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lundi 3 octobre 2022

[George R.R. Martin] Lysa Arryn, une femme marquée par la passion ? (2)

La vie sentimentale et amoureuse de Lysa Arryn est tragique. Elle doit, comme tant d'autres femmes , épouser un homme qu'elle ne désire pas mais qui doit permettre de renforcer les alliances politiques. C'est en écoutant son père agonisant sur son lit que Catelyn se rend compte que sa sœur, Lysa, a été vendue. Il n'y avait aucun amour, aucun désir, aucune chance que Jon Arryn et Lysa Tully s'aiment ; il n'y avait qu'un arrangement politique en cette période trouble de rébellion. Jon Arryn voulait s'attacher la loyauté de la maison Tully contre les Targaryen et il a dû y mettre de sa personne : « le prix que devait payer Jon Arryn pour les piques et les épées de la maison Tully, c'était Lysa ». Ce n'est pas réellement un problème, les mariages arrangés sont communs : Robert Baratheon a épousé Cersei Lannister pour unifier le royaume et avoir accès aux ressources de cette famille, Catelyn s'est rabattue sur Ned Stark après la mort de Brandon Stark. Mais, Lysa avait besoin de douceur et d'amour. Jon Arryn n'a jamais pu lui apporter cela (« épouser Lysa pour rallier Vivesaigues à la rébellion et dans l'espoir d'obtenir un fils, lord Jon pouvait y consentir (…) la chérir excédait ses forces »).

Lysa a vécu toute sa vie avec l'image d'un homme en tête : Petyr Baelish. Elle est obsédée par lui depuis leur jeunesse commune. Le baiser partagé a ouvert un feu de désir en elle et elle est prête à tout pour coucher avec lui. Des années plus tard, tout semble se mettre en place pour qu'elle parvienne à ses fins. Tywin Lannister est la Main du Roi Joffrey Baratheon. En son nom (et à sa place), il gère le royaume, prend les décisions importantes et forge des alliances. C'est lui qui envoie Petyr Baelish aux Eyrié : « si Lysa Arryn vous prend pour époux et réintègre la paix du roi, nous restituerons à Lord Robert son titre de gouverneur de l'Est ». La motivation politique est claire mais elle échappe totalement à Lysa qui ne voit là que l’apparition de l'homme tant aimé, tant désiré. D'ailleurs, Lysa ne perd pas de temps. Elle organise un mariage immédiat, un mariage qu'il faut consommer physiquement tout de suite (« je vous veux maintenant, et je vous veux cette nuit même. Et, autant vous prévenir, après toutes ces années de silence et de chuchotement, j'entends bien crier quand vous me ferez l'amour »). Effectivement, toutes les personnes présentes au château, Sansa Stark comprise, entendront l'enthousiasme et la vaillance de Lysa. Elle hurle sa passion, les prouesses de Baelish. Au fur et à mesure du temps, on comprend que leur histoire sexuelle est longue. C'est Petyr qui a dépucelé Lysa (« je t'ai donné mon étrenne de vierge... je t'aurais aussi donné un fils, mais ils l'ont assassiné avec du thé de lune »). C'est sans doute de là que vient l'obstination de Lysa à protéger son unique fils Robert, de le tenir à l'écart de tout ce qui pourrait le bouleverser ou lui faire du mal, et le fait qu'elle cède à ses caprices.

La présence de Sansa Stark dérange Lysa. Elle la voit comme une rivale, comme une intrigante. Alors, elle n'a pas le choix : il faut agir. Elle montre à cette occasion qu'elle n'est pas une femme sans cervelle comme beaucoup le pensent, qu'elle n'est pas délurée. Elle montre qu'elle a fini par assimiler que tout cela n'est qu'un jeu politique en voulant son petit Robert à Sansa Stark : « il est le sire des Eyrié après tout, ne l'oubliez jamais. Vous êtes de bonne naissance et les Stark de Winterfell ont toujours eu leur fierté, mais, avec la chute de Winterfell, vous n'êtes plus qu'une mendiante (…) Mon fils aura une épouse docile et reconnaissante ». Les mots employés sont durs, ils sont blessants et ont vocation à rabaisser Sansa. Ils ne lui laissent aucune échappatoire. Sansa n'est pas au bout de ses peines : Lysa se persuade que Sansa a du désir pour Baelish (c'est l'inverse). Elle n'est plus simplement une rivale, elle devient une femme à écarter, à punir : « un comportement si dévergondé doit être châtié mais je me montrerai clémente envers toi. Nous avons un souffre-le-fouet pour Robert ». La menace est explicite. Pire, elle projette de jeter Sansa Stark dans le vide, de la tuer. Malheureusement pour Lysa, c'est elle que Petyr Baelish enverra voler.

