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Fitz se voit-il en héros ?
Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...
vendredi 29 mai 2026
jeudi 15 janvier 2026
Verité veut-il un enfant ?
Pour un futur roi, il est bien normal d’avoir un enfant, un héritier. Mais, Vérité n’a pas cette préoccupation en tête car il ne pense qu’à mener la guerre contre les Pirates Rouges. Il n’est même pas ravi quand son père lui annonce qu’il lui a trouvé une femme à épouser. Vérité veut consacrer tout son temps et toute son énergie à la défense du royaume.
Être prince ou roi-servant, c’est renoncer à une vie privée. Tout ce qui est fait prête à des rumeurs et les attentes sont importantes. Vérité n’a pas le luxe de choisir sa vie : il doit faire avec les ordres de son père, le roi Subtil, et avec la volonté populaire. Le peuple craint pour son avenir et a besoin de signes d’optimisme. Voir Vérité et Kettricken accueillir un enfant leur montrerait que l’avenir n’est pas si sombre. Umbre résume bien la situation quand il dit que « dans les circonstances présentes, tous leurs efforts doivent porter sur l’apparence, et bientôt on exigera d’eux un héritier. Ils n’ont pas le temps d’apprendre à se connaître, encore moins d’apprendre à s’aimer ». Vérité doit donc mettre ses états d’âme ou ses doutes de côté. Lui qui n’avait pas envie de se marier a quand même épousé Kettricken et il doit lui faire un enfant pour le bien des Six-Duchés.
Le problème est que Vérité ne se consacre pas ardemment à la chose. Kettricken signale à Fitz que « si je suis la seule à pouvoir lui donner un héritier, lui seul peut l’engendrer ». Vérité se consacre entièrement à la défense et délaisse ses autres devoirs, même intimes. Pire, l’Art le ronge et rogne ses passions, ses désirs. Il avait déjà perdu l’appétit et le sommeil, il rodait comme un fantôme dans le château, le voilà qui n’a pas plus envie que ça de doucher avec sa femme. Kettricken insiste et montre tout son désarroi : « je suis ici pour donner un héritier à Vérité. C’est un devoir auquel je ne cherche pas à me dérober, car j’y vois pas un devoir, mais un plaisir. Je voudrais seulement être sûre que mon seigneur partage mes sentiments ». Même sa femme ne parvient pas à lire en Vérité, à susciter en lui une étincelle de désir.
Heureusement, Kettricken est une femme remarquable. Elle montre qu’elle est du bois dont on fait les grands souverains, ceux qui marquent leur époque. Elle réveille la colère du peuple, elle les sort de la torpeur qui les maintenait la tête sous l’eau en organisant la chasse contre les forgisés. Cette initiative réveille quelque chose en Vérité. Il voit sa femme différemment et a a des relations sexuelles avec elle. Malheureusement, ses obligations le rappellent et il doit partir dans une quête lointaine à l’issue bien incertaine. Vérité apprendra que Kettricken est enceinte suite à un échange d’Art avec Fitz. Il a l’air ravi (« et si je dois devenir père - une chaleur nouvelle sa pensée à cette idée - , il est encore plus important que je réussisse »). Vérité trouve là une nouvelle source de motivation et il en a bien besoin tant la situation semble périlleuse : il est seul dans les Montagnes, Royal est en passe de réussir son coup d’Etat et sa femme est à la merci du premier accident venu.
Puis, Kettricken rejoint Vérité alors qu’il est en train de construire son dragon d’Art et de pierre. Cela aurait pu être des retrouvailles chaleureuses si Vérité n’était pas dans un état bien pathétique. Il n’est plus que l’ombre de lui-même tant il est absorbé par son dragon, il a du mal à ressentir et exprimer ses émotions. Le problème est que Kettricken porte un immense fardeau ; elle a perdu l’hériter de Vérité, un enfant nommé Oblat. Elle aurait besoin que Vérité compatisse à sa douleur. Or, ce n’est pas le cas : « nous avions un fils ? Je ne m’en souviens pas ». On pourrait croire que Vérité se fiche de son fils. La réalité est bien plus triste car il a mis tant de souvenirs dans le dragon qu’une bonne partie de sa vie lui échappe et ne représente plus rien. Autrement dit, il ne se souvient même pas avoir eu un enfant, et si il s’en souvenait, il ne pourrait pas réagir à sa perte.
Vérité conclut ensuite un accord avec Fitz. Fitz doit lui prêter son corps pour que Vérité puisse connaître une dernière nuit de sexe avec Kettricken. Vérité est quelque peu honteux de demander ça à Fitz mais la nécessité est trop forte. Il voit là l’occasion d’avoir de quoi terminer son dragon et d’avoir un héritier. Une fois cela fait, c’est un Vérité calme et certain de son fait que nous rencontrons. Il dit à Fitz que « mon dragon va prendre son essor, ma reine porter un enfant et moi chasser les Pirates rouges de nos côtes (…) Non. Je ne regrette pas notre marché ». Vérité est donc prêt à tout pour arriver à ses fins.
jeudi 10 juillet 2025
La relation entre Kettricken et Fitz
En arrivant à Castelcerf, Kettricken sort du lot. Elle a une vision différente de concevoir le pouvoir, de voir la responsabilité du souverain sur son peuple. Mais, son physique aussi la met à part. Sa blondeur et sa musculature font d’elle une femme remarquée. Fitz est sensible à la grâce qui se dégage de Kettricken : « à côté des autres femmes engoncées dans leurs robes et leurs énormes manteaux, Kettricken paraissait agile comme un félin ». Fitz remarque donc la beauté de Kettricken.
Un aspect compliqué du lien entre Fitz et Kettricken est le lien d’Art entre Vérité et Fitz. Liés comme ils le sont, les deux partagent beaucoup de choses, d’autant plus qu’ils ont parfois tous les deux du mal à garder leurs murailles mentales. Des émotions, des sentiments leur échappent et contaminent, d’une certaine façon, l’un ou l’autre. Ainsi, après une purge contre les forgisés, Fitz est témoin bien malgré lui d’une nuit de passion entre Vérité et Kettricken (« tant que je parvenais à chasser de mon souvenir la fraîcheur des lèvres de Kettricken et la douceur de sa peau blanche, si blanche… »).
Fitz éprouve donc du désir pour Kettricken, peu importe la raison. Les deux se rapprochent encore plus dans un contexte qui les force à se dresser contre Royal et ses manigances. Ils sont les seuls à avoir à coeur le sort des habitants des Six-Duchés et ils doivent protéger Vérité comme ils le peuvent.
Vérité parti, ce dernier confie à Fitz sa femme. Il lui demande de veiller sur elle. Ils passent donc du temps ensemble. C’est Oeil-de-Nuit qui donnera un avertissement à Fitz, qui le poussera à faire attention à ce qu’il ressent et son comportement. Fin observateur de ce qui se passe, le loup prévient Fitz qu’il y a du « danger » car « ce n’est pas ta femelle. C’est celle de ton chef de meute ». Si le loup lui dit ça, c’est donc qu’il a perçu ce qui se dégageait de Fitz. Là encore, Fitz est influencé par Vérité : l’Art lui joue des tours. D’ailleurs, Fitz s’en rend compte et il doit se le rappeler (« Kettricken était ma reine, mais je n’étais pas Vérité et elle n’était pas celle que j’aimais, si fou que devint mon coeur quand je la regardais »).
