Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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mercredi 7 juin 2023

L'histoire de Fouinot

Sacrifice, voilà un mot qui peut résumer l'histoire de l'assassin royal. Vérité se sacrifie pour sauver son royaume. Fitz sacrifie Molly à ses devoirs de protection. A chaque fois, ce sont des hommes et des femmes qui se sacrifient pour un plus grand bien. Mais, une histoire, ce sont aussi des amitiés, ce sont aussi des personnes qui se trouvent et sont tout de suite liés. La relation entre Fouinot et Fitz en est un bon exemple, eux qui sont arrivés en même temps dans la vie : Fouinot vient de naître alors que Fitz est arraché à son foyer pour être confié aux Loinvoyant. Fitz atterrit dans un monde inconnu, où tout est gigantesque, où tout peut potentiellement l'effrayer. Ses premiers contacts (Burrich, Vérité, Jason) ne lui apportent pas beaucoup de chaleur. Il faudra attendre l'arrivée de Fouinot pour en avoir : « le troisième du groupe, Fouinot, un chiot, encore à mi-croissance, m'accueillit en me léchant les oreilles, en me mordillant le nez et avec force coups de patte joueurs ».

Alors qu'il arrive à Castelcerf, c'est avec Fouinot qu'il découvre la ville et les humains qui y vivent. Le jeune chiot le marque durablement, il lui apprend à faire preuve de prudence. Plus qu'Umbre qui lui a appris à se fondre dans le décor, c'est Fouinot qui instille la circonspection à Fitz. Il lui apprend qu'il faut se méfier des hommes et des femmes qui n'ont pas toujours des réactions logiques et peuvent être gratuitement méchants (« Fouinot capta une partie de ce que je ressentais, il se laissa tomber sur le flanc et exposa son ventre dans une attitude suppliante tout en battant de la queue »). Dans un monde hostile à Fitz simplement parce qu'il est un bâtard, la présence de Fouinot est la bienvenue : il n'est pas qu'un protecteur, il est aussi un ami. Ce lien est bien vu, notamment de Burrich qui « éclata de rire en nous voyant nous ruer sur la table et approuva sans rien dire ma façon de donner sa part à Fouinot avant de me caler les mâchoires ». Très vite, on comprend que le lien est fusionnel, qu'il n'y a quasiment pas de frontières dans leurs perceptions. Ce que l'un ressent, l'autre le ressent aussi. Les deux ne sont que des jeunes qui découvrent le monde. Ils évoluent sans limites, se prêtent à bon nombre de découvertes (« Fouinot partageait toutes mes expérience (…) je me servais de son nez, de ses yeux et de ses ma^mâchoires aussi spontanément que des miens et jamais je n'y vis la moindre étrangeté »). Cela est accepté par les gens que Fitz fréquente. Les enfants de Bourg-de-Castelcerf constatent que « Fouinot nous suivait, comme toujours. Les autres enfants avaient fini par l'accepter comme une extension de moi-même (…) Nous étions le Nouveau et Fouinot ».

Mais, toutes les bonnes choses ont une fin. C'est Burrich, très négatif sur la relation de Vif entre un animal et un homme, qui se charge de les séparer. Plus tard dans les livres, on apprendra que Burrich a une très forte connexion à cette magie et on saisira qu'il a fait preuve d'une magnifique hypocrisie en les séparant. Burrich est convaincu que le Vif peut empêcher Fitz de bien grandir, d'être une bonne personne. Il est le bourreau de ce qui existe entre Fitz et Fouinot : « le chien dégage et toi tu restes ! (…) Je veillerai à ce que son fils devienne un homme et pas un loup ». Pour le lecteur et pour Fitz, ce n'est pas seulement une déchirure, la fin d'une histoire : tout laisse à croire que Burrich a tué Fouinot tant ce qui se passe est brutal. Burrich est comme possédé, il semble avoir perdu tout sens logique. On lit qu' « il y eut un brusque éclair de douleur écarlate et Fouinot disparut. Sentant ses perceptions canines se diluer, je me mis à crier et à pleurer comme n'importe quel enfant ». Fouinot est parti et Fitz ne peut parler de sa perte à personne (« Fouinot me manquait de façon aussi lancinante qu'un membre dont Burrich m'aurait amputé. Mais nous n'en parlions jamais ni l'un ni l'autre »). Fitz tient donc Burrich comme responsable. Et pour ne rien arranger, il doit vivre avec le maître des écuries, il doit vivre avec celui qui lui a causé une énorme souffrance. Pour Fitz, c'est un nouvel épisode de séparation injuste, lui qui a été séparé de sa mère sans savoir pourquoi.

Des années plus tard, on retrouve un Fouinot bien vivant dans les Montagnes. Burrich ne l'a pas froidement assassiné mais l'a envoyé au prince Rurisk. C'est un soulagement, mais Burrich aurait pu éclaircir ce point avec Fitz au lieu de le laisser croire au pire. Fitz retrouve donc Fouinot et est content de voir qu'il a eu une belle vie (« dors, mon vieux. Tu as engendré assez de chiots pour te passer de chasser, bien que tu adores çà »). Immédiatement, Fitz va trouver Burrich pour mettre les choses au clair. Il lui reproche, à demi-mots, de l'avoir laissé dans l'ignorance et d'avoir développé tant de scénarios du pire dans sa tête (« j'avais toujours cru que tu lavais tué, Burrich, cette nuit-là, que tu lui avais fracassé le crâne, que tu l'avais égorgé, étranglé »).

