Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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dimanche 2 octobre 2022

Fellodi, une bien mauvaise réputation

Plus on lit de choses sur Clerres et plus on comprend que cet école a dévié de son ambition d'origine. L'objectif de collecte et de traitement des rêves des Blancs a été exploité et perverti. Il n'y a rien de bien étonnant quand on voit la personnalité de ceux qui dirigent cette école : les Quatre. Parmi eux, il y a Fellodi.

Le Fou a vécu à Clerres. Il a quitté l'école car il a senti qu'elle le brimerait, qu'elle ferait tout pour le faire taire. Il a fui et est arrivé à Castelcerf. C'était un territoire inconnu, une ville qu'il a atteint des semaines après son départ de Clerres. Malgré tout, il était encore marqué par ce qu'il avait vécu. Quand il rencontre Subtil, il est méfiant, craintif (« quand il m'a annoncé que je pouvais dormir sur le socle de la cheminée de sa chambre, j'ai été sûr qu'il allait... »). La référence est claire, le Fou a eu peur d'être abusée. Car, la réputation de Fellodi est connue et a traversé les époques. Le problème n'est pas tant qu'il ait un fort appétit sexuel ou la diversité de ses partenaires, plutôt le fait qu'il se tourne vers de jeunes personnes.

Prilkop, lui aussi, connaît bien Clerres. Lorsqu'il y retourne après avoir la libération de Glasfeu, il a l'espoir de retrouver l'école qu'il a connue. Quelle déception pour lui ! Tout a changé et les Serviteurs sont devenus des êtres égoïstes. Prilkop est battu puis emprisonné. Il a le temps d'observer la laideur de Clerres, les déviances des Quatre et les crimes de Fellodi. Il l'interroge : « Fellodi, tu n'as pas de gamin violer aujourd'hui ? » C'est quelque chose de connu. Quand le Fou rend compte à Fitz, quand il lui donne des informations sur Clerres, il dit que « Fellodi, c'est de notoriété publique, a des appétits charnels qu'il assouvit en divers lieux ». Fellodi ne se cache même pas, il salit tous ceux qu'il fréquente, peu importe leurs rangs : « on y trouve également les rêveurs Blancs les plus prolifiques, là où les Quatre peuvent descendre de leurs tours altières pour échanger avec eux – et pas seulement dans les domaines éthérés de la pensée, dans le cas de Fellodi ».

Même les partenaires de Fellodi savent qui il est. Dwalia remarque que « Fellodi est incapable de penser à autre chose qu'à sa débauche ». Dwalia ose parler de façon impertinente aux Quatre et elle le paiera : elle sera battue, son dos réduit à des lambeaux de chair sous le regard de plaisir évident des Quatre. Capra, elle, est en colère : le Fou a retrouvé son Catalyseur et l'avenir de Clerres est menacée puisque les dragons sont de retour et que les rêves de destruction se multiplient. Elle pointe du doigt les erreurs de ses collègues en disant que « mais, non, vous vouliez son sang de Blanc, et Fellodi qui en voulait encore davantage rêvait de lui comme un jeune paysan transi d'amour ». En attendant, il faut s'occuper de l'otage ramené par Dwalia : Abeille. Dwalia est convaincu que le Fils inattendu. Cela intrigue les Quatre. Fellodi veut passer du temps seul avec Abeille dans le but, officiel, de l'interroger. Tous les présents savent que ça cache quelque chose ; Capra en fait la remarque : « Nous savons quelle valeur tu lui accorderas, Fellodi. »

jeudi 30 juin 2022

L'influence de la Femme Pâle

Si elle n’est pas présente physiquement dans Sur les rives de l’Art et le Destin de l’assassin (car morte), la Femme Pâle est quand même souvent mentionnée et a un impact sur ce qui se passe. C’est, en partie d’elle, que le Fou veut se venger et c’est son lien avec Dwalia qui motive cette dernière à punir le Fou.