La même situation se répète alors que Fitz et Kettricken s’enfoncent dans les Montagnes pour retrouver Vérité.
Alors que Fitz s’apitoie sur son sort, se dévalorise, Kettricken tente de lui montrer qu’il est bien trop pessimiste. Surtout, on comprend que Kettricken a regardé au-delà de l’apparence de Fitz ; elle a vu sa fidélité et son courage, son abnégation et son dévouement. Ses mots sont assez clairs et laissent peu de place au doute : « en tant que femme, je vous affirme que, malgré vos cicatrices, vous êtes loin du monstre que vous vous croyez. Vous êtes encore un jeune homme avenant, par des aspects qui n’ont rien à voir avec vos traits physiques, et, si mon seigneur Vérité n’emplissait pas mon coeur, je ne vous dédaignerais pas ». Il faut aussi noter, une nouvelle fois, que Vérité se dresse entre Kettricken et Fitz. Mais, on est loin d’être dans un triangle amoureux où Kettricken ne sait pas lequel choisir : Kettricken aime Vérité et elle n’a aucune intention de le tromper ou de coucher avec un autre.
Toutefois, Fitz et elle partagent une forte connexion qui sera encore plus renforcée grâce à Oeil-de-Nuit. Kettricken trouve dans le loup un ami, un compagnon de chasse (« quand le loup et moi chassions la nuit, Kettricken venait avec nous »). Le loup est admiratif de sa force et de son agilité, et Kettricken gagne son respect. Oeil-de-Nuit a tendance à dédaigner les humains, à ne pas comprendre leur façon d’être et d’agir ; les choses sont différentes avec Kettricken. Il lui donne un nom et il est attentif à ses demandes (« la grande louve m’a demandé de veiller sur toi. Alors je veille »).
Moqueur, Oeil-de-Nuit prononce une phrase ironique qui montre malgré tout l’estime qu’il a pour la montagnarde : « si ta femelle t’ordonne de me chasser, je me lierai peut-être avec celle-ci ».
Des années ont passé. Fitz s’est coupé du monde, s’est plongé dans un exil volontaire. Le monde, lu, a continué d’avancer. Fitz est forcé de revenir à Castelcerf sous une fausse identité pour retrouver le prince Devoir, le fils de Kettricken, qui a disparu. Sous l’apparence d’un domestique, il arpente les couloirs du château royal et finit par apercevoir Kettricken. Sa réaction montre qu’il conserve encore un fort respect pour Kettricken : « à sa vue, mon coeur cessa de battre, et je songeai à la fierté que Vérité aurait éprouvée (…) « Oh, ma Reine » fis-je tout bas. Elle s’arrêta net il me sembla presque l’entendre prendre une brusque inspiration ». On croirait presque que les années de séparation ont renforcé la puissance des sentiments de Fitz ; Kettricken lui a tellement manqué que la revoir suffit à le bouleverser.
Kettricken est également contente de revoir Fitz. Son absence l’a peinée mais elle a respecté sa décision (« vous aviez tout sacrifié à votre devoir, et, si la solitude était la seule récompense que vous désiriez, j’étais heureuse de vous l’accorder. Pourtant, j’avoue être heureuse de votre retour »). On perçoit là quand même un sacré regret : Kettricken sous-entend que Fitz aurait pu mériter mieux, aurait pu réclamer plus que l’anonymat. Mais, elle a su respecter la décision de son ami sans pour autant la partager pleinement.
Une scène va illustrer l’intimité de Fitz et Kettricken. Alors que son loup est mort, Fitz est triste et incapable d’entamer son deuil. Il n’a personne avec qui partager sa douleur, pas même son vieil ami le Fou. C’est Kettricken qui va lui permettre d’entamer le processus en partageant avec lui un moment physique intente : « elle resta debout près de moi, tenant ma tête contre son sein, me caressa les cheveux et me laissa pleurer tout en parlant d’une voix brisée de mon loup et de ce qu’il avait représenté pour elle ». Pour que Fitz se laisse aller comme ça, il faut qu’il ait été dans une situation de confiance. Kettricken, elle, a presque une attitude maternelle.
Kettricken dresse ensuite un parallèle avec Vérité. Les deux savent ce que c’est de perdre quelqu’un et de pleurer intérieurement sa mort. La disparition d’Oeil-de-Nuit réveille ça, même si Fitz pelure plus intensément la mort de son loup, comme Kettricken pleurait plus intensément la mort de son mari. Kettricken souligne que « ce n’est pas la première tragédie que nous partageons ». Ce fardeau crée alors un point commun entre les deux (« vous et moi avons traversé seuls une grande part de notre existence »).
Le Fou, lui, est envieux de ce qui existe entre Fitz et Kettricken. Il aurait tant aimé être celui qui console Fitz. Il s’en veut de ne pas pouvoir être à la place de la reine (« ma foi, je suis heureux que quelqu’un ait pu t’aider. Même si je suis jaloux de Kettricken »).
Plus tard, Fitz frôle la mort en éliminant la menace Laudevin. Il git dans son sang, dans un état inconscient. Kettricken est affligée de le voir dans cet état. Elle aimerait utiliser tous ses pouvoirs de reine pour le sortir de prison et l’aider, mais elle ne le peut pas car cela soulèverait des questions que la reine aide un simple domestique. On pourrait, par exemple, se demander s’il est son amant.
Devoir nous fournit une réponse. Kettricken ne voit pas qu’en Fitz un ami, un compagnon de longue date. Elle le voit aussi comme le protecteur de la mémoire, de la lignée des Loinvoyant, elle a conscience de son impact et de son importance. Devoir dit : « savez-vous ce que ma mère voit en vous ? (…à Si elle vous baptise oblat, c’est qu’elle vous regarde comme le roi légitime des Six-Duchés, et cela sans doute depuis que mon père est mort ».
Pour autant, une nouvelle fois, Kettricken va materner Fitz, prendre soin de lui (« une femme passa son bras autour de mes épaules, me redressa et porta de lait tiède à mes lèvres »).
Et, leur relation va prendre une nouvelle fois un aspect physique quand ils vont s’embrasser sans aucune intention sexuelle (« quand elle posa ses lèvres sur les miennes, j’eux l’impression de me désaltérer longuement à une source fraiche et je sus que ce baiser n’était pas pour moi mais pour l’homme qui nous manquait à tous les deux »). Il n’y a pas de désir sexuel ici ; le baiser est juste un moyen de se rapprocher dans le rappel de souvenirs, de se remémorer Vérité. D’ailleurs, Kettricken le dit clairement : « tout le mal dont vous avez été victime a eu un résultat bénéfique : il m’a rappelé brutalement tout ce que je vous dois et combien je vous estime ».
Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, la distance et Molly séparent Fitz et Kettricken.
Les deux se revoient malgré tout quelques fois : la maladie d’Umbre ou la mort d’Eyod. En se rendant dans les Montagnes, Fitz peut chevaucher à côté de Kettricken et échanger avec elle (« je faisais partie des gardes de Kettricken, je portais ses couleurs, le blanc et le violet, et je déplaçais avec la suite royale ». Tout cela montre que Fitz est un homme de Kettricken. Lui a accordé sa fidélité à Subtil puis à Vérité l’a ensuite confié pendant des décennies à la montagnarde.
