pendant que le roi gisait à l'agonie, le lord Commandant de la Garde décréta qu'il devait en être autrement ». Ce qui est intéressant de noter est que Criston Cole était motivé avant tout par des raisons personnelles puisqu'il n'a pas supporté d'être éconduit par Rhaenyra (« quelques uns chuchotèrent qu'avant de prendre le blanc, ser Criston avait été l'amant de la princesse Rhaenyra, et qu'il voulait se venger de celle qui l'avait finalement berné »). Dès lors, Criston Cole est entré dans la légende et est devenu le « Faiseur-de-Rois ».


La Danse des Dragons a consacré la primauté du fils par rapport à la fille. Une femme ne peut pas devenir Reine. Surtout, la trahison doit être punie, peu importe la nature des liens, familiaux ou non. On ne peut pas pardonner la sédition, les dissensions, les tromperies. C'est en partie sur cela que se repose Stannis Baratheon pour légitimer ses actes. Davos entend clairement son avis : « elle avait beau être fille de roi, mère de deux rois, elle périt de la mort des traîtres pour avoir tenté d'usurper la couronne de son frère. C'est la loi. La loi, Davos. Pas de la cruauté ». Autrement dit, Stannis justifie sa dureté, la mort de son frère et la volonté de tuer son neveu (Joffrey Baratheon). Et cette mort, c'est Daenerys qui nous raconte de quoi il s'agit : « un de ses ancêtres, Aegon troisième du nom, avait vu sa propre mère dévorée par le dragon de son oncle ». 



samedi 1 mars 2025

[George R.R. Martin] Qui est Melara Cuillêtre ?

La courte vie de Melara Cuillêtre est intéressante car elle met bien en avant la trop grande importance accordée aux prophéties. Ces dernières peuvent changer  la vie de gens, peu importe qu'ils soient malléables ou non. Les prophéties peuvent les pousser à emprunter des chemins non envisagés.

Il faut noter que Melara est morte depuis longtemps lorsqu'ont lieu les événements du Trône de Fer et que sa vie est racontée via des souvenirs et des pensées de Cersei.


Melara est une amie d'enfance de Cersei, et même si les deux jeunes filles ont été élevées dans la noble famille Lannister, il ne faut pas oublier qu'elles n'ont que onze et dix ans quand elles feront la rencontre de la voyante qui va conduire Melara à la mort.


En ce qui concerne les prophéties, Melara est sceptique. Sa réflexion est celle d'un enfant : « Melara prétendait que, si nous ne parlions jamais de ses prophéties, nous finirions par les oublier. Elle affirmait qu'une prophétie oubliée ne pouvait pas se réaliser ». La candeur de Melara l'aveugle. D'ailleurs, pour Melara, aller voir une voyante est un amusement d'enfants. Cersei et elle y vont pour ressentir des frissons, des rêves pleins le cerveau. Ce que dit Cersei de la rencontre avec Maggy la Grenouille est assez éclairant : « nous laissâmes cette mégère goûter notre sang, et ses inepties nous firent mourir de rire ».


Mais, et là est la tragédie de Melara, elle ne se rend pas compte que l'homme qu'elle aime (Jaime) est désiré par une autre, sa meilleure amie ( Cersei). Quand elle y repense, Cersei déborde de rancœur et se moque de la naïveté de celle qui fut sa meilleure amie : « Jaime ne sait même pas que tu existes. A cette époque-là, il ne vivait que pour les épées, les chevaux, les chiens... et pour elle, sa sœur jumelle ». C'est donc prisonnière à Port-Real que Cersei se plonge dans son passé et précise réellement ce qu'elle pense de Melara : « Cersei n’avait pas eu d'amie qu'elle apprécie autant depuis Melara Cuillêtre, et Melara s'était finalement révélée n'être qu'une petite intrigante cupide et farcie, dévorée d'ambitions ». Autrement dit, tout allait bien entre les deux jeunes filles jusqu'à ce que Melara s'intéresse à Jaime.