Les événements dans les Montagnes confirment ce qu'on sait de Fouinot. Bien que séparé de Fitz, il a su trouver en son nouveau maître, Rurisk, un ami fidèle et un très bon compagnon. On en a la preuve lorsque Rurisk meurt : « comme en réponse à ma question, un cri qui exprimait le chagrin le plus absolu monta vers la lune. Le maître de Fouinot était mort ». Fouinot n'a même pas le temps de faire le deuil de Rurisk que Royal déploie ses tentacules. Le prince Loinvoyant, aigri et jaloux, planifie un coup d’État en tentant de tuer Vérité et d'épouser Kettricken. Son plan aurait pu fonctionner si Fitz n'avait pas mobilisé des ressources insoupçonnés pour survire et si Fouinot n'existait pas. Fouinot offre sa vie pour sauver Fitz. Il effectue un magnifique geste de bravoure, de sacrifice. Il le fait de façon totalement désintéressée, sans rien espérer en retour : « il avait planté profondément ses crocs usés dans ma main avant de parvenir à me sortir du bassin ». Fouinot utilise donc ses dernières forces pour aider fitz. Il y laisse sa vie (« Fouinot était mort. Je crois qu'il avait donné sa vie librement, en se rappelant notre affection mutuelle lorsque nous étions chiots. Les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années »). Fitz est durablement marqué par cette mort. Et cette idée de sacrifice, de tout donner pour un homme qu'on estime, il la fera sienne afin d'aider Vérité.

dimanche 14 août 2022

Sacrifices

Les animaux liés par le Vif sont les héros oubliés de la saga. Sans eux, un bon nombre d'événements n'aurait pu avoir lieu ou Fitz aurait connu la mort. Ils ont donné leur énergie, parfois leur vie, pour permettre à leurs compagnons de traverses des épreuves. D'autres ont offert le confort de leur corps à un partenaire en grande difficulté. Si Oeil-de-Nuit est considéré par un bon nombre de personnages comme un loup puissant, intelligent et important, ce n'est pas nécessairement le cas d'autres animaux avec qui Fitz a eu un lien.

Martel en est un bon exemple. Il est le chien que Patience a offert à Fitz pour se rapprocher de lui. Le présent était sincère, le signe d'une mère tentant de nouer des relations avec son fils. Mais, à cette époque, Fitz est éduquée par Burrich, un homme qui, malgré qu'il soit le maître des écuries, a un préjugé négatif sur le Vif. Dès qu'il apprend que Fitz a un chien, il fait preuve de suspicion. Et rien ne s'arrange au moment de l'épreuve d'Art (Galen a envoyé Fitz au loin et le fait revenir en le contactant par l'Art) : Fitz est témoin d'une agression que subit Burrich. Il voit cela à travers Martel, il se rend compte de ce que fait le chien pour sauver Burrich : "le poignard plongea et plongea encore dans ma chair (...) d'une ruade, l'homme se débarrassa de moi et me projeta contre la cloison d'un box. Le sang qui me coulait de la bouche et les narines m'étouffait." Les conséquences sont claires : Martel meurt ("je crus voir un bout de queue frémir dans un ultime effort, pour me faire fête. Puis le fil se rompit et l'étincelle disparut. J'étais seul." Le décès de Martel aurait pu être beau, le sacrifice d'un chien pour son maître et l'ami de son maître. Martel a tout donné, sans aucune retenue, sans aucune réserve. Il a même adressé un petit adieu à Fitz, un homme avec qui il a eu une relation courte et très intense. En soi, cela aurait pu être magnifique si Burrich n'avait pas eu un comportement égoïste : "tu as tout gâché, et pour quoi ? Pour un chien ! Je sais ce que peut représenter un chien dans la vie d'un homme, mais on ne fout pas son existence en l'air pour..." En ne parvenant pas à dépasser sa détestation du Vif, Burrich manque de respect à ce qu'a fait Martel. Son comportement ternit le dévouement de Martel. On peut presque croire que, selon Burrich, les hommes et les animaux ne valent pas la même chose, que la vie d'un chien vaut bien moins que celle d'un homme.