Kettricken continue d’aussi bien cerner Fitz. Elle se doute qu’une forme de mélancolie et de tristesse peut très bien accompagner Fitz alors qu’il se rend vers les Montagnes, là où il a perdu à la fois Fouinot (son premier compagnon de Vif) et Vérité. Kettricken en parle à Ortie et affirme que « le voyage a peut-être réveillé chez toi de vieux souvenirs, des souvenirs tristes ».
Quant à Molly, son dédain est clair. Elle reproche à Kettricken son silence : « Molly n’avait jamais pardonné à la reine de lui avoir laissé croire que j’étais mort ».
C’est dans cette trilogie que Kettricken va réaliser un de ses plus grands rêves : réhabiliter Fitz, faire en sorte que le peuple sache tout ce qu’il a fait. Elle est assez claire car on peut lire son regret que « si peu soient au courant « et que cela a été « une épine cruelle dans mon coeur ». Kettricken va se servir d’une initiative d’Elliania pour mettre Fitz face à son destin, et présenter le prince FitzChevalerie Loinvoyant à tous.
Les deux partagent un autre moments forts quand ils croient Abeille disparue pour de bon. Elle anticipe que cela est moment éreintant et éprouvant, et elle passe la nuit avec lui. A nouveau, il n’y a rien de sexuel, juste deux amis qui prennent soin l’un de l’autre. Notons malgré tout que si la chose semble claire pour Kettricken, Fitz est un peu plus dans le doute : « le parfum de Kettricken était omniprésent, et je sentais une pression chaude en bas de mon dos : elle dormait derrière moi, et ses bras m’enlaçaient. C’était mal ; c’était bien ». Kettricken tente d’aider Fitz comme elle le peut, même si elle sent et sait que ses efforts sont vains (« je pense que vous êtes parti quand vous avez perdu Abeille, et que vous n’êtes plus là depuis »).
Le moment est alors venu pour elle de faire ses adieux et d’avouer qu’elle est au courant d’un des plus grands secrets de la saga, à savoir ce qui s’est passé la nuit de la conception de Devoir. Vérité avait emprunté le corps de Fitz pour coucher avec sa femme, Fitz n’avait jamais osé dire ce qui s’était passé. Or, Kettricken savait : « merci pour mon fils (…) je sais depuis des années comment ça s’est passé (…) Votre corps, la volonté de Vérité ». Cela n’a pas l’air de la déranger plus que ça.
Après les événements de Clerres, tout le monde croit Fitz mort. Kettricken est durement touchée par la nouvelle. Abeille remarque qu’elle était « alitée depuis qu’elle avait appris la disparition de mon père (…) elle était pâle et paraissait âgée ». Puisqu’elle pense Fitz parti pour bon, Kettricken a perdu son plus vieil ami, celui avec qui elle a partagé tant de choses. Il n’est pas étonnant de la voir dans cet état.
En réalité, Fitz est vivant mais très faible, rongé par des vers. Il tente de forger son loup de pierre et d’Art. Oeil-de-Nuit contacte Abeille pour la prévenir. Abeille prévient les autres que son père est encore en vie.
Abeille apprend aussi un fait qui remet un bon nombre de choses en question ; le loup pense que Molly a su apporter et donner à Fitz de l’amour, mais que « c’est Kettricken que j’aurais choisi pour nous ». C’est une énorme déclaration qui montre toute la valeur de Kettricken du point de vue du loup.
Est-ce une relation gâchée ? Kettricken sème quelque peu le trouble en murmurant à Fitz que « vous ne m’avez jamais vue » lors de leurs dernières retrouvailles. Peut-on décerner là des regrets ? Il semble difficile de répondre clairement à cette question.
mardi 5 novembre 2024
Les rois Loinvoyant ont dit à Fitz
- Le roi Subtil a dit : Mon jeune assassin, qu'ai-je fait de toi ? Comment ai-je pu ainsi pervertir ma propre chair ? Tu ignores à quel point tu es jeune encore ; fils de Chevalerie, il n'est pas trop tard pour te redresser. Relève la tête, vois au-delà de tout cela.
- Le roi Vérité a dit : Et prends mieux soin de toi que je ne l'ai fait de moi-même. Je t'aimais, tu sais, ajouta-t-il tout d'un coup ; malgré tout ce que je t'ai fait subir, je t'aimais.
- La reine Kettricken a dit : Tout le mal dont vous avez été victime a un résultat bénéfique : il m'a rappelé brutalement tout ce que je vous doit et combien je vous estime. Si je vous perdais, reprit-elle comme à son corps défendant, je perdrais le seul qui connaisse toute mon histoire, le seul qui, quand il me voit, sait ce que j'ai vécu avec mon roi.
- Le roi Devoir a dit : Relevez-vous ; tournez-vous et faites face au peuple des Six-Duchés, votre peuple, et soyez le bienvenu enfin chez vous.
mardi 10 septembre 2024
Voyeurisme ?
L’amour physique est présent dans la saga de l’Assassin royal. Fitz étant le narrateur pendant une bonne partie des romans, c’est à travers ses yeux que nous vivons les choses. Mais, au-delà d’assister aux ébats de Fitz avec des femmes, dont Molly, le lecteur a aussi à certaines scènes cocasses, des moments plus légers, presque drôles, parfois déplaisants. Ce n’est pas la sexualité en elle-même qui produit ce genre de réactions mais le côté voyeur de la chose.
Molly est la femme que Fitz a désirée. Son statut de sang royal l’empêchait de la convoiter, de l’aborder. Si il a passé quelques temps à l’espionner, cela a fini ne par lui suffire. Fitz avait besoin de plus ; il a fini par rêver de Molly de façon intense. Or, Fitz a une particularité : il maîtrise plus ou moins bien la magie de l’Art, c’est-à-dire que certaines de ses pensées peuvent lui échapper. Cela lui arrive une fois alors qu’il est tranquillement perdu dans son songe nocturne. Un Vérité amusé et grognon de ne pas assez dormir le convoque. Il lui explique que Fitz lui impose ses pensées assez coquines (« et moi, j’ai besoin de dormir, pas de me réveiller en sursaut enfiévré par ton… admiration pour cette jeune fille »). Bien entendu, la situation dérange Fitz. Il a honte d’être surpris comme ça. Et pour ne rien arranger, Vérité le titille, le fait tourner en bourrique quand il lui laisse croire que Molly a pu surprendre ses fantasmes (« et prie pour que ta dame Jupe-Rouges n’ait pas le don de l’Art, car sinon elle n’a pas dû manquer de t’entendre pendant toutes ces nuits »). Pour Fitz, l’humiliation est totale et sa réaction ne laisse pas de place au doute : « je ne me serais pas senti plus gêné si je m’étais présenté tout nu devant la cour »).