Pour libérer Glasfeu et accomplir le défi d’Elliania, Devoir, Fitz et le Fou se rendent sur Aslevjal. C’est une île de glace et de neige, le repère de la personne qui a mené la guerre des Pirates Rouges contre les Six-Duchés. Mais avant cela, c’était une cité des Anciens qui a été prise dans la lutte entre les Blancs et les Anciens (et les Dragons). Dans leur volonté d’empêcher le retour des dragons, les Quatre de Clerres ont envoyé la Femme Pâle (également appelée Ilistore) à Aslevjal. Hormis la Femme Pâle ou le Fou, un autre Blanc a connu Aslevjal : l’Homme noir (connu sous le nom de Prilkop). Il a connu Aslevjal avant l’arrivée de la Femme Pâle, avant même l’arrivée de Glasfeu et il a bien vu à quel point la cité a changé (« Prilkop évoquait souvent la beauté qui avait disparu quand la Femme Pâle a envahi Aslevjal et s’y est installée »). Fitz s’y connaît bien en destruction. Lorsque le Fou se met à lui raconter l’histoire de son peuple, il assemble les pièces et se rend compte que le comportement de la Femme Pâle dépasse une simple attitude démolisseuse : il y a la réelle volonté d’éradiquer une civilisation. Fitz remarque que la Femme Pâle « avait tout fait pour dégrader la cité. Sous son règne, des œuvres d’art avaient été défigurées ou détruites, des bibliothèques de cubes d’Art renversées, et irrémédiablement mélangées… Tout cela n’indiquait-il pas une haine tenace ? Avait-elle cherché à effacer toute trace d’un peuple et de sa culture ? » Ces interrogations confirment bien la volonté des Serviteurs et des Blancs d’effacer les Anciens et les dragons.

Prilkop a étudié des textes, il a fréquenté des prophètes, des collecteurs. Il a eu le temps de réfléchir à tout ce qui s’est passé. Il a compris que c’était une lutte de pouvoirs, que la Femme Pâle était un outil de déstabilisation. Les Quatre ont compris que les Loinvoyant pouvaient représenter une menace : ils leur ont envoyé les Pirates Rouges. Alors qu’il est captif à Clerres, il croise Abeille et lui développe son point de vue sur Ilistore : « pour elle, son destin était de s’employer à ce que les dragons ne reviennent jamais dans notre monde, et elle voyait une Voie juste dans le fait de maintenir l’état de guerre entre les îles d’Outre-mer et les Six-Duchés. Elle souhaitait faire éclater les Six-Duchés en petits États qui se chamailleraient, et s’assurer ainsi que la magie ancienne des Anciens ne réapparaîtrait pas dans les lignées Loinvoyant ». Notons que cette magie est l’Art et que c’est sans doute pour cela que les forgisés ont convergé et traqué Vérité et Fitz. Ilistore a donc quitté sa douce île du sud, son monde qu’elle connaissait pour s’aventurer dans le nord froid et hostile. Convaincue de la nécessité de sa mission, elle y est allée seule. Ce n’était pas nécessairement sa volonté ; c’est ce qu’on comprend lorsque Dwalia revient à Clerres et fait son rapport aux Quatre (Symphe, Capra, Fellodi et Coultrie). En outre, Dwalia est pleine d’amertume et de regrets. Dans ses paroles, on se rend compte de plusieurs choses : Dwalia a aimé Ilistore, la mort de la Femme Pâle a été une réelle tragédie et tout ce qu’a fait Dwalia a été motivé par ça (à Capra, elle dit : « je t’ai supplié de me laisser partir avec Ilistore pour la protéger, et vous avez tous refusé sous prétexte que Kebal Paincru suffirait, mais il n’a pas suffi, et elle est morte. Elle est morte de façon horrible, seule, brisée, glacée »).

Reppin fait partie de ceux qui ont été jusque dans les Six-Duchés pour enlever Abeille. Reppin éclaire bien la situation entre Dwalia et la Femme Pâle : « n’oublions pas non plus que Dwalia a servi Ilistore pendant des années et qu’elle la vénérait ; elle affirmait toujours qu’à son retour Ilistore la porterait au pinacle ». Dwalia n’a donc pas simplement perdu son amour, elle a perdu son futur. Tout porte à croire que la relation entre Dwalia et la Femme Pâle est sincère, qu’elles s’aiment réellement même si chacune a un intérêt à fréquenter l’autre : la Femme Pâle peut servir d’aide à Dwalia pour gagner en influence par exemple. Le Fou se rappelle de sa formation à Clerres ; la Femme Pâle était déjà là. Elle était sa rivale, les deux se considéraient comme le Prophète Blanc de cette époque. Or, il ne peut y en avoir qu’un. C’est Ilistore qui avait été choisie, cette femme majestueuse qui « avait une tenue verte et marron semblable à celle d’un chasseur, et ses cheveux blancs étaient retenus en arrière par une tresse à fil d’or. Elle était ravissante ! Sa servante la suivait, et je crois y repensant, je crois que c’était Dwalia ».

