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vendredi 4 novembre 2022

[Joe Abercrombie] Caul Shivers, un nom dans la légende

Caul Shivers est un grand nom du Nord. Il n'en a jamais été le roi comme Bethod, Logen ou Dow le Sombre. Pourtant, il a marqué les esprits et son nom est entré dans l'histoire. C'est un homme qui se met au service des autres, qui est là pour faire leur sale boulot. Il l'a fait avec Monza dans Servir froid et il le fait avec le roi Dow le Sombre dans Les Héros. C'est un homme sur qui circule pas mal de rumeurs, notamment à cause de son voyage en Styrie et les cicatrices récoltées là-bas. Pour les jeunes guerriers comme Beck, il est une référence, un mythe et un sujet d'inquiétude : « on disait que Shivers accomplissait les tâches trop sales pour les mains de Dow le Sombre (…) On disait qu'il avait traversé la mer, et que le Sud lui avait enseigné la sorcellerie ». Bien entendu, il n'est pas devenu un mage dans le sud, il a juste perdu toute illusion de devenir une bonne personne. Il s'est concentré sur le combat. Calder, un des fils de Bethod, confirme bien cette impression. Il remarque que « Caul Shivers représentait sans doute le pire des présages. On l'appelait le chien de Dow le Sombre, mais jamais en face ». Shivers a donc une aura de peur, il n'est pas un homme à prendre à la légère. D'ailleurs, Renifleur en fait la démonstration à la fin du roman les Héros. La donne a changé : Dow le Sombre a été vaincu et il y a un nouveau roi du Nord qui vient réclamer l'allégeance de Renifleur. Ce dernier ne peut accepter, il n'a pas pardonné ce qui a été fait à Forley le Gringalet par Calder le Sombre. Mais, il sait montrer du respect pour Shivers : « Renifleur salua solennellement l'homme à l’œil métallique ».

Dans la trilogie de l'âge de la folie, une nouvelle génération de guerriers du Nord émerge. Ils veulent écrire leur propre légende, leur propre histoire. Ils ont soif de grands exploits ou de moments épiques, et cela les pousse à être parfois arrogants ou à manquer de respect. Les hommes de Stour Ténèbres ont besoin d'être remis en place. Certains se chargent de leur rappeler qui est Caul Shivers. Merveilleuse dit à un jeune arrogant que « mon gars, si tu croises Caul Shivers, il te plantera toutes tes haches dans le cul. Tu devrais faire attention à ne pas placer la barre trop haut » alors que Quatre-Feuilles pense que « dans le Nord, c'était sans doute le dernier grand ancien qui continuait à semer la terreur ».

Shivers est un homme craint et respecté. Rikke, celle qui s'oppose à Stour, le sait et l'utilise à bon escient. Quand un chef de clan, Oxel, lui dispute la légitimité, elle choisit Shivers comme champion. L'effet est immédiat : Oxel a peur, est terrifié. Il faut dire que « dans un Cercle, le Neuf-Sanglant était la dernière personne avec qui on avait envie de se retrouver. L'avant-dernière se nommait Caul Shivers ».

Mais, si Rikke utilise Shivers comme une arme, elle sait qu'il est bien plus que ça. Elle sent que quelque chose en lui s'est brisé lorsqu'il était dans le Sud. Elle suppose qu'il n'a pas nécessairement abandonné sa quête de devenir un homme bon. Elle lit en lui d'une façon qui perturbe Shivers : « pour moi, tu as l'air... perdu. Comme si tu avais paumé ton identité sans savoir où la chercher ».

mercredi 13 avril 2022

[Joe Abercrombie] Caul Shivers, un homme bon ?

Caul Shivers (Frisson) est un fameux combattant du Nord qui a participé de près ou de loin à la chute de grands guerriers, rois. Ses actes l’ont mené au Nord, en Union, en Styrie. Son histoire semble étroitement liée à celle de Logen, pas parce qu’ils ont été dans le même clan, mais parce qu’il conserve une vive rancune envers Logen qui a tué son frère.

Frisson est un homme courageux. Il en fait pour parler franchement et directement à Logen. Il en faut pour lui rappeler ses horreurs du passé et ainsi le menacer implicitement de vengeance (« tu as tué mon frère, alors que tu lui avais promis la vie sauve, tu lui as coupé les bras et les jambes, ensuite tu as cloué sa tête sur l’étendard de Bethod »). Cette haine de Logen a permis à Frisson de tenir, elle lui a fait quitter le Nord. Elle aurait pu le mener à la mort s’il n’avait pas croisé Renifleur qui lui a donné une nouvelle façon de voir les choses. Renifleur n’a pas seulement été un grand guerrier, il a été un grand homme, un rare homme du Nord prêt à réfléchir avant de se lancer tête baissée dans la guerre et la bagarre. Il met en garde Frisson : « le sang engendre le sang et rien d’autre. Ce que je cherche à dire, c’est qu’il n’est pas trop tard pour toi. Il n’est pas trop tard pour que tu sois meilleur que ça ». Le destin et les événements vont vite tester les bonnes résolutions de Frisson puisque Dow le Sombre cherche à renverser (tuer) Logen et qu’il a besoin de l’aide de Frisson. Dans le troisième tome de la Première Loi, Dow le Sombre veut la peau de Logen. Il tente de détourner son attention pour que Frisson le poignarde. Au dernier moment, Frisson change d’avis. Il s’en explique aux deux hommes en leur disant que « je vaux mieux que toi, le Sanguinaire. Je vaux mieux que vous deux. Fais ton sale boulot tout seul, Dow le Sombre. Ne compte pas sur moi ».

