Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

Affichage des articles dont le libellé est sereine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est sereine. Afficher tous les articles

mercredi 30 juillet 2025

Le cas Galen

Fitz a eu des mentors et un bon nombre de professeurs, de gens qui l’ont guidé dans sa vie, notamment à la période de l’enfance (Umbre, Burrich, Subtil, Hod) ou à des moments compliqués de sa vie (Rolf le Noir). La plupart lui ont appris des choses et ont eu un impact positif sur sa vie ; un l’a poussé au suicide et lui a souhaité la mort : Galen. Or, Galen n’est pas n’importe qui puisqu’il occupe une place importante dans la hiérarchie : il est le maître d’Art des Six-Duchés, celui qui doit former les futurs artiseurs pour lutter contre les Pirates Rouges.


Galen déteste Fitz autant qu’il aimait Chevalerie. Quand il apprend que Fitz doit être formé à l’Art, il refuse sans raison valable. Il ne peut tout simplement pas voir le jeune homme. C’est une attitude bien déplorable de la part d’un enseignant. Mais, tout réfractaire qu’il soit, Galen ne peut pas s’opposer à la volonté royale. Il accepte donc Fitz.

Le bâtard de Chevalerie a au moins le mérite de ne pas être une femme tant Galen semble les détester, et encore une fois, sans réelle raison. Il les ignore et lorsqu’il ne les ignore pas, il les frappe (« il n’accordait aucune affection à la demi-douzaine de filles que comptait notre groupe. C’était si criant que je me demandai en quoi elles l’avaient offensé »). 

La réaction de Fitz au traitement réservé aux filles du groupe est éloquente : il ne fait rien. Il laisse des gens innocents se faire maltraiter devant lui sans réagir. On voit bien là le début d’emprise que Galen commence à exercer sur son groupe.


Galen coupe ses artiseurs du monde. Il ne se contente pas de ça : il les sépare des uns des autres. Il empêche la création de toute solidarité, de toute relation d’entraide. Fitz s’en rend compte et l’accepte : « il attisait en nous la rivalité, la volonté de nous mesurer non seulement les uns aux autres, mais aussi à l’image déplorable qu’il avait de nous ». Jamais Fitz ne s’opposera à ça. Galen réussit même à retourner l’esprit de Fitz ; en quelques semaines, il fait basculer toute sa vision du monde, toutes les règles qu’il suivait. C’est presque comme si un nouveau Fitz naissait durant cette période. Galen réussit une prouesse en réussissant « à nous couper du monde et à nous plonger dans une autre réalité, où les règles de la courtoisie et du sens commun n’avaient plus cours ».


Fitz n’est pas le seul à succomber. Sereine est un bon exemple du pouvoir de Galen. On ne peut pas dire si il a assis sa domination sur elle grâce à l’Art. En tout cas, malgré toutes les brimades et les insultes, malgré les coups, la femme suit Galen. Elle devient une fidèle du maître d’Art : « après le violent cravache qu’elle avait subi, elle devint une sectatrice servile de Galen et ne prononça plus jamais la moindre critique à son encontre, alors qu’il se répandait sans cesse sur elle en sermons, réprimandes et injures ». Galen se comporte comme un malotru, il est un professeur violent et abusif. Et pourtant, ses élèves s’accrochent à lui. Il faut dire qu’il leur promet une récompense, un statut à part. Devenir artiseur n’est pas donné à tout le monde. C’est vu, dans la culture populaire, comme la prérogative des Loinvoyant. Devenir artiseur offre la possibilité d’être lié au trône. Il n’est donc pas si étonnant de voir ces jeunes individus changer de comportement (« il forgea notre groupe en un bloc monolithique ; nous nous prenions pour une élite, des êtres supérieurs, privilégiés d’avoir accès à l’Art »).


Mais, Fitz reste Fitz. Il peut être têtu et commettre les pires erreurs. Il refuse de se séparer de Martel, le jeune chiot donné par Patience. Galen se méprend et pense que Fitz ne suit pas ses instructions, qu’il se prête au plaisir alimentaire (les aliments sont en réalité pour le chiot). Surtout, Galen en veut toujours à Fitz d’être le fils illégitime de Chevalerie. Il fait partie de ces personnes qui pensent que Fitz devrait être mort, que Fitz a jeté la honte sur l’image de Chevalerie.  Galen commet alors l’irréparable, la pire chose que puisse commettre un enseignant : il abuse de son élève. Il le frappe, lui fait comprendre qu’il est un moins que rien, une honte. Acculé, Fitz ne voit pas d’autre option que le suicide : « j’avais l’intention de me hisser sur un banc et, de là, sur le sommet du mur. Ensuite, la chute. Et rideau ». Ce seront Martel et Burrich qui sauveront Fitz de la mort.