Abeille confirme la nature de la relation amoureuse entre Dwalia et la Femme Pâle en ayant un aperçu des pensées de Dwalia. Clairement, Dwalia n’est pas qu’une agente de la Femme Pâle, pas qu’un outil ou un pion (« son cœur remonta en arrière jusqu’à une époque où elle avait connu l’amour, une fois, et avait aimé en retour. Je vis une femme de grande taille qui lui souriait : la Femme Pâle ». Il n’est donc pas étonnant de voir Dwalia détester Fitz et le Fou, compte tenu de ce qu’ils ont fait à la Femme Pâle. Ils n’ont pas que brisé sa Voie, ils lui ont donné une mort pathétique. En revenant à Clerres avec Prilkop, le Fou raconte tout ce qu’il a vécu et donc ce qui s’est passé sur Aslevjal. En évoquant les derniers moments d’Ilistore, il se crée une ennemie : « c’est ainsi qu’elle a appris que les mains de la Femme Pâle avaient été dévorés et qu’elle était morte dans le froid, affamée et gelée. Ilistore m’avait toujours méprisé, et ce jour-là, je me suis aussi attiré la haine de Dwalia pour toujours ».

La mort de la Femme Pâle ne signifie pas donc la fin de l’histoire. C’est avec la naissance d’Abeille le déclencheur d’événements qui mèneront à de grands changements et, au final, à la domination des dragons.

mardi 29 mars 2022

L'histoire de Dwalia

Les romans du Fou et de l’Assassin concluent les aventures des personnages que nous avons suivi dans l’Assassin royal, les Aventuriers de la mer ou les Cités des Anciens. S’ils font apparaître des personnages déjà connus, ce n’est pas le cas de tous. Ainsi, Fitz et Molly ont un nouvel enfant, Abeille. Celle-ci sera au centre des événements lorsqu’elle se fera capturer par un groupe de mercenaires de Chalcède, mené par Dwalia. Dwalia, qui a connu le Fou à Clerres, obéit aux Quatre et a pour mission de remettre l’histoire dans le bon chemin. Pour cela, elle cherche le fils inattendu, traque le Fou. Avec Dwalia, nous découvrons une nouvelle culture basée sur l’obéissance, la torture et l’exploitation des renseignements et des rêves ; c’est un monde où tout doit favoriser l’opulence et le pouvoir des Quatre. Nous comprenons également que ces individus ont tout fait pour chasser les Anciens et les Dragons, et que leur retour ne les ravit pas.

Dwalia terrorise Abeille après l’avoir enlevée, elle lui fait peur, Abeille la craint. Pour comprendre Dwalia, il faut savoir qui elle est et ce qui la motive. Pour cela, on peut s’appuyer sur les dires du Fou qui connaît bien Clerres et son mode de fonctionnement. Il nous apprend que « c’est une Lingstra, c’est-à-dire une sorte d’émissaire, on la dépêche ici ou là pour chercher des renseignements, ou donner un coup de pouce aux événements pour leur faire suivre la direction décidée par les Serviteurs ». On retrouve bien là le côté manipulation. Le Fou prévient Fitz, il ne faut avoir aucune pitié pour Dwalia, elle n’est pas qu’un outil, elle a conscience de ce qu’elle fait et elle y prend grand plaisir. Les gens de Clerres savent qu’ils sont égoïstes, que toutes leurs actions ont pour but de satisfaire leurs intérêts et tant pis si d’autres doivent grandement en souffrir : « si tu tombes sur ceux qui ont enlevé Abeille (…) ceux qui ont conçu ce plan, les luriks et Dwalia, ils te paraîtront peut-être bienveillants, jeunes, mal conseillés (…) Ne t’y fie pas, ne les écoute pas ; n’aie aucune compassion, aucune pitié (…) chacun d’eux a été témoin de ce que les Serviteurs font à leurs semblables ; et chacun d’eux a choisi de servir plutôt que de les défier ». Il n’y a pas d’innocents à Clerres, ce ne sont pas des gens forgisés. C’est Abeille qui nous fournit quelques renseignements supplémentaires en pénétrant l’esprit d’un de ses gardes. Elle y lit que Dwalia « était jadis respectée en tant que servante à la disposition d’une Blanche hautement considérée ; elle avait vu sa maîtresse envoyée accomplir de grandes choses dans le monde. Mais lorsque la femme avait échoué et chu, la fortune de Dwalia avait péri avec elle ». Cette Blanche est la Femme Pâle (ou Ilistore) et c’est bien entendu les actions du Fou et du Fitz qui ont contrarié ses plans. Il y a donc un aspect personnel aux actions de Dwalia, elle veut se venger du tort causé par le faux Prophète Blanc et son catalyseur.

Dwalia aimait sans aucun doute Ilistore, elle avait lié son destin à elle. Reppin, un garde de Clerres, dit de ne pas oublier que « Dwalia a servi Ilistore pendant des années et qu’elle le vénérait ; elle affirmait toujours qu’à son retour Ilistore la porterait au pinacle ». Il y a donc à la fois un sentiment affectif et la promesse d’une ascension dans la hiérarchie. Dwalia n’a absolument pas digéré la mort de la Femme Pâle à Aslevjal et cela lui fait parler sans discernement aux Quatre (« Disparus notre Femme Pâle, notre belle Ilistore et Kebal Paincru ») ; cela lui causera d’ailleurs des soucis. Elle s’en veut de ne pas l’avoir accompagnée mais elle devait obéir aux ordres. On le lui a interdit et depuis elle n’a que des regrets (« je t’ai suppliée de me laisser partir avec Ilistore pour la protéger (…) elle est morte de façon horrible, seule, brisée, glacée »).