[George R.R. Martin] Lysa Arryn, une bien mauvaise réputation ? (1)

Lysa Arryn (anciennement Tully) a bien mauvaise réputation à travers le royaume. Son physique est moqué, sa lâcheté bien connue. Tous n'ont que des mots durs pour elle : de sa sœur aux plus hautes autorités des Sept-Couronnes. Tous pensent qu'elle n'est qu'une petite chose sans intérêt : ils se trompent et les faits le montrent. En effet, on apprendra que c'est Lysa qui a initié la mort de son mari, la Main du Roi Robert Baratheon, Jon Arryn. Et voyant que l'atmosphère devenait mortelle à la capitale, elle a pris la juste décision de la fuir avec son fils, l'héritier de l'Est, Robert Arryn. Pour cela, pour son départ précipité, elle sera moquée ; pourtant, elle fait le choix juste pour garder son fils en vie.

Avant d'être poussée par Jaime Lannister, Bran Stark surprend une conversation entre celui-ci et sa sœur Cersei Lannister. Alors qu'ils évoquent la situation politique du pays, Jaime a un commentaire assez cru qui résume bien l'avis général sur Lysa Arryn. Selon lui, elle n'est « qu'une grosse vache apeurée ». on retrouve bien la critique négative sur son apparence et ses derniers actes. Un autre personnage influent de la cour pense la même chose. C'est le Mestre Pycelle : il explique à la nouvelle Main du Roi, Ned Stark, que Lysa est une femme craintive, une femme sans volonté et sans courage. Il lui trouve des excuses ou plutôt cherche à justifier son attitude. Il pense que les différents traumatismes vécus ont contribué à créer la femme qu'elle est (« laissez-moi vous dire que le chagrin peut déranger les têtes les plus solides et les mieux en ordre, toutes qualités dont lady Lysa n'a jamais pu se targuer. Depuis sa dernière fausse couche, elle voit des ennemis derrière chaque ombre et la disparition de son mari l'a littéralement pulvérisée »). Encline à des fausses couches, à perdre des enfants, on peut comprendre son empressement à protéger son unique fils, Robert Arryn.

Lorsque Catelyn Stark, née Tully, se rend aux Eyrié, ce n'est pas uniquement l'occasion de lui apporter un prisonnier (Tyrion Lannister). C'est aussi l'opportunité pour les deux sœurs de se revoir, elles qui ne se sont plus vues ou parlées directement depuis des années. Catelyn jette un regard négatif sur sa sœur, elle la scrute, l'observe et ne peut admettre ce qu'elle est devenue. Elle ne ressemble à rien : « cinq ans, en fait, mais cinq années cruelle pour Lysa. Et qui avaient prélevé leur péage. Quoique sa cadette de deux ans, elle avait l'air, maintenant, d'être son aînée. Plus petite qu'elle, elle s'était singulièrement épaissie ». On retrouve une nouvelle fois une dépréciation du physique de Lysa. Il faut dire que, juste avant de voir sa sœur, Catelyn a été informée par Nestor Royce qu'elle ne risquerait pas de la reconnaître : « les dieux ne leur ont donné, Catelyn, que ce fils unique, et elle ne vit que pour lui ». La suite leur donne raison : Lysa refuse de s'impliquer dans les événements en cours, elle ne veut surtout pas prendre parti dans la lutte qui oppose les Lannister aux Stark. Elle tourne donc le dos à sa sœur qui n'en revient pas. Mais, Catelyn n'est pas au bout de sa surprise : alors que Robert a six ou sept ans, il est encore traité par un bébé par sa mère. Elle l'allaite ! C'est un spectacle pathétique et révoltant que Catelyn a sous les yeux (« elle en extirpa un lourd sein blafard à bout rouge, le marmot s'en saisit avec avidité et, la face enfouie contre la poitrine de sa mère, se mit à téter, pendant qu'elle lui caressait les cheveux »).

Le passage de Catalyn chez sa sœur se solde sur un double échec : Tyrion est libéré et elle n'a pas loué de lien avec Lysa. Pire, les deux se sont quittées brouillés car Catelyn a eu l'audace de demander la garde de Robert. Lysa n'a pu que mal le prendre comme on le lit (« comme elle offrait d'emmener lord Robert à Winterfell, (…) osant arguer que la compagnie d'autres garçons lui serait bénéfique, Lysa était entrée en transes »). Toutefois, étant donné le sort de Winterfell, peut-être est-ce une bonne décision prise par Lyra.

Enfin, grâce à un souvenir de Catelyn, on a les premiers indices de l'importance d'un homme dans la vie de Lysa Arryn : Petyr Baelish surnommé Littlefinger. C'est avec lui qu'elle a connu ses premiers réels émois amoureux et sensuels : « comme à moi, chuchota Lysa, les yeux baissées, le souffle court. Et ça m'a bien plu ». Petyr l'a embrassée et cela a changé sa vie.