Melara meurt donc noyée au fond d'un puits. Maggy la Grenouille l'avait pourtant prévenue que « les vers auront ta virginité. Ta mort est présente, ici, cette nuit, petite. Ne sens-tu pas son haleine ? Elle est tout près ? » Mais comment Melara aurait-elle pu se douter que la main de la mort serait celle de Cersei ? Comment aurait-elle pu croire que Cersei l'aurait poussée dans un puits ? Il n'est pas clairement dit que Cersei l'a fait mais tout laisse à le croire (« elle ne fut pas si silencieuse au fond du puits. Elle glapissait et hurlait »). Cersei a donc assisté à l'agonie de Melara alors que son corps n'a été retrouvé que bien plus tard. Qyburn dit que « la fillette avait onze ans, elle jouissait d'une santé de cheval et vivait au roc en toute sécurité. Elle n'en tomba pas moins peu après dans un puits et s'y noya ». 

En tout cas, Cersei a relégué Melara au fond de sa mémoire. Elle ne pense plus à elle durant de longues années au point qu'elle dise que « j'arrive à peine à me rappeler son aspect ».


vendredi 21 février 2025

[George R.R. Martin] La chute de Cersei Lannister

La foi a pris le dessus à Port-Réal. Cersei Lannister, la reine, n'est pas à l'abri et elle voit à quel point le culte est devenu fort et influent. Elle en a d'ailleurs la preuve quand elle se fait emprisonner comme n'importe quel individu. Elle n'a droit à aucun traitement de faveur : « son monde s'était rétréci à une cellule de six pieds carrés, un pot de chambre, une paillasse tout en creux et en bosses, et une couverture de laine brune, aussi mince que ses espoirs ». Les intentions sont claires : il s'agit de priver Cersei de tout confort pour la réduire à ce qu'elle est : une simple personne qui a commis des fautes et qui doit les avouer. Quand Cersei se plaint de son sort, la Septa Onella illustre bien cette idée. Pire, on a une première impression de la folie religieuse qui habite ce corps. Dans les propos de la septa transparaissent clairement l'impression qu'elle se sent investie d'une mission sacrée. Elle lui dit que « c'est la propreté de votre âme immatérielle qui devrait vous préoccuper pour l'heure, et non de telles vanités de la chair ».


Tenue à l'écart de tout et de tous, Cersei est donc à la merci de quelques illuminés. Ses mauvais traitements ne sont pas que physiques, elle est également mise au supplice mentalement. Par exemple lorsque Septa Scolera lui apprend que sa rivale Margaery Tyrell resserre ses griffes sur son fils (« La reine est auprès de lui en permanence »). Pour ne rien arranger, Cersei apprend que sa fille , Myrcella, a été gravement blessée ; cette nouvelle ne fait qu'ajouter à son désespoir (« ce n'était qu'une enfant, ma précieuse princesse. Et elle était si jolie »). Cersei comprend que tout lui échappe, qu'en tant que mère elle ne peut plus protéger ses enfants.


Cersei n'a aucune chance d'échapper à la condamnation. Ses accusateurs n'obéissent à aucune logique, ils sont fanatiques et aveuglés par leur foi. Ils sont d’autant plus dangereux qu'ils détestent Cersei pour ce qu'elle est : une femme. Les propos du Grand Moineau sont révélateurs : « on connaît bien la perversité des veuves, et toutes les femmes sont au fond des gourgandines, rompues à employer leurs charmes et leur beauté pour imposer leur volonté aux hommes ». Cersei n'est donc pas accusée, elle est déjà coupable. Kevan Lannister abonde : « j'ai discuté avec Sa Sainteté Suprême. Il ne te libérera pas tant que tu n’auras pas expié tes péchés ». Jugée ou pas, la marche d'expiation a pour but de l'humilier sous le prétexte du pardon. Il faut la dépouiller de tout ce qu'elle est : son statut de reine, son statut de femme. Il n'est donc pas étonnant qu'ils la mettent à nu et qu'ils la tondent : il faut lui enlever tout son charme, toute sa vanité. Il ne s'agit même pas d'un nouveau départ mais la volonté de la réduire à rien. Cersei résume bien les choses. Elle note qu' « ils m'ont retiré ma couronne et les voilà qui me volent également celle-ci (…) Quand l'acte fut accompli, elle fut aussi nue et vulnérable que femme pouvait l'être ».


Dès lors, Cersei effectue sa marche d'expiation. Nue, tondue, elle offre son corps à la foule déchaînée, une foule qui aime le sang et qui aime voir ceux qui les dirigent être maltraités (Ned Stark ou les émeutes de Port-Réal lors du règne de Joffrey Baratheon). Les propos de la Septa Onella sont crus et durs. Cersei est réduite à peu de choses et son comportement exposé à tous : « une pécheresse se présente à vous. Elle se nomme Cersei de la maison Lannister, (…) et elle a commis de graves faussetés et fornications ».