Dwalia accuse donc le Fou de la mort de sa chère Ilistore. Le contentieux remonte à bien avant. Elle reproche au Fou (Bien-Aimé) de ne pas savoir rester à sa place, d’être parti dans les Six-Duchés, loin au nord, pour modifier l’histoire. Elle rumine : « tout est sa faute. C’est à cause de lui que nous en sommes là. Il ne se satisfait pas du rôle qu’on lui avait donné ». Heureusement pour elle, après avoir permis de sauver Glasfeu, le Fou décide de retourner à Clerres avec l’espoir fou de changer les choses là-bas. C’est une mauvaise décision car il tombe sur Dwalia qui le torture, le frappe, l’insulte, le rabaisse («  ça m’était égal qu’il réponde ou non ! Je l’interrogeais, et il hurlait ; alors je serrais de nouveau »). Cela a été efficace car même Fitz, son plus proche ami, n’a pu le reconnaître tant il était changé.

Lorsque Dwalia décide d’enlever le fils inattendu (Abeille selon elle), elle embauche des mercenaires de Chalcède. Mais, la cohabitation n’est pas facile avec ces gens qui n’ont aucun respect pour les femmes. Ellik, le chef du groupe de mercenaires, est rapidement menaçant (« tes jolis cheveux blancs pourrait bien me rapporter plus que tes servantes exsangues et tes hommes débiles »). Ellik et ses hommes ont violé des femmes à Flétribois. Ce sont aussi des hommes capables de chasser et se procurer de la viande : la bonne odeur donne de la viande qui cuit donne envie à Abeille et à d’autres de leur demander de quoi se nourrir. Dwalia les met en garde : « une part de cette viande nous reviendrait à un prix qu’aucun d’entre nous n’est prêt à payer ».

Ellik et Dwalia se disputent le leadership au sein du groupe. La femme de Clerres a un avantage grâce à la magie de Vindeliar qui leur permet de se déplacer librement et secrètement dans les Six-Duchés. Mais, Ellik montre les dents : « il est encore plus utile qu’une femme prête à se faire violer ».

Plus tard, Fitz parvient à capturer un chalcédien et l’interroge. Cela nous apprend que Dwalia a été la source de bien des fantasmes et été proche d’être violée : «  je n’ai pas pu m’empêcher de rire en la voyant se débattre entre eux, avec ses gros seins et son ventre rond qui dansaient comme de la gelée. Je lui dis que je pensais pouvoir lui prouver que nous étions bien des hommes. Nous avons commencé à la déshabiller et alors... » Ce qui sauve Dwalia (et pas la pauvre Odessa, déjà violée) est la peur de Vindeliar qui irradie sur tous. Eux voyaient Vindeliar comme un jeune homme puceau, ils ne se rendent pas compte qu’à ce stade du récit, il n’est qu’une créature exploitée par Dwalia. Ils ne peuvent pas non plus savoir qu’Odessa est la sœur de Vindeliar…

Malgré tout, Dwalia devra quand même donner son corps pour arriver à Clerres. Quand il faut franchir la mer, le petit groupe embarque à bord d’un bateau et Vindeliar implante dans l’esprit du capitaine que Dwalia est la plus belle femme au monde. Il la met donc dans son lit et lui fait l’amour à tout instant (« les moments où le capitaine Dorfel s’occupait de Dwalia étaient les plus tranquilles de mon existence limitée. Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »).

De retour à Clerres, convaincue d’avoir ramené le fils inattendu, tout ne se passe pas comme prévu pour Dwalia. On peut déjà douter du fait qu’Abeille soit bien le fils inattendu : ne serait-ce pas plutôt Fitz ? Surtout, elle prend une volée de reproches de la part des Quatre (Capra, Coultrie, Symphe et Fellodi). Capra est claire en pointant du doigt que la mission de Dwalia était avant tout personnelle et intéressée (« oh, certes, tu as manipulé les événements, mais ta petite vengeance nous a projetés dans une situation très dangereuse »). On ne peut être que d’accord avec ce que dit Capra car l’enlèvement de la fille de Fitz a créé une alliance à l’autre bout du monde : des forces des Six-Duchés (Fitz, Lant par exemple) se sont alliés à des Dragons, des vivenefs, des Marchands (Brashen, Althéa), des Anciens (Kanaï) pour détruire Clerres et récupérer Abeille si possible. Et les Quatre comme Dwalia sous-estiment Abeille et sa capacité de nuisance et de dégâts : ils le paieront chèrement.