La situation inverse produit. Quand Kettricken lance une chasse aux forgisés et réveille la fierté de son peuple, elle enflamme également le désir de Vérité. Ce dernier ne voit plus en elle une jeune femme fragile qu’il faut protéger, mais une reine, sa femme, la femme qu’il désire et celle qui doit porter son héritier. S’ensuit alors une nuit de passion à laquelle Fitz assiste bien involontairement. Tout enfiévré par son désir, Vérité abaisse sans le vouloir ses murailles. Témoin, Fitz se sent pris par du désir pour Kettricken : « j’espérais être le seul à avoir ainsi tout perçu ; alors, nul mal n’en sortirait tant que je n’en parlerais pas. Tant que je parviendrais à effacer de mon souvenir la fraîcheur des lèvres de Kettricken et la douceur de sa peau blanche ». La chose est claire : Fitz sait que son voyeurisme, bien involontaire, est mal. Il en a honte. Mais, on sent pointer aussi une autre chose : une passion de Fitz pour Kettricken. C’est quelque chose qui se répètera plusieurs fois dans le récit et qui sera accentué par Oeil-de-Nuit qui estime énormément la Montagnarde.
Bien plus tard, Fitz finira par céder aux avances d’Astérie. La ménestrelle n’a cessé de le draguer, de mettre en avant son intérêt. Alors que Vérité est prêt à éveiller son dragon pour combattre les Pirates Rouges, Astérie et Fitz s’isolent pour partager un moment intime. Mais, Fitz n’est jamais seul car Oeil-de-Nuit est avec lui, liés qu’ils sont par le Vif. Ainsi, même si la distance les sépare, une connexion émotionnelle, sensorielle les lie. On a donc un moment assez amusant quand Astérie voit le loup agir comme si il avait participé aux ébats (« le loup, en s’étirant, s’inclina profondément devant elle. La ménestrelle se retourna vers moi, les yeux écarquillés »). Astérie est donc surprise. Toutefois, sa réaction laisse songeur car la ménestrelle savait le lien entre les deux (« voilà qui éclaire d’une façon tout à lait nouveau le fait de lui gratter les oreilles »)…
La passion entre Fitz et Molly a traversé les âges. Après avoir sauvé les Six-Duchés des Pirates Rouges, après avoir sauvé Devoir des Pie puis de la Femme Pâle, Fitz a enfin pu vivre une vie de couple avec Molly, son amour d’enfance. Et ils en ont profité pour rattraper le temps perdu, passant beaucoup de temps l’un avec l’autre, de façon intime et peu importe l’endroit. Persévérance rapporte qu’il fallait « toujours frapper deux fois à leur porte (…) puis attendre un peu et frapper à nouveau ». Car leur appétit sexuel était bien connu : « on n’entre jamais sans y avoir été invités : on ne sait jamais quand ils vont se sauter dessus ». On peut supposer que quelques serviteurs sont tombés sur le couple en train de faire l’amour.
Enfin, il faut finir sur une note plus négative, plus déplaisante et qui concerne Dwalia. Même si elle est celle qui a enlevé Abeille, il est triste de la voir subir les assauts d’un capitaine d’un navire qui la prend pour un autre. Dwalia n’a pas d’autre choix que coucher avec lui si elle veut maintenir l’illusion. Abeille entend ce qui se passe sans comprendre ce qui se passe (« j’entendais des coups rythmés en provenance de la cabine, et je caressais l’espoir que c’était sa tête qui cognait contre la cloison (…) Elle poussait à présent de petits cris aigus, à peine audibles à travers le solide panneau de bois »). La description laisse peu de place au doute : Dwalia est en train de coucher avec le capitaine.
mardi 20 août 2024
La chute de Vérité
L’idée que Vérité soit un individu affaibli et en plein doute peut paraître ridicule. Après tout, l’homme a sauvé les Six-Duchés en donnant sa vie. Il a sacrifié sa jeunesse, son amour et a fait preuve d’une immense volonté, d’un immense courage. Il a bravé des dangers, naturels ou non, pour arriver à ses fins. Mais, avant de se lancer dans la quête des Anciens, Vérité est un homme comme tant d’autres, traversé par des moments de doute. Surtout, il doit sans cesse réajuster sa position dans la famille Loinvoyant ; la mort de Chevalerie, le déclin de Subtil, l’arrivée de Kettricken, la perfidie de Royal, les Pirates Rouges le forcent à tenter de s’adapter et endosser le costume royal.
Et ce n’est pas facile pour un homme qui n’a pas été éduqué pour gouverner mais pour suivre.
C’est son père, Subtil, qui décrit parfaitement ce qu’est Vérité quand on creuse sous la surface. Vérité n’est pas cet Homme d’Etat : il s’est construit et est parti de loin pour atteindre ce statut. Au départ, Vérité n’est qu’ « un garçonnet boulot de huit ou neuf ans, plus gentil que brillant, pas aussi grand que son frère aîné Chevalerie, mais un bon petit prince, aimable, excellent second fils, sans trop d ‘ambition et qui ne posait pas trop de question ». Autrement dit, en temps de paix, Vérité aurait servi de prince diplomate, il aurait été envoyé pour nouer des accords et aurait fini par épouser une princesse d’un royaume quelconque sans que cela ait trop d’impact sur le sort des Six-Duchés.
Vérité n’est pas Chevalerie. Il n’a pas été élevé pour régner. Mais, les événements ont changé son destin et il a dû endosser ce rôle de gouvernant. Pendant un long moment, on peut même croire que Vérité se sent comme un usurpateur. Il n’est pas à sa place, il ne mérite pas d’être là, il a volé le rôle d’un autre. Dans un moment assez intense de confession, il avoue à Fitz que « je voudrais que ton père soit encore vivant et que ce soit lui le roi-servant ». Alors qu’il continue sa déclaration, on comprend que sa nature est toujours là et que Vérité aurait aimé pouvoir rester en second plan (« et que moi je sois toujours son bras droit (…) Sais-tu comme il est facile de suivre les ordres d’un homme en qui on a confiance, Fitz ? »).
Chevalerie parti, le royaume a perdu son roi-servant. Vérité, lui, a perdu un frère, un ami. Ils étaient quasiment les deux derniers de leur catégorie : deux Loinvoyant artiseurs ayant passé beaucoup de temps ensemble. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir que Vérité se sent isolé (« parfois, c’est en pensant à lui que je me sens le plus seul ; c’est comme si j’était l’unique créature de mon espèce dans le monde. Comme si j’étais le dernier des loups, obligé de chasser seul »).
Malheureusement, Vérité se sert aussi du souvenir de Chevalerie pour se comparer à lui. Il ne se considère pas aussi bon que son frère, aussi doué que lui. Il sait qu’il n’a pas la même capacité de réflexion que Chevalerie, pas la même capacité à mener des raisonnements. Cela le pousse à avoir peur de faire des erreurs. Ainsi, quand Kettricken est agressée par des forgisés, il ne pense qu’à tenter d’étouffer l’événement sans voir que cela peut ressouder les gens de Castelcerf (« Chevalerie aussi y aurait pensé (…) Moi, je n’ai songé qu’à la ramener en vitesse au château en espérant que l’affaire ne s’ébruite pas trop. Comme si c’était possible ! Et aujourd’hui, je me dis que, si un jour la couronne vient à se poser sur ma tête, elle se trouvera bien indignement portée »). La détresse de Vérité est bien perceptible.
Pour ne rien arranger, Vérité doit faire avec Kettricken et Royal. Kettricken n’est pas une femme qui obéit aux ordres de son mari ou aux attentes d’une princesse : elle est là pour agir, pour faire avancer les choses ; c’est son éducation de montagnarde qui parle. Royal, lui, veut prendre la place de Vérité et de Subtil et est donc prêt à trahir sa famille.