Fouinot a été le premier animal avec qui Fitz a eu un lien. C'étaient deux enfants qui passaient des bons moments ensemble sans y réfléchir. Pour Fitz, la relation représentait l'enfance, une époque où il n'était pas encore pris dans les intrigues politiques. Quand Fouinot a été éloigné par Burrich, cela a symbolisé la fin de l'enfance. Fitz était convaincu de ne jamais revoir Fouinot, le destin lui a prouvé le contraire. A la fin du tome L'apprenti assassin, Fitz retrouve Fouinot dans les Montagnes. Le chiot a été confié à Rurisk, un prince des Montagnes. Fouinot n'a pas oublié Fitz : si ce n'est plus la même joie enfantine, il y a quand même du contentement à se revoir. Ce lien, toujours vivant, est plus qu'utile car la vie de Fitz est menacée par Royal. Royal laisse Fitz et Burrich pour morts dans les bains ; c'est la fin qu'ils auraient connu sans l'intervention de Fouinot ("sa tête reposait sur ma poitrine quand on nous avait découvert ; les liens qui le rattachaient à ce monde s'étaient rompus. Fouinot était mort"). Fouinot a donc donné toutes ses ressources d'énergie pour tirer Fitz de ce mauvais pas. Il a lutté de toutes ses forces pour sauver son premier ami. Sans cet acte, Fitz aurait été écarté du tableau et la route aurait été grande ouverte pour Royal. Ce décès marque grandement Fitz. Puisqu'il est le narrateur, on a accès à ses pensées, à ses sentiments. Et Fitz nous offre un des plus beaux passages de la saga, deux phrases extrêmement marquantes : "les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années".

Pour les gens des Six-Duchés, la mort de Royal est un acte barbare, d'une sauvagerie sans nom puisque le roi a été tué dans son sommeil par un animal. Il a été saigné. En réalité, la mort de Royal est la juste récompense de sa politique : en pourchassant et traquant les gens du Vif, en les exposant et en les tuant, il a mis en branle sa propre fin. Cela a créé des désirs de vengeance. Petit-Furet a vu son compagnon mourir : ce dernier lui a donné un dernier ordre (tuer Royal) qui a grandement marqué le furet. Cela est même devenu son obsession, possiblement la seule raison qui le pousse à continuer à vivre. Petit-Furet a donc été privé d'un lien sain, d'une relation complète et il a dû accomplir la mission d'autres. Pourchasser sur des centaines de kilomètres, durant plusieurs mois, ce n'est pas un comportement pour un furet. Fitz le rencontre alors que lui-même tente de tuer Royal, il voit bien que l'animal n'est pas en bonne santé mentale, qu'il est à la limite de la démence. Fitz remarque que "la souffrance vidait sa tête de tout sauf de son but (...) La mort de son compagnon de lien avait rendu l'animal à moitié fou, et c'était le dernier message que lui avait transmis Grand-Furet. Il me paraissait bien vain de donner pareille mission à un si petit animal". Très peu de personnes savent que c'est un furet qui a délivré les Six-Duchés de l'emprise d'un roi incompétent et dangereux. Notons toutefois que si Petit-Furet était prisonnier de la mission, il a quand même tiré un grand plaisir de ce qu'il a fait ; sans doute avait-il conscience que les derniers mois avec son compagnon étaient pénibles tant il fallait faire sans cesse attention à ne pas attirer les regards des haineux du Vif. Petit-Furet n'a pas que tué Royal, il "le déchiqueta dans son lit une nuit" et "laissa des traces sanglantes non seulement sur les draps mais dans toute la chambre, comme si son acte l'avait rendue folle d'exultation".

Des animaux privés de l'usage normal de leur corps pour accueillir leur compagnon humain, il y en a eu d'autres dans la saga. L'exemple le plus marquant est celui de Fitz et Oeil-de-Nuit lorsque le loup a permis à l'esprit de Fitz de survivre à sa mort. Si cela bien fini, d'autres ont connu des fins plus tragiques.

Rolf le Noir, un professeur de Vif particulièrement dur, tente d'enseigner à Fitz et à Oeil-de-Nuit qu'il faut fixer des limites à leur lien, qu'ils ne peuvent être fusionnels sans prendre le risque de s'exposer à de graves difficultés. La biche n'est pas une biche, c'est une biche qui se comporte comme une femme humaine : "Parela n'a plus d'existence à elle, ni mâle, ni faon (...) Quand le cerf brame, elle empêche Parela de lui répondre ; elle doit s'imaginer faire preuve de fidélité envers son mari ou une stupidité du même tonneau". Autrement dit, la biche est privée de tout ce qui caractérise une femelle de son espèce, elle est condamnée à la solitude et à vivre avec les remords de sa compagne de Vif. Pour Rolf, la femme a pris le dessus sur la biche et lui a imposé sa volonté. C'est une relation malsaine ("je voulais que vous le voyiez vous-mêmes, que vous vous rendiez compte de l'abomination que c'est, de la perversion absolue de ce qui aurait dû être une confiance mutuelle").