Dwalia fait donc son rapport et elle emploie un ton colérique et hautain. Cela déplaît aux Quatre qui décident de la punir : « ce ne furent pas dix coups de fouet, mais quarante, dix décrétés par chacun des Quatre (…) Avant qu’ils eussent fini, les lanières frappaient sa chair à vif et faisaient jaillir des gouttes de sang ». Dwalia sera tuée par Abeille grâce à l’Art. Même morte, son cadavre et son corps ne connaîtront pas la paix (« Ferb et moi, on a eu l’honneur de balancer Dwalia dans la fosse, et Ferb lui a pissé dessus. Cette vieille garce était plus jolie morte »). Cela montre bien que Dwalia était très peu respectée à Clerres : on ne note aucun enthousiasme à son retour de mission de longs mois après son départ, on ne cesse de lui répéter toutes les pertes.

Car Dwalia est antipathique. Elle a livré à la mort et au viol des dizaines de gens simplement pour enlever Abeille. Elle a souvent battu sa captive (« Dwalia avait laissé sa marque sur moi : par temps froid et humide, ma pommette gauche me faisait souffrir »). Elle n’a montré aucune solidarité envers ses propres compagnons de voyage, laissant par exemple Alaria se faire abuser quand ils sont coincés dans un poteau d’Art à Chalcède : « il n’en a place, alors ne fais pas attention à lui. Il ne peut pas baisser son pantalon, et le tien non plus » ; ce qui n’empêchera pas l’homme de se frotter à Alaria. Notons qu’elle vendra plus tard Alaria contre des places sur un bateau.

mercredi 9 juin 2021

Prophètes et Blancs

Catalyseur, voici un terme qu’on rencontre assez rapidement dans l’assassin royal. Fitz dit à Umbre que le Fou l’appelle comme ça. Si il y a un catalyseur, c’est qu’il y a un prophète. Ainsi, à travers les romans, on se rendra compte que le Fou est le Prophète blanc et Fitz son catalyseur. Ils mettront en marche des événements considérables qui mèneront au retour des Dragons. Notons que le Fou ne limitera pas son influence à Fitz, il ira à Terrilville et dans les eaux environnantes pour mettre le temps sur la route qu’il juge adaptée. Mais ni Hiémain ni Althéa ne seront ses catalyseurs : un Prophète ne peut en avoir qu’un. 

Mais, il faut préciser que cela ne reste que ces croyances. Nombreux seront ceux à rejeter l’idée même de prophète ou à préférer le système religieux déjà en place dans leur pays. Les prophètes semblent aussi mystérieux que le peuple dont ils sont issus : les Blancs.

Dans le roman « La voie magique » apparaît le personnage de Caudron. Si la vieille femme ne fait rien pour créer des liens avec ses compagnons de voyage (à la recherche de Vérité), elle apparaît comme un personnage cultivé. On se rend vite compte qu’elle en sait beaucoup sur l’Art et les Prophètes Blancs. Lors de ses premiers moments avec Fitz, quand elle l’aide à atteindre les Montagnes, les deux discutent. Caudron se présente comme un pèlerin et Fitz est assez curieux ou attentif pour la faire parler. 

Des mois avant, le Fou avait clairement exposé ses intentions à Fitz sans que ce dernier n’entende (« je suis parti chercher ma place dans l’histoire et décider où la contrarier »). Caudron apporte des précisions à un Fitz plus réceptif mais toujours sceptique. Elle lui dit qu’« ils apparaissant aux moments critiques de l’Histoire et ils la façonnent (…) Loin dans le Sud, il est pays où l’on est convaincu qu’à chaque génération naît un Prophète blanc quelque part dans le monde ».

A ce stade du récit, pour le lecteur, le Sud c’est Terrilville. On pourrait donc naïvement croire que c’est à ce Sud que Caudron fait référence. Ce n’est pas du tout le cas à la lecture des Aventuriers de la Mer et de la suite de l’Assassin royal. Car, la religion dominante dans ces mers est celle de Sâ. Et ses partisans rejettent farouchement le concept de Prophète. On a le témoignage catégorique de Delnar, un prêtre reconnu et respecté, qui affirme que « sans contestation possible que ces fanatiques soumis à leurs illusions souffrent en réalité d’un mal rire qui détruit la pigmentation de leur peau et provoque des hallucinations sous l’aspect de rêves prophétiques envoyés par les dieux ». Cette citation est intéressante car elle illustre deux phénomènes dont nous avons été témoins avec le Fou : il a fait des prédictions qui se sont révélées vraies (« Fitz, débouche la bouche du bichon, du beurre et ça biche ») et sa peau a changé régulièrement de couleur (sur la route d’art, à son retour dans les Six-Duchés, à Aslevjal). Le principal témoin de tout ça ne fut que Fitz ; si d’autres en ont été témoins, ce fut de façon épisodique et anecdotique. Il n’est donc pas étonnant de lire que « la religion des prophètes blancs n’a jamais connu une grande diffusion dans les contrées du nord, mais elle a fourni pendant quelques temps un passe-temps fort amusant à la noblesse de la cour jamaillienne. »