Cersei est alors insultée et reçoit un bon nombre de projectiles, tous plus dégradants les uns que les autres. Elle tente de faire front (« les mots sont du vent. Des mots ne peuvent faire aucun mal »). Mais très vite, elle craque et chute. Son corps la trahit tout comme son cerveau. Elle voit des choses qui ne sont pas réelles.  Elle croit voir dans la foule amassée des gens qui ont marqué sa vie et pour qui elle éprouve du ressentiment ou du mépris, voire de la haine, ou des regrets et des remords. (« La reine commença à découvrir des visages familiers (…) lord Tywin (…) Melara Cuillêtre (…) Ned Stark (…) la petite Sansa (…) son frère Tyrion (…) Joffrey »). Elle plonge alors dans une introspection. Elle qui avait toujours compté sur sa beauté se laisse convaincre par cette marche de la honte que ce n'est pas le cas. Les insultes sur son corps la touchent et la minent. Les remarques dégradantes la forcent à jeter un nouveau regard sur elle-même : « Elle ne se sentait pas belle. Elle avait le sentiment d'être vieille, usée, sale, laide. Son ventre présentait des vergetures, conséquences des enfants qu'elle avait portés, et ses seins n'étaient plus aussi fiers que lorsqu'elle était plus jeune ». 


La conséquence de tout cela est nette. Cersei fait face à sa pire peur : ne plus être une actrice importante de l'histoire et tout perdre. Perdre tout ce qu'elle a construit au profit d'une autre. Il n'est donc pas étonnant de la revoir ressasser des paroles entendues des années auparavant (« Reine tu seras jusqu'à ce qu'en survienne une autre, plus jeune et plus belle, pour te jeter à bas et s'emparer de tout ce qui te tient le plus chèrement au cœur »). La folie religieuse a donc réveillé en Cersei une de ses pires craintes. 


lundi 10 février 2025

[George R.R. Martin] Les souffrances de Sansa Stark

Sansa n'est qu'une gamine lorsque son père, Ned Stark, décide de l'emmener dans la ville la plus dangereuse pour une jeune noble non encore promise. Elle se trouve plongée au milieu d'intrigues qui la dépassent, d'acteurs prêts à tout pour arriver à leurs fins. Elle n'est clairement pas préparée pour y faire face et elle commet donc des erreurs, certes compréhensibles vu son inexpérience, mais aux conséquences dramatiques. 


Après la mort de son père, Sansa est retenue prisonnière. Ses mouvements sont entravés et son futur ne lui appartient plus. Elle est une héritière possible du Nord et elle doit être contrôlée. Les Lannister envisagent de la marier au roi Joffrey une fois qu'elle aura commencé à avoir ses règles. C'est une plongée brutale dans le monde impitoyable des adultes pour la jeune femme. Elle est forcée à grandir. Mais, certains lisent clair en elle et se rendent compte qu'elle n'est pas encore au niveau. Si son corps a commencé à grandir, son intelligence et sa capacité de survie laissent encore à désirer comme le remarque Sandor Clegane. Il lui dit que « t'as presque l'air d'une femme..., frimousse, nichons et la taille aussi, presque..., oh, mais t'es encore qu'un stupide petit oiseau, hein ». Sansa a donc grandi, elle n'est plus une enfant et pas encore tout à fait une femme. Sandor lui donne sans doute un premier avertissement déguisé en pointant sa naïveté.

Dès que Robb, le frère de Sansa, se dresse contre Joffrey, la vie de Sansa devient encore plus un enfer ; elle est torturée physiquement et psychologiquement. Joffrey prend un énorme plaisir à lui dire qu'il pourrait disposer de sa vie comme il ne désire (« je vous descendrais bien aussi, mais Mère affirme qu'on tuera mon oncle Jaime, si je le fais. Aussi me contenterais-je de vous châtier, puis nous aviserons votre frère de ce qui vous pend au nez s'il ne se rend pas »). A ce stade du récit, Sansa a déjà changé : elle ne voit plus Joffrey comme un prince charmant ou son futur mari. En lui affirment ça, Joffrey la place dans une situation délicate car Sansa sait qu'elle sera battue tant que son frère combattra. Et effectivement, Sansa prend des coups. Pire, elle est humiliée publiquement : « Boros porta une main viandue sur le corsage de Sansa et l'arracha d'une seule traction. La soie se déchira tout du long, la dénudant jusqu'à la taille ».