Vérité aurait eu besoin d’une femme qui le réconforte, qui pleure quand quelque chose de mal lui arrive. Ce n’est pas le cas de Kettricken : « elle ne venait pas pleurer sur mon épaule, comme on aurait pu le croire, ni se faire consoler, ni se faire rassurer contre des peurs nocturnes ni même chercher à se tranquilliser quant à ma considération ». Ce mariage arrangé semble donc mal venu car les deux n’apportent pas, à ce stade du récit, ce dont l’autre a besoin. Fitz partage ce constat : « je compris alors combien Kettricken lui était mal assorti ; ce n’était pas sa faute : elle était forte et avait été éduquée pour régner. Vérité, lui, disait souvent qu’il avait été élevé comme second ».
Quant à Royal, le dédain éprouvé est bien clair d’autant qu’il ne peut rien faire contre son frère. Vérité sait que son petit frère a tenté de faire un coup d’Etat, a été à deux doigts de le réussir et ne peut rien faire contre lui. Il ne peut pas le punir, il ne peut pas le pousser à l’exil car il ne faut pas créer plus de tensions internes. Vérité assiste alors, presque impuissant, aux manigances de Royal. Il le voit se rapprocher de Kettricken, il les voit passer du temps ensemble alors que lui doit consacrer toute son énergie et tout son temps à la défense du royaume. Quand Royal et Kettricken font une sortie ensemble à cheval, on perçoit toute la jalousie de Vérité (« Vérité ne parvenait pas à effacer toute trace d’amertume dans sa voix »).
Les choses auraient pu être supportables si elles se limitaient à une petite rivalité fraternelle. Mais, c’est le sort des Six-Duchés qui est en jeu, pas celui de deux petites personnes. Comment est-ce que les choses pourraient s’arranger si les gens à la tête de l’Etat se détestent ? Car, la haine est bel et bien là : « Vérité ne cherchait pas à dissimuler son aversion et je compris lors à quel point le poison des perfidies de Royal l’avait affecté. Rongé le lien qu’ils avaient pu partager en tant que frère ». En réalité, ce qui détruit le plus Vérité est le non soutien de son père, Subtil ; le vieux Roi n’a rien fait pour punir Royal après les Montagnes et il semble fermer les yeux sur toutes ses vilenies. Vérité en veut à son père. Il pense même que Subtil le sacrifie, le pousse à faire le sale boulot, à débarrasser les Six-Duchés des Pirates Rouges pour qu’un autre, Royal, coiffe la couronne. La peine se sent quand il dit que « il vous reste un autre fils pour porter votre couronne, un fils qui n’est pas défiguré par les cicatrices de l’Art ; un fils libre de se marier comme il lui plait ».
L’Art est un autre mal nécessaire qui ronge Vérité. Sans l’Art, Vérité ne pourrait pas protéger les frontières du royaume et son pays. Mais, l’Art le détruit petit à petit, lui fait perdre sa vigueur physique et sa clarté de l’esprit. Il confesse à Fitz que « ça m’appelle dès que je ne fais rien. C’est pourquoi je dois m’occuper, Fitz. Et à l’excès ».
Fitz assiste à sa décrépitude. Il reconnaît de moins en moins l’homme : « il paraissait à la fois attentif et troublé, épuisé, en réalité, comme un homme qui essaye de toutes ses forces de rester éveillé alors qu’il n’ a qu’une envie : poser la tête sur l’oreiller et fermer les yeux ». Vérité semble avoir perdu une bonne partie de sa force physique, de sa vitalité. Il est comme un fantôme dans les murs de Castelcerf, un homme qui s’épuise dans une tâche qui semble vaine. Vérité n’est plus que l’ombre de l’homme qu’il était, lui qui était avant un homme bien bâti physiquement, robuste et vaillant. Fitz le décrit et en dit que « la belle chemise pendait à ses épaules et ses cheveux fraichement coiffés recelaient autant de gris que de noir. Il y avait aussi des rides autour de ses yeux et de sa bouche que je n’avais jamais remarqués ».
dimanche 7 juillet 2024
Pour le peuple
Les Six-Duchés sont en guerre contre les Pirates Rouges. Les rivages sont attaqués, des villages détruits et des habitants tués, ou pire, forgisés. Pour ne rien arranger, les fils du Roi Subtil, les Princes Vérité et Royal se lancent dans une guerre mesquine de pouvoir. Les deux s'affrontent, se livrent sans merci et s'assènent des coups. Et les conséquences se font directement sur le peuple : la sécurité est moins assurée, les ventres moins bien remplis...
Puisque la narration se fait à travers Fitz, on sent et ressent ses émotions, ses sentiments. Mais, il y a d'autres personnages, plus au second plan, qui comptent et qui forment le peuple. Eux aussi souffrent, eux aussi sont parfois des jouets dans les mains du destin.
Fitz est un membre de la famille royale, il fréquente régulièrement le roi. Avec lui, il apprend la responsabilité. Au fur et à mesure des événements, il comprend que le peuple se repose entièrement sur les dirigeants quand les choses vont mal. Il faut un coupable, ou au moins un responsable, et c'est le rôle de la royauté : « quelqu'un – Umbre, peut-être – m'avait dit que les gens tenaient le roi responsable de tout, même des sécheresses et des incendies ». Cela, Fitz l'a appris durement. Il a vu des gens être forgisés, il a vu des villages être détruits. Il a vu un peuple longtemps sans leader lors de la guerre contre les Pirates Rouges. Il a également bénéficié des enseignements de Subtil. Le vieil homme fatigué a fait tout ce qu'il a pu pour que les gens de sa famille aient conscience de leur devoir. Fitz a retenu la leçon car il dit que « les gens des Six-Duchés étaient mon peuple, que c'était dans mon sang de les protéger, de ressentir leurs blessures comme les miennes ». Ces propos font écho à ceux de Subtil lors du massacre de Vasebaie. A ce moment-là, Subtil montre qu'il est un roi qui tient réellement à son peuple, un homme qui partage la douleur des siens. Le roi ne va pas bien, il est épuisé, il dort mal et le Fou le prie de se reposer. Le Fou sous-entend qu'il serait si facile de détourner les yeux en ayant passé le fardeau à un autre ; Subtil s'y oppose (« je souffre, mon fou, parce qu'ils ont souffert. Parce que je suis roi (…) Fou, par le sang qui est en moi, ce sont mes sujets »).
Kettricken vient des Montagnes. Là-bas, les dirigeants se voient comme des Oblats, des gens prêts à tout pour leur peuple, du geste le plus anodin (réparer un toit) au geste le plus fort (mourir pour le peuple). Kettricken redonne de la vitalité à la famille royale et elle leur remet à l'esprit que tous leurs actes devraient être tournés vers la satisfaction des duchéens. Kettricken a également conscience de la situation, elle sait que le royaume est au bord du gouffre, rongé par l'infection des forgisés. Il y a beaucoup de détresse et de colère, deux forces qui peuvent être mal dirigées. Kettricken prend un ton grave, elle met en avant l'importance de la situation et la solennité à avoir quand il est décidé de chasser les forgisés dans les alentours de Castelcerf (« Nous ne partons pas à la chasse. Nous allons récupérer nos morts et nos blessés. Nous allons donner le repos à ceux que les Pirates Rouges nous ont volés »). Si Kettricken est comme ça, c'est grâce à son éducation. On n'a a eu de cesse de lui répéter qu'elle était au service de son peuple, elle met cela en application : « je serais l'Oblat incarné, prête à tous les sacrifices pour le bien de mon pays et de mon peuple ». On peut presque trouver cela naïf. En tout cas, cela réveille quelque chose en Vérité. Le prince était passif, presque perdu dans son usage de l'Art. Il se ruinait la santé pour bien peu de résultats. Kettricken modifie ses habitudes, lui rappelle sa réelle fonction. Vérité prend conscience de ses manquements : « je n'ai manifesté nulle patience pour vos propos sur le rôle de l'Oblat, je n'y voyais que les élucubrations idéalistes d'une enfant. Mais je me trompais. Le terme n'existe pas chez nous, pourtant nous vivions la réalité qu'il recouvre et j'ai appris de mes parents à faire passer les Six-Duchés avant moi ».