A la fin de la Reine Solitaire et en lisant les romans autour de Sire Doré et Tom Blaireau, on comprend qu’un nouvel acteur important est là : il s’agit de la Femme Pâle (ou Ilistore comme nous l’apprendrons plus tard). Cette dernière est convaincue d’être la Prophétesse blanche de son époque et elle confronte donc régulièrement les plans du Fou. Les deux se sont connus, se sont fréquentés sur les bancs de leur école (à Clerres). Il y a un problème : il ne peut exister qu’un prophète pour une époque. C’est donc pour ça que le Fou a fui et qu’il s’est retrouvé bouffon du Roi Subtil. 

Les motivations du Fou sont claires : il fait tout pour garder Fitz en vie, il est son catalyseur. Il ne fait pas tout ça uniquement par amour mais par intérêt, il le maintient en vie contre vents et marées, au prix de grandes souffrances car seul un Fitz vivant lui permet d’atteindre son objectif. Le Fou avait rêvé de son catalyseur, d’un cerf noir émergeant de la pierre. C’est une des façons de deviner son catalyseur. C’est un passage assez flou dans le récit ; mais de toute façon seul le prophète est à même de savoir qui le catalyseur est (le philosophe Traitebutte : « pour chaque prophète blanc, il existe un catalyseur, et seul le prophète blanc d’une période donnée est capable de deviner qui il est ; il s’agit d’un personnage dont la naissance le met dans une position unique pour modifier, si légèrement que ce soit, les événements prédéterminés et engager le temps sur des voies nouvelles aux probabilités toujours plus étendues »). Cette définition correspond bien à Fitz : il est un bâtard dont la naissance a provoqué l’abdication d’un prince, sa venue au monde a donc été un petit caillou qui a tout modifié.

Fitz a été le catalyseur du Fou, la Femme Pâle a choisi Kebal Paincru. Ce dernier a répandu la violence sur les Six-Duchés sans comprenne dans un premier temps ses motivations. Les gens étaient forgisés, les villes pillées sans qu’il n’y ait de réelles revendications. Ce n’était que la destruction gratuite. On comprendra plus tard que Paincru n’était qu’un outil dans les mains de la Femme Pâle, et plus encore des Quatre. Tout cela n’avait qu’un but : empêcher le retour des Dragons et donc stopper le Fou (ou Bien-Aimé). Sans doute les gens de Clerres regrettent-ils de ne pas avoir garder le Fou captif au tout début, après sa première rencontre avec la Femme Pâle (elle «  a exigé de me voir. Elle m’a haï dès la première seconde à cause de ma certitude d’être tout ce qu’elle n’était pas »).

Les romans du « fou et de l’assassin » nous en apprennent beaucoup sur les prophètes blancs et Clerres. On comprend que les Quatre ont détourné les prophéties et les prophètes et s’en servent pour accumuler richesses et influences. Il est difficile de savoir quand tout cela a commencé mais on sait qu’ils ont commencé à en vouloir aux Dragons et aux Anciens, et qu’ils n’ont rien fait pour les prévenir de catastrophes qui arrivaient. On sait aussi que tous les prophètes blancs ne vont pas à Clerres, soit parce que l’école n’a pas toujours existé soit parce que certains naissent hors de leur portée (« à l’époque tous les prophètes blancs naissaient dans la nature : les gens se rendaient compte que leur enfant était étrange, et ils l’amenaient à Clerres, ou bien ils grandissaient chez lui en sachant qu’il devait entreprendre un jour ce voyage »). 

Clerres (le pays des Serviteurs) a une organisation stricte : tout en haut se trouvent les Quatre (Capra, Symphe, Coultrie et Fellodi) et tous ceux qui sont en dessous doivent obéir (les collecteurs s’occupent de la bibliothèque, les lingstras comme Dwalia sont envoyés en mission, les servants, les manipulateurs  étudient les rêves).