C'est exactement la même chose qui arrive avec une marguette dans les tomes le Prophète blanc et La secte maudite, sauf que la marguette possédée représente une réelle menace pour la stabilité des Six-Duchés. En effet, le prince héritier Devoir s'est entiché d'elle, il est envoûté. Devoir ne maîtrise pas du tout son Vif et il est un adolescent : la marguette possédée en a bien conscience. D'autant plus que la femme qui occupe le corps de la marguette a été marquée par la haine de Vif de Royal et les traditions sanglantes des habitants des Six-Duchés contre les gens du Vif. Elle cherche donc la vengeance et est prête à tout pour ça, même à priver l'animal de tout droit comme le remarque Oeil-de-Nuit ("elle ne lui permettait pas de s'occuper d'elle-même comme le fait un vrai marguet. Elle la possédait trop complètement et se voulait comme une femme dans la peau d'un animal"). Tout cela aura des conséquences désastreuses (la mort d'Oeil-de-Nuit et la haine de Laudevin pour Fitz) ; cela aurait même pu être pire si, dans un dernier sursaut, la marguette n'avait pas réussi à donner un dernier ordre : "Stupide frère-de-chien ! Tu es en train de laisser passer notre chance ! Tue-moi vite !" La marguette a saisi que ce qui se passe est anormal, elle a compris que le lien créé avec Devoir est abusif. Elle est donc prête à mourir pour empêcher ça. Encore une fois, un animal meurt parce que des humains ont voulu aller trop loin.

samedi 28 août 2021

Abandon et rejet dans l'apprenti assassin

La première scène de l’Apprenti assassin s’ouvre sur une séparation. On y voit un grand-père se séparer de son petit-fils, séparer un fils de sa mère. Le bâtard est le fils d’un prince et son prénom n’est pas prononcé. C’est un petit être qui ne comprend pas ce qui lui arrive, il est passif. On le tient par la main, on entend la femme en arrière-plan et c’est tout. Elle n’a pas de visage mais c’est une mère désespérée qui aurait aimé garder son fils près d’elle. C’est assez clair car on lit que « la femme lança une dernière supplication. Les paroles en sont parfaitement claires à mon oreille, le désespoir d’une voix qui aujourd’hui me paraîtrait jeune. « Père, je vous en prie, par pitié ». Tous ces mots, toutes ces attitudes ne déclenchent aucune réaction chez le jeune enfant. Il attend de voir ce qu’on fera de lui.

Très vite, on apprend que c’est le fils du Prince Chevalerie et donc le petit-fils du Roi Subtil. Ce dernier décide de le faire vivre à Castelcerf, il ne le rejette pas. Contrairement à Chevalerie qui fuit la cour et la succession dès qu’il apprend qu’il a un bâtard ; il se moque de savoir les répercussions sur Fitz : on rend l’enfant plus ou moins coupable de l’abdication du prince par exemple. Fitz pénètre alors dans un monde qui lui est inconnu, guidé par un homme (Burrich) qui y évolue à la marge. Le maître d’écuries est sans aucun doute la personne la plus importante des écuries, il n’est rien dans le monde de la noblesse. Fitz est plus ou moins sans surveillance, il va et vient, il découvre la ville. L’éducation d’un membre de la famille royale n’intéresse personne jusqu’au jour où Subtil tombe sur lui. L’œil royal repère un potentiel outil et Subtil s’assure de la loyauté de Fitz (« A présent, tu m’appartiens (…) dorénavant, tu ne seras plus obligé de manger les restes de personne. Je m’occuperai de toi, et je m’en occuperai bien »). L’implacable machine royale se met en place et de petits entraînent de profonds changements pour Fitz. C’en est fini de dormir avec chiens, chevaux et Burrich dans les écuries, il a désormais sa propre chambre. Cela le perturbe grandement, et pas seulement parce que Burrich s’occupe de lui depuis des mois. Il perd aussi la compagnie des animaux qui l’avaient jusque là enveloppé dans un bulle protectrice : « les chevaux et les chiens rêvent (…) leurs rêves étaient pour moi comme les effluves odorants de la cuisson du bon pain (…) isolé dans une pièce aux murailles de pierre, j’avais tout le temps de m’immerger dans ces cauchemars dévorants, douloureux, qui sont le lot des humains ».

Subtil le confie à Umbre, un homme étrange qui baigne dans une atmosphère de secrets et de dissimulation, ce qui d’ailleurs contaminera Fitz et lui créera beaucoup de soucis dans sa vie privée. Umbre a pour mission de le former en tant qu’assassin et d’assurer sa loyauté, son attachement au trône, aux Loinvoyant et aux Sis-Duchés. Comme il est l’une des rares personnes qui lui parle, Fitz s’attache à lui. Il prend également plaisir à réussir ses mises à l’épreuve. Malheureusement, Umbre veut savoir si il peut réellement compter sur Fitz et il confie à Fitz une mission (voler quelque chose à Subtil) que ce dernier refuse. La réaction d’ Umbre est alors impitoyable, il use de mots durs et cinglants qui rabaissent Fitz. Pire, les termes impliquent que Fitz est presque un traître. Fitz est alors rejeté par Umbre (« Et en plus, tu dissimules ta lâcheté sous de beaux discours sur la loyauté ! Tu me fais honte ! Je te croyais davantage de cran, sans quoi jamais je ne t’aurais pris comme élève »). S’ouvre alors une période sombre pour Fitz où rien ne parvient à lui remonter le moral. Il erre comme une âme en peine dans le château et pas même la compagnie des animaux ou de Burrich ne lui remonte le moral. Il faudra l’intervention de Subtil pour tirer Fitz de sa morosité morbide : Umbre et lui se réconcilient. Cette réconciliation dépasse le cadre de cet exercice, elle montre que Fitz avait accumulé beaucoup de peines en lui depuis des mois ; Cet incident a créé un trop-plein : « je crois que je versai toutes les larmes que j’avais retenues depuis le jour où mon grand-père avait obligé ma mère à m’abandonner. « Maman » m’entendis-je crier. »