Vérité a donc eu besoin d'un rappel, ce n'est pas le seul noble. Dame Grâce aussi est passée par là, même si elle a l'excuse de son inexpérience. La jeune femme ne voyait que les avantages d'être duchesse et avait oublié que le peuple comptait sur elle, encore plus en ces temps troubles. Fitz lui assène un discours plein de passion qui la réveille : « je sentis en elle le désir brûlant de se distinguer, de susciter l'admiration du peuple dont elle était issue (…) Qu'il la considère dorénavant comme quelqu'un qui se préoccupait de sa terre et de son peuple et plus comme un joli petit animal ».
Mais, les bonnes volontés ne suffisent pas. Les Six-Duchés sont en train de perdre la guerre. Subtil est mort, Vérité lancé dans une folle quête, Kettricken a pris la fuite. Royal est au pouvoir et l'homme ne pense qu'à lui. Le peuple est seul(« ce fut une triste époque pour le petit peuple de Cerf abandonné par leur roi, défendu seulement par une troupe réduite et mal ravitaillée, les gens du commun se trouvaient privés de gouvernail sur une mer démontée »). Une femme se dresse alors : Patience. La femme aurait pu être reine si les choses avaient tourné différemment. Elle aurait pu aussi tourné le dos à ses devoirs, elle n'a plus d'obligation. Pourtant, quand tous sont absents, quand la situation est plus que périlleuse, c'est Patience qui prend les choses en main et devient la leader officieuse en Cerf. Elle sacrifie tout ce qu'elle a pour aider les gens, « elle ne porte plus aucun bijou ; ils ont tous été vendus pour payer des navires de patrouille, elle a bradé ses terres familiales pour engager des mercenaires afin de garnir les tours ». Autrement dit, Patience a une attitude d'Oblat.
Cette idée de sacrifice anime également Vérité. On peut penser que sa quête des Anciens est déplacée. On peut penser qu'il aurait mieux fait de rester à Castelcerf pour lutter épée à la main contre les Pirates Rouges (avec le risque de se faire tuer). Quand Fitz et son groupe le retrouvent au fin fond des Montagnes en train de sculpter son dragon d'Art et de pierre, on comprend l'étendue de son sacrifice (« Mais... trop tard pour sauver le peuple des Six-Duchés. Sinon, que ferais-je ici ? Pourquoi aurais-je abandonné mon pays et ma reine pour venir ici ? »). Les propos sont clairs. Vérité a laissé un bon nombre de choses derrière lui. Pire, il nourrit son dragon en se vidant de ses souvenirs et émotions. D'une certaine façon, il se forgise volontairement ; c'est bien la preuve qu'il est prêt à tout pour son peuple.
D'autres ne sont pas enclins à tout cela. Ils n'ont que mépris pour le peuple. Galen et Royal en sont de bons exemples.
Lorsqu'il forme les artiseurs, Galen leur fait comprendre qu'ils sont des gens à part, presque des élus. Ils sont au-dessus, ils valent plus que les autres. Cet état d'esprit contamine les élèves, Fitz compris (« ces simples soldats discutaient chaque possibilité avec un bon sens et une finesse dont Galen ne les aurait jamais crus capables (…) Galen m'avait entraîné à les considérer comme des ferrailleurs ignorants, des tas de muscles sans cervelle »).
Le dégoût de Royal est encore plus flagrant. Il est même difficilement compréhensible pour les autres. Pour Royal, les gens du peuple ne comptent pas car ils n'ont aucun pouvoir. Quand il tente un coup d’État lors du mariage de Kettricken et Vérité, il est prêt à tuer des gens innocents en sachant que leurs morts n'auront aucune conséquence (« à ton avis, qui va se mettre en émoi pour la mort d'un maître d'écurie ? Tu es tellement plein de ton importance de plébéien que tu l'étends à tes serviteurs »). L'insulte est encore plus flagrante lorsqu'il resserre son emprise à Castelcerf en profitant de l'absence de Vérité. Il rappelle à Fitz que ce dernier est un bâtard, que son père s'est souillé en couchant avec une femme banale : « toi qui te donnes le nom de FitzChevalerie Loinvoyant, il te suffit de te gratter un peu pour trouver Personne, le garçon de chenil. Sois heureux que je souffre ta présence au Château au lieu de te renvoyer habiter aux écuries ». Pour Royal, le peuple est une quantité négligeable.
dimanche 28 janvier 2024
L'écorce elfique
Les produits addictifs sont présents dans les Six-Duchés. Royal boit beaucoup, prend plaisir à fumer et respirer des herbe, tout comme sa mère. Subtil s’abrutit avec des plantes pour chasser la douleur. Umbre est d’ailleurs un expert en ce domaine. C’est lui qui fournit à Vérité de l’écorce elfique quand ce dernier emploie fortement l’Art contre les Pirates Rouges. L’écorce elfique est censé faire du bien à Vérité, chasser des maux de tête et le revigorer.
Quand Royal demande au Fou ce qu’il envisage de donner à un Subtil mal en point, le bouffon de la cour répond que « l’écorce elfique est un fortifiant courant dont je suis sûr que même Murfès a entendu parler ». Fitz et Vérité en consomment donc fréquemment et dans de belles quantités. Mais, très vite, on comprend que cette plante est une drogue qui a des effets néfastes et qui peut expliquer leur morosité. Burrich, un autre expert en traitement médicamenteux, prévient Fitz que « quand on prend trop d’écorce elfique, on risque de voir la vie en noir ». Fitz ne l’écoute pas, pas plus que Fitz n’écoute le commentaire d’une cuisinière d’une auberge (dans le tome le Poison de la vengeance). La femme est choquée et peinée de voir qu’un jeune homme se plie à ce vice : « c’est une saleté, ce truc (…) on refile ça aux esclaves à Terrilville, mélangé à la nourriture, pour les faire tenir debout. Ça leur donne de la force mais ça leur enlève l’envie de se bagarrer et même de vivre ». Autrement dit, l’écorce elfique trompe le corps et plonge l’esprit dans une sorte d’apathie.
Le fait que l’écorce elfique permette de donner un coup de fouet au corps est bien connu d’Umbre. C’est la raison qui l’a poussé à en donner à Vérité. Poussé dans ses retranchements quant à son utilisation par Caudron, Fitz se justifie et explique que « jamais il n’avait employé l’Art avec autant d’intensité et ne s’en était jamais trouvé aussi épuisé, si. Bien qu’Umbre a décidé de lui donner de l’écorce elfique pour le revigorer ».