S’ils ont peur de ce que peut faire le Fou, ils gardent aussi un œil sur Prilkop, un autre prophète blanc devenu noir. Ce dernier semble évoluer hors du temps puisqu’il a vu Glasfeu arriver à Aslevjal ! Selon Dwalia, il est un « Blanc naturel et non élevé à Clerres, il est resté trop peu de temps dans notre école pour que nous puissions nous assurer de sa loyauté ». D’après le Fou, Prilkop était « un vrai Blanc, d’une lignée plus ancienne et plus pure qu’il n’en existait à ma naissance ».

Les Quatre ont donc des visées égoïstes et cela va jusqu’à se faire reproduire des gens ayant du sang des Blancs (un ancien peuple disparu), pour que leurs rejetons aient des dons prophétiques, et au final les servent (« les Serviteurs croisent des enfants les uns avec les autres, entre cousins, entre frères set sœurs, (…) ceux qui ne présentent aucun signe de la lignée des Blancs sont détruits »). C’est aussi pour cela qu’ils ont pour projet de garder Abeille captive.

Sait-on comment naît un prophète blanc ? Difficile d’être affirmatif. Mais, le Fou a eu deux pères et une père tout comme Abeille a eu deux pères et une mère (Molly, Fitz et le Fou à cause de leur lien spécial). Toujours est-il que les Prophètes blancs ont nécessairement du sang de Blanc, à des degrés différents de pureté. Même si elle est une usurpatrice, la Femme Pâle dit la vérité quand elle dit que les prophètes descendent des « véritables Blancs (…) être merveilleux, disparus depuis longtemps de ce monde et de tous les autres, le teint laiteux et d’une sagesse incomparable, car ils possédaient le don de prescience ». C’est le Fou qui nous apporte une précision importante ; les Blancs ont vu leur monde disparaître et ils ont décidé de prendre des mesures : une Blanche « s’est mise à parcourir la terre et, chaque fois qu’elle rencontrait un preux digne d’elle, elle portait un enfant de lui ». On ne sait pas exactement comment les Blancs ont disparu et on peut penser que les Serviteurs actuels ont gagné l’île de Clerres (la terre des Blancs), ont trouvé des restes de prophéties, puis compris qu’il y avait là la possibilité de gagner en pouvoir, et ont donc mis en place leur plan d’élever des prophètes.

Abeille a un statut particulier : elle semble remplir plusieurs cases à la fois, à savoir Prophète, Destructeur (une prophétie a annoncé la fin de Clerres) et même catalyseur. A part Abeille, le Fou, Prilkop (et la Femme Pâle), d’autres prophètes sont mentionnés comme Cabal, Calum, Hoquin, Terubat, Damir ou Gerda.


mercredi 5 mai 2021

Dragons contre Serviteurs

 Il est assez difficile de dresser une chronologie précise des événements qui se sont déroulés il y a des années dans le Royaume des Anciens. La première référence que nous avons des Anciens se situe dans la saga de l’assassin royal : Le Fou et Kettricken tentent de sensibiliser les Loinvoyant puis plus tard Vérité partira à leur recherche. S’enfonçant dans les Montagnes, il sera incapable de les trouver. Il finira par construire son dragon de pierre et d’Art, comme le roi Sagesse avant lui.

Tout semble se résumer à une lutte d’influence entre les Quatre (et les Blancs, et les Serviteurs) et les Dragons (et les Anciens). Les Serviteurs s’établissaient au sud, Clerres étant leur capitale. Ils cherchaient à accumuler des richesses économiques et peser sur le monde, ils volaient des œufs de Dragons par exemple (vendaient leurs coquilles, en faisaient grandir d’autres pour en faire des potions ou des médicaments) et ont détourné le rôle des Prophètes Blancs. Leur principal opposant était donc l’alliance entre les Anciens et les Dragons, surtout les Dragons qu’il était inenvisageable de contrôler.

Si on se base sur les explorations et un rapport d’ Umbre, le territoire contrôlé par les Anciens était assez vaste et recouvrait des zones que le lecteur connaît bien, puisque ce sont là que se déroulent une bonne part des aventures :  « la salle de la carte d’Aslevjal montrait un territoire qui comprenait la moitié des Six-Duchés, une partie du Royaume des Montagnes, une vaste fraction de Chalcède et des terres de la part et d’autre du fleuve du désert des Pluies. Je pense qu’il s’agit du domaine sur lequel régnaient jadis les Anciens ».

Où sont donc passés les Anciens ? Qu’est ce qui a pu mener à leur disparition ? Pourquoi était-il si difficile de trouver trace des Anciens, notamment de Kelsingra ? On se rend compte que leur absence et les particularités géographiques de la région des Pluies sont liées. Il y a eu une catastrophe. On a plusieurs témoignages qui nous donnent une idée assez précise de ce qui s’est déroulé.