Subtil permet également à Fitz d’être formé à l’Art. Galen est chargé de cet enseignement et il accueille un bon nombre d’élèves. Ses méthodes sont brutales et visent à exclure les futurs artiseurs du reste de la population. Galen fait tout pour que le reste des gens paraisse sans intérêt car non pourvu du talent d’artiser. Il sépare donc Fitz de tous ces gens du commun. Mais, l’enseignement se passe mal pour Fitz. Galen a une profonde haine pour lui, il le méprise, le trouve déshonorant pour la lignée de Chevalerie. Dans un accès de colère, il bat Fitz et le laisse agonisant. Via l’art, il embrume son esprit, lui instille des idées sombres. Fitz est totalement abattu, à la limite de vouloir basculer et en finir. On lit ainsi qu’il a « l’esprit ancré sur une seule idée ». Les lignes qui suivent évoquent clairement l’envie de se suicider : « je me mis en route vers le mur bas ; j’avais l’intention de me hisser sur un banc et, de là, sur le sommet du mur. Ensuite, la chute. Et rideau. Martel (le chien offert par Patience, la femme de Chevalerie et revenue au château royal) le sortira de sa torpeur. Après une convalescence, Fitz repend sa place au sein du groupe. C’est ce qu’il espère en tout cas car ses condisciples le rejettent (« Tant de haine ! Oh comme ils me haïssaient »). Dès lors, Fitz évolue au marge du groupe, Galen le considère à peine. Quand vient le temps de l’examen, il l’envoie dans un lieu désolé : Fitz doit attendre des instructions claires pour revenir. Mais, elles ne viennent pas. Pire, il est témoin de l’agression de Burrich et de la mort de Martel son chien. Il est impuissant. A son retour, Burrich le rejette (« bâtard ou pas, tu aurais pu être le digne fils de Chevalerie, mais tu as tout gâché, et pour quoi ? Pour un chien ! ») Dès lors, Burrich fait en sorte de ne plus avoir aucun rapport avec Fitz. Et pire, il refuse d’admettre le rôle de Martel dans sa survie, ce qui laisse penser à Fitz que son chien est mort dans l’indifférence totale.

Des mois plus tôt, quand Fitz a été confié à la famille royale, c’est Burrich qui s’en est chargé. Ne sachant réellement quoi faire de ce gamin, il a fait ce qui lui semblait juste en le confiance à Renarde, sa chienne. Fitz a tout de suite trouvé sa place dans ce petit groupe (« je m’avançai d’un pas hésitant parmi eux et finis par m’étendre à côté d’une vieille chienne au museau blanchi qui arborait une oreille déchirée ») qui lui a permis de rencontrer Fouinot, son premier compagnon de Vif. Les deux ont alors un lien fort et passent un bon nombre de moments ensemble à Castelcerf. Cela déclenche la suspicion de Burrich. Hostile au Vif qu’il considère comme une perversion, il décide de briser le rapport entre Fitz et Fouinot : « je gémis, puis hurlai en griffant la porte en et m’évertuant à le percevoir à nouveau. Il y eut un brusque éclair de douleur écarlate et Fouinot disparut. » On comprend que Fitz est convaincu que Fouinot est mort et que c’est Burrich l’instigateur. Burrich persiste à surveiller Fitz, il ne veut pas que le fils de son vieil ami Chevalerie succombe au Vif. Fitz, lui, n’a pas d’autre chose que vivre auprès de Burrich.

Bien plus tard, dans les Montagnes, une délégation a été envoyée pour sceller le mariage entre Vérité et la princesse Kettricken. A sa grande surprise, Fitz retrouve Fouinot ; Burrich ne l’a pas tué mais envoyé là-bas. C’est le prince Rurisk qui l’a accueilli. Fitz et Fouinot se retrouvent (« il ne faisait aucun doute que c’était désormais le chien de Rurisk ; l’intensité du lien qui nous unissait avait disparu ; mais il m’offrit une grande tendresse et des souvenirs chaleureux »). La joie de ces retrouvailles est bien utile à Fitz car il se trouve pris dans un complot qui le dépasse. Royal, son oncle, a décidé de tuer Vérité et d’épouser Kettricken. Mais, pour cela, il doit se débarrasser de Fitz (et Burrich). Fils de Subtil, Royal use de son autorité pour les convoquer : il fait assommer Burrich et pousse Fitz à la noyade. C’est sans compter l’intervention de Fouinot qui donne sa vie et son énergie pour sortir Fitz de l’eau. Fouinot est mort. La disparition du chien ne crée pas qu’une douleur immédiate à Fitz, elle lui procure également une peine diffuse et permanente (« les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l’intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années »).