Caudron emploie un ton alarmiste. Elle tente de prévenir Fitz que l’écorce est un produit redoutable et puissant. Ce n’est pas pas quelque chose à consommer à la légère. Selon Caudron, le produit a des effets que Fitz ne soupçonne même pas (« droguer au moins le fou ; ça l’insensibilisera contre les attaques de nos ennemis et leur dissimulera ses pensées (…) Donné à un bâtard royal assez jeune, le produit peut détruire tout potentiel d’Art chez lui »). C’est un constat effrayant entendu par Fitz. Caudron récidive puisque Fitz fait la sourde oreille. Elle assène que l’écorce « a la réputation d’empêcher la croissance de l’Art, voire de le détruire chez les jeunes, et chez les plus vieux d’empêcher son développement total ». Fitz et Vérité ont donc pris un énorme risque en en consommant.
La vieille Caudron persiste ; elle pense qu’un « homme qui a pris de l’écorce elfique perd aisément espoir, et il est plus facile à manipuler ». Cela rejoint la position de Burrich. Finalement, Caudron semble penser que rien ne vaut le repos naturel et que l’emploi de l’écorce doit être exceptionnel (« et si elle donne un coup de fouet momentané, on le paye toujours par la suite. On ne triche pas avec le corps, jeune homme »).
Mais, l’écorce semble attirer les consommateurs. Elle leur donne envie de recommencer, d’en prendre à nouveau. Fragilisé, affaibli, le fou demande sa dose à Fitz (« puis-je te demander un peu d’écorce elfique ? Rien n’a réussie à me réchauffer autant la nuit dernière. »). Fitz, lui, connait les effets du produit (« l’écorce elfique revitalise l’organisme même si on peut se sentir pris de mélancolie après l’avoir utilisée ») et continue pourtant d’en absorber.
A la recherche de Vérité, enfoncés dans le froid des Montagnes, harcelés par l’Art des artiseurs de Royal, Fitz et le Fou consomment donc de l’écorce elfique. On sent une certaine addiction chez eux. En prendre est une des rares bonnes choses de leur journée. La drogue leur offre de l’apaisement. C’est bien visible quand on peut lire que « je sentit d’abord l’acre morsure de la décoction sur ma langue, puis sa chaleur apaisante qui se répandait dans mon estomac et tout mon organisme. J’observais le fou et je le vis se détendre lui aussi tandis que ses yeux se mettaient à pétiller »…
Comme toute drogue, l’accoutumance se crée et il en faut de plus en plus pour ressentir le même effet. C’est une triste vérité à laquelle Fitz fait face : « j’eus un instant d’effroi en me rendant compte de la quantité d’écorce elfique que j’avais consommée en une seule fois ; un an plus tôt, avec la même dose, je me serais retrouvé à faire le cochon pendu accroché aux poutres ».
samedi 11 novembre 2023
Vérité manque-t-il à Kettricken ?
Vérité se sacrifie pour sauver son royaume des Six-Duchés des terribles griffes des Pirates Rouges. Il laisse derrière lui sa femme et son enfant à naître. Il laisse derrière lui une femme qui a traversé deux pays pour le retrouver puis l’aider. Kettricken a pris d’énormes risques, s’attirant la méchanceté de Royal. Cela montre bien l’amour qu’elle a pour Vérité, même si leur mariage est une union arrangée et que Vérité a longtemps été froid avec elle.
Une fois Vérité disparu, Kettricken ne reprend pas de mari. On ne lui connaît pas de liaison. Elle se contente de gérer le Royaume et préparer son fils, Devoir, à ses futures responsabilités de roi. Mais, le souvenir de Vérité la hante toujours.
On comprend très vite que la question est délicate et assez claire. Vérité manque à Kettricken et il est très compliqué de lui en parler. Pour Devoir, c’est même une tragédie car il ne peut pas avoir beaucoup d’informations sur son père. Mais, Devoir respecte le choix de sa mère. Il dit à Fitz que « ma mère parle de son roi, parfois de son époux, et, dans ces occasions, je sens qu’elle le pleure encore ; c’est pourquoi je répugne à l’accabler de questions ». Kettricken a donc toujours des sentiments forts et débordants pour Vérité. Elle n’a jamais réussi à faire son deuil ou l’oublier.
La tragédie de Kettricken est qu’elle n’a personne à qui parler de Vérité. Le Fou et Fitz ont disparu de Castelcerf, Astérie erre sur les routes des Six-Duchés et Umbre est prisonnier de son culte du secret. Pire, elle n’a jamais pu discuter avec quelqu’un de la fin de Vérité. Elle l’a sans doute raconté pour les archives historiques mais elle n’a pas pu en parler pour elle-même. On sentirait presque une pointe de roche, destiné à personne en particulier, lorsqu’elle en parle à Fitz : « vous êtes peut-être vous-même le seul qui ait compris ce que j’ai ressenti à la disparition de Vérité, à le voir transformé, à le savoir bientôt triomphant, sans pouvoir m’empêcher d’éprouver un chagrin égoïste à l’idée de ne plus jamais retrouver l’homme qu’il avait été ». C’est une des raisons qui explique l’attachement de Kettricken pour Fitz : il est le porteur de souvenirs de Vérité. Toutefois, il faut aussi préciser qu’elle apprécie Fitz pour ce qu’il est, qu’il a été son premier ami à la cour de Castelcerf sans oublier son attachement pour Oeil-de-Nuit.
Après la presque mort de Fitz lors du combat contre Laudevin et Pie, elle répète son attachement à Fitz : « si je vous perdais, je perdrais le seul qui connaisse toute mon histoire, le seul qui, quand il me voit, sait ce que j’ai vécu avec moi roi ». Kettricken a donc peur de perdre le seul témoin véritable de son histoire avec Vérité. Peut-être se dit elle que si Fitz meurt, tout cela s’évaporerait… Et quand Fitz lui parle des autres (Umbre, Astérie, le Fou), Kettricken est claire dans ses propos en disant que « ni l’un ni l’autre ne l’aimait comme nous l’aimions ».
Vérité manque à Kettricken. Elle aurait tant aimé avoir plus de temps avec lui. Malheureusement, grâce à la disparition de Vérité, elle sait ce que cela fait de perdre un être très important. C’est sans doute pour cela qu’elle est capable d’apporter un tant soi peu de consolation à Fitz après la mort d’Oeil-de-Nuit alors que personne d’autre n’en est capable. Sa confession touche Fitz ; elle lui affirme tendrement que « j’ai parfois l’impression de le sentir près de moi, en train de me souffler des conseils pendant les heures difficiles de ma vie. Puisse Oeil-de-Nuit demeurer avec vous comme Vérité reste avec moi ».
Le souvenir de Vérité est présent, vivace. Elle surveille attentivement sa mémoire. On en a la confirmation quand des représentants de Terrilville viennent au château de Castelcerf demander l’aide des Six-Duchés contre Chalcède. Ils proposent une alliance en mettant en avant qu’ils pourraient possiblement compter sur le réel dernier dragon. Pour un duchéen lambda, ce serait déjà presque une insulte tant les images des dragons libérant le royaume des Pirates Rouges font partie de la culture personnelle. Kettricken le prend comme une insulte personnelle, une remise en cause du statut de son mari, de ses accomplissements. Elle explose et Fitz en est témoin : « je crois qu’aucune insulte personnelle n’aurait provoqué une réaction aussi indignée de la part de notre souveraine. Les visiteurs ne pouvaient pas savoir que c’était l’histoire de son roi, Vérité, son unique amour, qu’elle défendait ».