On retrouve ensuite Frisson (Shivers) en Styrie dans le roman Servir froid. Il essaie de tenir sa décision, de devenir une meilleure personne. Lorsque Monza veut le convaincre de participer à sa vengeance (elle a été trahie par son employeur le duc Orso et laissée pour morte, gravement mutilée), il hésite. Il a encore en tête ses belles idées (« on se change en merde, c‘est vrai. Mais peut-être qu’on laisser derrière nous quelque chose de bien »). Autrement dit, Shivers sait qu’il mourra un jour ou autre mais il espère laisser une image positive.

Malheureusement, il accepte la proposition, bien payée, de Monza et il s’enfonce dans une spirale de sang et de violence. Le destin s’acharne à lui rappeler son passé, à faire émerger de lui sa part bestiale et cruelle. Par exemple, alors qu’il avait conclu un faux combat avec Greylock, un homme du Nord, il s’avère que ce dernier veut réellement le tuer : Renifleur a tué le frère de Greylock et Shivers a été un homme de Renifleur… Shivers n’a pas d’autre choix que se battre s’il veut survivre (« Shivers avait toujours sa fierté. Ça, il l’avait gardée. Il pouvait être maudit s’il se faisait envoyer dans la boue par un imbécile qui ne savait pas faire la différence entre les bons et méchants »). On peut noter qu’il garde la volonté dans un petit coin de sa tête de rester une bonne personne mais qu’il n’a pas le choix. Il se rend compte qu’il ne peut survivre en ayant de bonnes intentions. Le monde est injuste, il récompense les pires salopards : « Rudd Sequoia avait été un homme bon, le meilleur (…) que lui avait apporté son honneur ? Quelques histoires larmoyantes au coin du feu. Ça, et une vie difficile, une place dans la boue. Dow le Sombre avait été un des salauds les plus francs (…) Maintenant, il était assis sur le trône de Skarling, la moitié du Nord à ses pieds et l’autre terrifiée par son nom ».

Shivers ne cherche plus à devenir une bonne personne ou laisser un bon souvenir tant il est pris par la folie vengeresse de Monza. Il faut tuer, il faut souffrir également. A Visserine, le duc Salier les capture et les fait torturer. Shivers y laisse un œil, il est brisé. Pas seulement physiquement mais mentalement. Il devient un homme de sang, un homme impitoyable, sans pitié. Il est brutal, plein de ressentiment envers Monza (avec qui il a une aventure sexuelle). Il abat froidement Langrier un des hommes qui l’a torturé en lui disant que « j’aime pas ça… mais c’est mon boulot ».

Monza parvient à atteindre son but et à se venger, mais dans les derniers moments, Shivers tente de la tuer. Il est empêché et jeté en prison. Là, Monza lui rend visite et le libère. Shivers n’a plus aucune volonté de bien faire les choses, de laisser un bon héritage (« le frère de Shivers était retourné à la boue et l’avait laissé trouver sa propre voie. Tant pis pour les hommes et les choses biens »).

Dans les Héros, Shivers est un homme de Dow le Sombre qui le traite sans respect (« alors, tu es venu. J’ai eu peur que mon chien te mange pendant la nuit »). Dow est méprisant et il en paiera le prix. Alors qu’il affronte Calder dans le Cercle, Shivers se retourne contre lui (en brisant toutes les règles qui interdisent une intervention) : « tous les yeux étaient tournés sur la plaie dans la nuque de Dow le Sombre. Près de lui se tenait Caul Shivers, l’épée qui avait appartenu au Neuf-Sanglant à la main ». Shivers dit alors à Dow ses dernières paroles : « je ne suis pas un chien ». C’est donc encore la vengeance qui anime Shivers.

Dans Pays Rouge, on retrouve Shivers à la recherche de Logen (« selon la rumeur, il serait ici. Il a des comptes à rendre à Calder le Sombre et à moi ». Durant sa recherche, il croise Temple, un homme étonné de voir un Nordique si loin d’ici. Sa réponse (« dans le temps, je rêvais de devenir un homme bon. Je me suis réveillé ») illustre à quel point le désir de revanche a submergé Shivers. Il a l’air prêt à tout pour avoir le Neuf-Doigts. Il finit par retrouver Logen. Le duel entre les deux s’annonce pique jusqu’à ce que Shivers décide d’abandonner. Logen est plus que surpris, étonné. A sa demande d’explications, Shivers lui dit que pour une fois, il va laisser passer qu’il affirmera aux gens du Nord que « ce salaud à neuf doigts est retourné à la boue ».