samedi 2 septembre 2017

Quelques personnages secondaires de la farseer trilogy

Commençons avec Dame Grâce. Cette jeune femme issue du peuple se trouve propulsée au plus haut rang, à savoir Duchesse. Mais, elle n'a pas le comportement qui va avec et son Duc passe son temps à la couvrir de bijoux ; cet argent gaspillé étant la cause d'une dispute qui demande l'intervention de Vérité. Ce dernier va donc régler le problème et ne se déplace pas seul. Il emmène, entre autres, Fitz dans ses bagages. Le bâtard va changer le destin de Grâce.
Un soir, il est affamé et va donc dans les cuisines se servir un bol quand il tombe sur une demoiselle qui porte un chien malade. Il le sauve (le chien pisse sur la dame) et finit par se rendre compte que la dame n'est autre que Dame Grâce ! Celle-ci, consciente qu'elle est supérieure à lui au niveau du protocole, pense que Fitz lui demandera des pièces d'argent ou une place. Non ! Il lui assène un discours un brin naïf mais qui a un fort impact sur la jeune femme (« car je serais fière de marcher sans ornement devant le roi et les gens du commun, sachant que les défenses qui protègent notre peuple sont les joyaux de notre terre »). Dès lors, c'est fini de la Grâce qui rougissait à chaque compliment. Nous la reverrons à deux autres occasions qui montreront à quel point elle est devenue une femme forte et importante. Quand Kettricken, Fitz, Burrich et les soldats s'en vont secourir Finebaie (attaquée par les Pirates Rouges), Fitz tombe sur Grâce et remarque que celle-ci est plus que digne de son rang (« on eût dit qu'elle portait ce titre depuis toujours »).
Enfin, il y a ce terrible moment où Subtil est tué. Fitz est emprisonné, suspecté et Royal cherche à le tuer par tous les moyens. Or, Grâce signale à tous que Fitz est de sang royal et lui offre un sursis. Il lui a fallu bien du courage dans cet atmosphère chaotique et enragé pour faire entendre sa voix.

Parlons ensuite de Célérité, la timide jeune fille. Si Fitz n'avait pas aimé Molly… C'est une fille discrète, effacée et dans l'ombre de son père, le duc Brondy. Elle tombe sans doute sous le charme de Fitz quand l'assassin royal vient au château de Brondy pour régler le problème Virilia (une guerrière qui se moquait de la prétendue faiblesse des Loinvoyant). Très vite, Brondy et Subtil arrangent un mariage entre Fitz et Célérité : « Célérité apportera un titre et de la terre, et votre union me fournit l'occasion de te faire le même cadeau. Je ne veux que ton bien ».
Tout le long des romans, on a l'impression que Fitz sous-estime Célérité, qu'il ne la considère pas. Certes, il aime Molly et la voit comme un obstacle. Il aura fallu des circonstances extraordinaires pour que le bâtard prenne enfin conscience de la force de la fille du duc : un coup d'état en préparation, des terres dévastées par les Pirates. Il voit « la volonté de fer que dissimulaient ses apparences d'enfant timide » et « c'était déroutant ».

Fouinot et Martel, deux chiens, ont été les deux premiers compagnons de Vif de Fitz. A l'époque, il connaissait très peu le fonctionnement de la magie. Les deux ont d'ailleurs comme point commun d'arriver dans sa vie dans des moments de solitude ou de grande difficulté. Il se lie à Fouinot au tout début de l'histoire quand son grand-père le remet à sa famille paternelle (celle de Chevalerie donc). Patience lui remet Martel au moment de l'apprentissage de l'Art.
Ce n'est pas évident d'avoir un compagnon de Vif quand Burrich est là. Le maître des écuries arrache Fouinot des mains du bâtard et l'envoie très loin dans les Montagnes. Quant à Martel, il est tué alors qu'il vient au secours de Burrich.
Fouinot nous offre un des plus beaux passages de la première partie de la Farseer Trilogy : « Fouinot était mort. Je crois qu'il avait donné sa vie librement, en se rappelant notre affection mutuelle lorsque nous étions chiots. Les hommes ne pleurent pas avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années. » Fitz cesse d'être un innocent jeune homme. Il ne sera plus jamais le même par la suite.


Scènes d'adieux

La première scène d’adieux qui me marque est celle entre Fouinot et Fitz. Une scène tronquée car Fouinot est mort. Ce n’est donc pas la séparation violente et traumatisante vécue par Fitz à cause de Burrich. Mais celle où Fouinot donne sa vie de son plein gré pour sauver le petit garçon avec qui il a parcouru les rues de Casterlcerf. La scène conclut d’ailleurs le premier tome de la saga et offre la possibilité à Robin Hobb de finir sur de superbes phrases : « Les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l’intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années. »