Dans la trilogie du Fou et de l’assassin, Kettricken a vieilli. Devoir assume pleinement son rôle de Roi, accompagné d’Elliania. Elle se rend dans les Montagnes pour rendre un dernier hommage au roi mourant et assurer le passage de six à sept duchés. Elle permet également à Fitz de sortir de l’ombre en enclenchant le processus qui le permettra de réapparaître publiquement. Elle avoue à Fitz qu’elle a toujours su qu’il avait prêté son corps à Vérité pour la conception de Devoir ; cela peut, d’ailleurs, aussi expliquer son attachement à Fitz. Elle rend visite au dragon de Vérité quand Fitz forge son loup de pierre et d’Art. Ce besoin la rongeait, elle avait faim de pouvoir revoir son roi. Elle en a même fait la demande à Fitz, de la faire traverser par un pilier d’Art (« par ce pilier, si vous me teniez par la Amin, vous pourriez me conduire à lui ? Ne fût-ce qu’une fois ? Je sais, je sais que je ne le retrouverais pas vraiment ; mais rien que toucher la pierre qui l’emprisonne… » La peine de Kettricken est perceptible.
dimanche 11 juin 2023
Qui est au courant de l'identité du père de Devoir ?
Dans la seconde saga de l'assassin royal de Robin Hobb, la tawny man trilogy, nous faisons la connaissance du prince Devoir. Si le jeune homme fait un choix douteux en fuguant, il est également mis en avant dans une quête particulière : en savoir plus sur son père, le regretté Vérité. Ce dernier a disparu ou plutôt a donné sa vie pour sauver les Six-Duchés en permettant à son dragon d'Art et de pierre d'émerger. Devoir cherche donc en savoir plus sur son père, sans se douter que sa conception repose sur un énorme secret : Vérité a emprunté le corps de Fitz pour coucher avec Kettricken et s'assurer ainsi une descendance.
Six humains sont présents dans la carrière lors de la nuit où Devoir a été conçu. Une seule personne, en-dehors de Vérité et Fitz, sait ce qui se passe : Caudron. Il faut dire que la femme a l'Art et est à ce moment-là en lien très étroit avec Vérité en participant à la conception du dragon. La vieille femme a donc conscience de l'échange de corps et de la nécessité de la chose ; il ne s'agit pas uniquement de produire un héritier à la lignée des Loinvoyant mais aussi de donner à Vérité de quoi remplir son dragon. Elle remarque donc que « c'est bien, ce que vous faites cette nuit. C'est gentil. De donner à Vérité une dernière de jeunesse et de passion ».
Ce désir, cette passion, Kettricken en profite pleinement sans se douter de la réalité des choses. Pour la montagnarde, c'est un réel soulagement, une très bonne chose car depuis qu'elle a retrouvé Vérité, il lui a causé bien des souffrances. Jusque là, il lui a montré peu d'intérêt, il n'a pas pleuré en apprenant la mort d'Oblat. Ne possédant pas l'Art, Kettricken a énormément de mal à comprendre que Vérité se vide petit à petit de ses émotions pour nourrir son dragon. Elle profite donc pleinement de cet instant : « des petits bruits s'échappaient de la yourte de Kettricken. Dans la quasi-obscurité, elle voyait le visage de Vérité, ses yeux noirs plongés dans les siens. Elle croyait que son époux était enfin venu la rejoindre ».
D'autres membres du groupe savent. C'est le cas du Fou (ou Sire Doré). Des années plus tard, lorsque les deux amis finiront par se revoir, ce sera même l'un de leurs sujets de conversations. Les deux amis passent en revue leur vie, ce qu'ils ont vécu ensemble et ce qui s'est passé depuis leur séparation. Le Fou retrouve un Fitz qui s'est isolé du monde et de tous ceux qui lui étaient proches. Fitz a quitté la cour royale et n'a jamais revu Molly ni sa fille. Le Fou lui parle donc avec délicatesse en sachant que c'est un sujet sensible : « Devoir. Ne l'as-tu pas vu ? N'est-il pas ton fils, tout autant qu'Ortie est la tienne ». L'interrogation est légitime car Vérité n'a fait que mettre son esprit dans le corps de Fitz. Une bonne partie des traits de Devoir vient donc de Fitz. Et, dans sa solitude, Fitz aurait pu chercher à en savoir plus sur Devoir.
Mais, Fitz se montre prudent. Il ne veut pas que cette histoire s'ébruite tant elle pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le Royaume. Les gens comprendraient-ils ce qui s'est passé ? Comment réagiraient-ils en apprenant que Fitz, le bâtard au Vif, est vivant ? Il demande donc au Fou de se taire : « Mon ami, toi et moi, sommes les seuls à savoir que Vérité s'est servi de moi... de mon corps ».
Vérité et Caudron morts, Kettricken dans l'ignorance, il reste Astérie. Fitz a beaucoup fréquenté la femme qui lui a rendu quelques visites au fil des années. D'après lui, rien ne laisse croire qu'elle soit au courant (« une ménestrelle n'aurait jamais laissé passer pareil événement sans en faire une ballade, même si la sagesse lui recommandait de le taire »).
Oeil-de-Nuit considère que Devoir est le fils de Fitz. Il faut noter que le loup adopte un angle de réflexion particulier. Sa logique n'est pas celle des humains. Pour lui, Devoir est un louveteau qui fait partie de la meute et dont il faut prendre soin. Alors qu'il est sur le point de mourir, il dit à son compagnon que « la meute ne meurt pas si le louveteau survit. Sois un loup, mon frère. Tout est plus limpide ainsi. Laisse-nous nous battre pendant que tu sauves le petit ».
Umbre ne sait pas ce qui s'est réellement passé. Il ne peut pas savoir que Vérité a emprunté le corps de Fitz même si il a interrogé Fitz. Tout ce qu'il voit est que Devoir a de fortes caractéristiques des Loinvoyant : « il ressemble à son père autant qu'il est possible (…) Les gens parlent de Devoir comme ils parlaient de ton père, Chevalerie ».
En apprenant que Tom Blaireau est en réalité FitzChevalerie Loinvoyant et donc son cousin, Devoir se pose des questions en le regardant. Il voit ou s'imagine des points communs sans se douter que Fitz pourrait être son père. Il s'interroge : « Atteindrai-je sa taille une fois adulte ? Mon père fronçait-il les sourcils ainsi avec cet air mauvais ? Je regrette que vos cicatrices soient revenues ; j'ai plus de mal à me reconnaître dans vos traits ».
Dans le Fou et l'assassin, dans le tome du Retour de l'assassin, on finit par se rendre compte que Kettricken est au courant. Elle a compris ce que Vérité a fait et pourquoi. Elle ne lui en veut pas, pas plus qu'elle a de la rancune envers Fitz. Les deux ont fait ce qu'il fallait faire. Au contraire, elle exprime des remerciements : « Merci pour mon fils. Je sais depuis des années comment ça s'est passé. Votre corps, la volonté de Vérité ». Kettricken montre là une nouvelle fois sa grande aptitude à lire les gens.