Capra, une des Quatre, confirme la rivalité entre Anciens et Serviteurs. Les événements les ont bien arrangés. Il semblerait que la nature se soit déchaîné contre les Anciens, on lit que « la montagne qui explose en gerbes de feu, les tremblements de terre qui ont dévasté les cités des Anciens et les vagues géantes qui ont mis fin à leur emprise sur le monde ».

Prilkop, un ancien Prophète blanc, et présenté comme l’Homme Noir, donne un même compte-rendu de la situation : « les dragons et la plupart de leurs serviteurs, les Anciens, avaient péri lorsque la terre avait tremblé, s’était fendue, et que les montagnes avaient vomi de la fumée, du feu et des vents empoisonnés dont l’impact brûlant avait abattu les arbres et détruit toute végétation. »

Umbre a exploré Aslevjal et en a rapporté des cubes de mémoire et c’est par son intermédiaire que nous en apprenons le plus sur l’ancienne civilisation des Anciens. Lui aussi rapporte l’importance de la catastrophe qui a tout détruit, ne laissant aux Anciens et aux Dragons que très peu de chances de survivre (« c’est au cours de l’été que la montagne brûla pour la première fois (…) ce n’était pas que la première fois que le sol tremblait sous nos pieds (…) la pluie qui s’abattit sur la ville était un mélange d’eau et de sable noir (…) des oiseaux sans vie tombaient du ciel et les poissons s’échouaient sur les rives du fleuve ». La ville évoquée ici est Kelsingra. Retrouvée par la bande d’adolescents qui s’occupent des nouveaux dragons, elle est un des vestiges que les héros ont retrouvé des Anciens (avec la route d’Art, les poteaux et les mémoires altérées des dragons et vivenefs).

Pouvant prédire plus ou moins correctement l’avenir grâce aux rêves des Prophètes, les Serviteurs n’ont rien fait pour empêcher la disparition de leurs ennemis. Capra le dit clairement, elle affirme que « nous savions que ces événements allaient se produire ! S’ils nous avaient été un peu plus utiles, peut-être les Anciens en auraient-ils aussi été informés ». Clairement, les Quatre ne veulent pas que les Dragons reviennent, ils en ont peur (« les dragons ne pardonnent pas et ils n’oublient pas »). C’est pour cela qu’ils font tout pour empêcher leur retour. 

Les Marchands de Terrilville et du désert des Pluies étaient une menace car ils vivent, en partie, sur les anciennes terres des Anciens. Il faut donc tout faire pour que ça n’arrive pas. Ronica Vestrit et Davad Restart, dans les Aventuriers de la Mer, nous apprennent que la Peste sanguine a dévasté les rangs des Marchands, tuant de nombreux filles et fils. Si la maladie a pris ces gens-là par surprise, ce n’est pas le cas pour les Quatre qui savaient ce qui allait se passer (« nous étions au courant de la Peste sanguine avant qu’elle ne fasse sa première victime »). Plus au nord, ils ont tout fait pour plonger les Six-Duchés dans une guerre civile. Ils désiraient qu’ils soient occupés dans une guerre interne et que cela les empêche de regarder ce qui se passe ailleurs, ainsi que mener à la division des Loinvoyant. Prilkop précise alors que la Femme Pâle est envoyée chez les Outrîliens et les Pirates Rouges pour atteindre ces objectifs : « elle souhaitait faire éclater les Six-Duchés en petits États qui se chamailleraient, et s’assurer ainsi que la magie ancienne des Anciens ne réapparaîtrait pas dans la lignée des Loinvoyant ».

Et, l’histoire a montré que les Serviteurs ont eu raison de se méfier de la vengeance des Dragons. Glasfeu fut pendant longtemps le dernier des Dragons. La tête embrumée, il pensa au suicide et finit par se plonger dans les glaces d’Aslevjal. Les derniers moments du dragon noir furent tragiques. Il est manipulé, sans envie (« te rappelles-tu comment tu nous as fait mourir avec un festin de bétail empoisonné ? (…) Comment, alors que je me battais contre vous, vous m’avez empli l’esprit d’une malédiction ? Enterre-toi dans la glace ! » 

Et bien entendu, les nouveaux dragons règlent leur compte. Ils détruisent la cité de Chalcède qui a osé attaquer Tintaglia et Glasfeu (cf. les événements des Cités des Anciens) et s’acharnent sur Clerres, juste après avoir tué les Abominations qui s’emparaient d’œufs de serpents sur l’île des Autres (le lieu où Tintaglia va pondre ses œufs). 

Clerres n’avait aucune chance d’échapper au courroux des Dragons. Il ne fallait pas seulement détruire ceux qui les avait presque éliminés, il y avait également une question de fierté en jeu (Tintaglia : « je brûle de rage à l’idée que, pendant des générations, ils ont cru pouvoir commettre leurs injustices sans avoir à payer les conséquences »).