Malmenée dans le château, Sansa l'est tout autant quand elle se promène dans les rues de Port-Real. Comme trop d'autres, elle subit l’impulsivité de Joffrey. Quand ce dernier s'en prend au peuple, sa suite se fait attaquer, Sansa également (« ils lançaient des choses..., des cailloux, des œufs, des saletés... J'ai bien essayé de leur dire que je n’avais pas de pain à leur donner. Un homme a voulu m'arracher de ma selle »). Sansa ne prend pas la mesure de ce qui se passe, elle pense qu'elle peut discuter sereinement avec une foule en colère. Elle échappe de très peu à des choses bien plus graves (la pauvre Lollys Castelfoyer est  par exemple la victime d'un viol collectif).

C'est donc un rappel à la réalité pour Sansa : la vie est laide, il faut qu'elle se débarrasse de ces préjugés. Elle doit passer outre ses idées préconçues sinon elle le paiera. C'est ce que compte lui inculquer Sandor en lui affirmant qu'il n'y « a pas de véritables chevaliers, pas plus qu'il n'y a de dieux. Si tu n'es pas capable de te protéger toi-même, crève et cesse d'encombrer le passage à ceux qui le sont ». A sa façon et crûment, Sandor lui donne donc un conseil : Sansa doit d’endurcir.


Sansa se doute bien qu'elle sera mariée, contre sa volonté, dès qu'elle sera en âge de faire des enfants. Elle est une prisonnière de marque, ce qui reste de Winterfell. Elle redoute l'arrivée de ses règles. Après un terrible cauchemar, elle constate du sang sur ses draps et cela la terrifie (« elle repoussa la couverture, et la seule idée qu'au vu du sang lui dicta son marasme fut qu'elle n'avait qu'à demi-rêvé. Le couteau de ses souvenirs l'avait bel et bien fouaillée, labourée »).  Si la nouvelle s'ébruite, Sansa comprend que son mariage va se précipiter. Elle comprend aussi qu'elle n'est plus en sécurité et qu'elle est à la merci du pervers roi Joffrey. Ser Dontos lui rappelle que Joffrey « demeure le roi. S'il désire vous voir partager sa couche, il vous aura, mais, au lieu d'enfants légitimes, c'est de bâtards qu'il ensemencera votre sein ».

Quand Stannis attaque la capitale, Cersei la prévient que sa noblesse ne la protégera pas des viols en cas de défaite. Tout comme Sandor, Cersei conseille à Sansa de s'endurcir et de devenir plus forte : « les pleurs ne sont pas la seule arme de la femme. Tu en as une autre entre les jambes, et tu ferais mieux d'apprendre à l'utiliser. Tu t'apercevras que les hommes usent assez librement de leurs épées ».


Ce qui devait arriver arriva. Une fois Stannis Baratheon vaincu, les Lannister décident de marier Sansa à Tyrion. Aucun des deux mariés n'a son mot à dire. Sansa est mariée contre son gré. La cérémonie est un chemin de croix pour elle d'autant plus que Joffrey fait une nouvelle fois preuve de sa malveillance (« à poil, la louve, dépêchons qu'on voye enfin ce qu'elle réserve à mon oncle ! »). Le supplice se poursuit lorsqu'elle doit consommer le mariage. Sansa a peur de façon assez compréhensible. Elle boit pour se donner du courage et ce n'est pas suffisant ; on lit qu' « elle en emplit deux. Ce sera plus facile si je suis ivre aussi (…) ses mains tremblaient quand elle entreprit de trifouiller dans ses atours ».

Les événements rattrapent Sansa. Elle apprend petit à petit la mort de tous ses frères : « Lady était morte et Robb, Bran, Rickon, Arya, Père, Mère et même septa Mordane. Tous morts, excepté moi. Seule au monde, elle était désormais ». On ne peut pas reprocher à Sansa de se vautrer dans une posture mélodramatique. Elle a vécu son lot de malheurs. D'ailleurs, sans l'intervention de Tyrion, elle aurait pu vivre des choses aussi dégueulasses plus souvent. Par exemple, le sadique Joffrey voulait lui offrir la tête de son frère (« j'exige sa stupide tête. Je compte la faire embrasser à Sansa ). C'est également Tyrion qui lui empêche de savoir les méfaits subis par le cadavre de sa mère.