Molly est la première fille que Fitz a aimé (il n’a pas de souvenirs de sa mère et il est vite séparé d’elle). On peut dire sans aucune contestation que ses approches envers elle ont été laborieuses, compliquées. Mais, il est parvenu à ses fins et leur amour aura été fort, puissant, intense et ô combien compliqué.Car, à part le soutien de Vérité, tout aura été contre eux : les conseils de Patience ou Umbre, la situation particulière de Fitz à la cour, sa condition de servante, etc. Molly a beau envoyé des signaux explicites à Fitz, celui-ci ne les comprend pas. Et ce qui devait arriver arriva. Lors d’une dernière discussion douloureuse, la vérité éclate. Fitz n’est plus la priorité de Molly et les adieux sont colériques : « Ne me touche pas, gronda-t-elle. Ne pose plus jamais la main sur moi ! »
Grand-père de Fitz, Subtil est le roi des Six-Duchés, un roi sans pouvoirs, un roi sans forces. Car plus notre lecture avance et plus cette impression se renforce. Son corps ne lui obéit plus, sa volonté faiblit et Fitz est désemparé quand il se présente face à son Roi. Mais quand Fitz va pour le soustraire des mains traitresses de Royal, le vieux Roi se redressera une dernière fois pour délivrer ses dernières paroles teintées de la force royale (« Mon jeune assassin, qu’ai je fait de toi ? Comment ai-je pu ainsi pervertir ma propre chair ? Tu ignores à quel point tu es jeune encore ; fils de Chevalerie, il n’est pas trop tard pour te redresser. Relève la tête, vois au-delà de tout cela. »)

Il n’est pas illusoire de dire que beaucoup de lecteurs des aventures de Fitz vouent un véritable culte au Fou. Il n’est pas non plus faux de dire que c’est avec ce personnage que Fitz aura vécu une de ces relations les fortes, les plus abouties. Pour autant, il ne faudrait pas oublier l’instant, cet instant où les deux ont cru qu’ils ne se reverraient jamais à la mort de Subtil. Et le moins que l’on puisse dire est que les mots du Fou ont été cruels, durs pour Fitz. Tels des uppercuts en pleine face, le bouffon du Roi assène au bâtard royal des « Tu l’as tué, tu l’as tué ! Tu as tué mon roi, traître immonde ! »

Burrich n’est pas qu’un mentor de Fitz, c’est celui qui remet toujours Fitz debout, celui qui est le plus exigent avec lui. Dur avec lui, intransigeant. Et ça Fitz le supportera jusqu’à sa résurrection où tout finira par éclater. Des années de rancœur, un retour à une vie qu’il ne voulait plus et des mots lâchés en pleine face qui auraient énervé plus d’un homme. Mais pas Burrich, non lui encaisse, se redresse et s’enfonce dans la nuit noire. Et le lendemain, quand il prend conscience que Fitz ne peut grandir, ne peut vivre sa vie en étant constamment sous l’ombre protectrice de quelqu’un, il lui dira des paroles pleines de tendresse : « Va te peigner. Tu as l’air d’un sauvageon. »

Et puis, il y a Vérité. Vérité et son destin étonnamment proche de celui du Fitz. Lui aussi se sacrifie pour son pays, lui aussi sacrifie son amour, lui aussi porte le fardeau de la solitude l’Art. Vérité aura été plus qu’intime avec Fitz. Quand Vérité le Dragon s’envole pour nettoyer les Six-Duchés de la traîtrise de son frère et des malveillances des Pirates, Fitz perd plus qu’un ami, un mentor ; il perd une partie de lui-même. Et Vérité, en digne fils de son père, prononcera là encore des paroles puissantes : « Et prends mieux soin de toi que je l’ai fait de moi-même. Je t’aimais, tu sais, ajouta-t-il à coup ;  malgré tout ce que je t’ai fait subir, je t’aimais. »


Les dernières lignes des romans de la farseer trilogy

Tome 1, L'apprenti assassin : « Les humains ne pleurent pas leurs morts avec l'intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années »

Bien qu'il soit relativement jeune à la fin du tome 1, Fitz a déjà connu de nombreuses pertes ou morts (son père par exemple). Pourtant, rares sont les moments où il les pleure, ainsi quand son père meurt (Chevalerie), il a plus de la colère (de ne pas l'avoir connu qu'autre chose). Par contre, quand Burrich lui retire son compagnon de Vif (Fouinot) ou quand Umbre lui interdit son antre secrète pour ne pas avoir relevé un défi, alors notre Fitz se plonge dans un mutisme, dans le silence. Il est profondément marqué par ces deux disparitions car ils étaient de rares amis.
Ici, nous sommes à la fin de sa mission des Montagnes où Fitz devait tuer le Prince des Montagnes pour permettre à Vérité et à sa future femme de monter d'un cran dans la ligne de succession. Mais, manipulé par Royal, Fitz va traverser de terribles épreuves et manquera de mourir plusieurs fois. Au final, il se retrouve sauvé de la noyade par Fouinot qu'il croyait disparu. Mais le vieux chien meurt. Fitz perd donc pour de bon un ami fidèle et entièrement dévoué.

Tome 2, L'assassin du Roi : « La hache est son arme. Vérité hocha la tête. Et mon arme c'est lui »

Tout le long du tome 2, Fitz est à la recherche de lui-même, de son identité. Au retour des Montagnes, il n'est pas seulement diminué physiquement ; non. Il en veut plus. Il se construit en nouant des liens avec d'autres (Oeil-de-Nuit, Molly, etc.) ou en opposition (Royal bien entendu mais aussi Burrich). On assiste donc à un long processus qui culmine au moment où Fitz ne parvient pas à sauver la petite gamine dans les bois. Là, il comprend qu'il doit user tous les moyens disponibles s'il veut faire ce que son devoir lui commande. Vérité et Burrich pensent que la hache lui conviendra (en passant, cette arme deviendra un moyen d'humour tout le long de la saga, et aussi dans les aventures de Tom Blaireau).
Il y a un côté symbolique dans les propos de Vérité. Fitz reste un outil forgé par Umbre, un outil à la disposition des Rois. Si c'est Fitz qui porte les coups, il ne doit pas oublier pour autant qu'il y a des gens au-dessus de lui qui prennent les décisions.

Tome 3, La nef du crépuscule : « Il est un lieu où tout temps est maintenant, où les choix sont simples et ne sont jamais ceux d'un autre. Les loups n'ont pas de roi »

Durant le tome 3, nous faisons face à un Fitz tiraillé entre son amour pour Molly et son devoir pour les Loinvoyant. Rares sont les moments où il peut faire ce qu'il veut. Il ne peut même pas profiter pleinement de la compagnie d'Oeil-de-Nuit. Il doit toujours se cacher, faire attention aux apparences et à ses gestes, lui le bâtard royal. Pire, il doit même donner sa vie pour des rois et eux en retour ne lui donnent que peine et souffrance.
A la fin du tome 3, Fitz est emprisonné, accusé d'avoir tué son Roi, le Roi Subtil. Enfermé dans les cachots, il est torturé, puis se suicide. Fitz meurt donc. Pas entièrement car il se réfugie temporairement dans le corps du loup ; plus tard Burrich le ramène à la vie. Pourtant à la lecture, on se rend compte que Fitz vit sans doute-là une des plus belles périodes de sa vie, en tout cas une des plus paisibles. Pas de corps meurtri, de tortures, de coups d'épées, etc. ; non, il est dans un corps en pleine possession de ses moyens qui vit au jour le jour.

Tome 4, Le poison de la vengeance : « pourtant c'est d'un pas curieusement ragaillardi que je quittai les cadavres et m'enfonçai dans la nuit qui s'épaississait »

Le tome 4 peut être vu comme de transition. Fini d'arpenter les couloirs de Castelcerf, finies ses anciennes relations (Pognes, Molly, etc.), fini d'être officiellement Fitz. Notre héros se lance dans une nouvelle quête (retrouver son Roi, son ami, son mentor, le prince Vérité). Le tome 4 tranche radicalement avec les tomes précédents. Nous pénétrons dans d'autres mondes en nous rendant à Gué-de-Négoce ou lors du voyage avec Fifre et les autres. On pourrait même croire que Fitz a changé mais non, son désir de tuer est toujours là. Après avoir tenté d'éliminer le Roi Royal, il se lance donc à la recherche de Vérité mais ce n'est pas de tout repos, car il doit se rendre dans les Montagnes. Son périple a d'ailleurs bien failli échouer ; il est reconnu par des soldats et capturé mais parvient à s'échapper en les tuant tous. On retrouve donc dans la phrase de fin du livre deux éléments dans lesquels Fitz semble adorer : les cadavres (il en a une longue liste derrière lui) et la nuit (ses leçons avec Burrich, ses rêves endiablés sur Molly, etc.)

Tome 5, La voie magique, « Elle me souhaita la bienvenue »

Comme le titre du roman l'indique, Fitz va devoir face à de nouveaux défis. Des défis qui trouvent racine il y a bien des années. Fitz et ses compagnons sont à la recherche de Vérité, dans des endroits isolés et peu fréquentés des Montagnes. Ils empruntent alors une route particulière qui après diverses péripéties les emmène à un poteau que seul Fitz peut déchiffrer, comprendre et utiliser. Fitz succombe donc à la tentation et s'enfonce dans l'inconnu. Ce passage dans le roman doit être appréhendé en prenant en compte tous les éléments que Robin Hobb nous offre sur les Anciens lors de ses différentes sagas, il fait partie d'un tout.

Tome 6, la Reine solitaire, « Nous rêvons de sculpter notre propre dragon »

Que se passe-t-il dans ce tome ? Vérité donne vie à son Dragon, la reine Kettricken récupère le trône, Molly épouse Burrich, le Fou s'en va vers une destination inconnue, etc. Fitz se retrouve donc seul, en partie par sa faute. Les années passent et s'il a de temps en temps des contacts avec le monde extérieur grâce à la ménestrelle Astérie, sa vie se résume à sa chaumière, Oeil-de-Nuit qui vieillit et Heur un orphelin qu'il a recueilli. Maigre récompense pour un homme qui a donné sa vie et un peu plus pour sauver les Six-Duchés, n'est ce pas ? Pire, il n'a plus personne à qui parler via la magie de l'Art (il a tué tous les utilisateurs connus). Fitz n'a pas oublié non plus la fin de Vérité, et combinés, ces deux éléments (sa soif d'Art et le sacrifice de son vieil ami) lui donnent envie de créer son dragon. Pour y abandonner toutes ses souffrances, ses peines et expériences.