Burrich n’assiste pas aux séances d’Art. Personne ne peut y assister, le plus grand secret règne autour de ce qui s’y passe. Mais, quand il voit l’état de Fitz, une froide colère le prend et il inflige une correction à Galen. Toutefois, il est choqué quand il réalise que Fitz trouve des circonstances atténuantes à Galen (ce qui montre une nouvelle fois la domination de Galen sur Fitz). L’opinion de Burrich est déplorable : « on n’enseigne pas grand-chose par la peur. C’est un bien piètre professeur qui essaye d’enseigner par la violence et les menaces ». On sent tout le mépris dans ses propos.

dimanche 23 avril 2023

L'histoire de Sereine

Sereine est un personnage secondaire de l'assassin royal. Si elle n'a pas un grand impact sur la finalité de l'histoire, elle est quand même une des personnes qui s'oppose à Fitz et qui symbolise bien la haine gratuite et artificielle envers le bâtard. Sereine n'a pas de raison particulière pour détester Fitz : ils ne sont pas en réelle compétition, ils n'évoluent pas dans le même cercle même si ils sont tous les deux formés par Galen. Le mépris de Sereine est celui de Galen transmis à la mort de ce dernier.

Quand on fait la connaissance de Sereine, elle est l'aînée de Fitz. Le bâtard n'est qu'un adolescent alors que Sereine est déjà une femme (« Sereine la doyenne, puisqu'elle avait dans les vingt-cinq ans »). Elle suit les cours d'Art de Galen. On a de la compassion pour elle (et les autres femmes) en s'apercevant la façon dont elle est traitée. Galen semble considéré les femmes comme des incapables, pas digne de son temps et de son attention. Ignorée, Sereine a du mal à cacher son agacement : « je connaissais vaguement Sereine, elle aussi élève douée de Geairepu, et j'avais l'impression de sentir la chaleur de sa colère ». Si il traite différemment les garçons et les filles dans son apprentissage, Galen fait preuve d'égalité en terme de punitions. Sereine, elle aussi, reçoit des coups ; Fitz est témoin de la scène : « quant à Sereine, d'une bourrade, il la fit tomber sur un genou et il la frappa à quatre reprises ».

Mais, très vite, la réelle nature de Sereine se révèle. On comprend qu'elle est ambitieuse et déterminée, apte à tourner le dos à ceux et celles qui se dressent sur son chemin. C'est le cas de Joyeuse, une femme proche d'elle mais qui rate un examen d'Art. Sereine mène un mouvement qui pousse à ostraciser Joyeuse : « on n'avait pas l'impression qu'elle avait échoué à un examen, mais plutôt qu'elle avait comme un acte abject et répugnant pour lequel il n'était pas de pardon ».

Galen se fait éliminer par Vérité. Le clan d'Art a besoin d'un nouveau leader et c'est Sereine qui endosse ce rôle. On peut supposer qu'elle est charismatique, qu'elle exerce une influence sur les autres. Fitz nous apprend que « de tous les membres du clan de maître d'Art, elle était désormais le plus puissant (…) en l'absence d'un maître d'Art, Sereine avait hérité d'une bonne part de la position de Galen au château ; elle avait également repris à son compte, et avec enthousiasme, la haine que me vouait Galen ». On note que Galen a repris les traits de celui qui la tourmentait et la méprisait. Cela trouve sans doute son origine dans les mois où elle a été membre du clan d'Art de Galen, où elle a supporté toutes ses vilenies pour obtenir son approbation.

Sereine reprend la haine de Galen envers Fitz. Elle le menace, elle l'espionne. Elle l'insulte en lui disant que « tu n'es pas un homme. Un jour, tout le monde le saura ». Sereine fait sienne l'aversion pour la magie des bêtes (le Vif). Elle veut dénoncer la pratique de la magie de Fitz, une certaine forme de perversité.

Fitz n'est pas le seul à subir l'attitude de Fitz. Les petites gens craignent également Sereine : « les serviteurs parlaient d'elle à présent avec la même appréhension et la même aversion qu'ils réservaient autrefois à Galen ».

Il faut également placer la vie de Sereine dans le contexte historique. Royal gagne en importance et devient en quelque sorte le Roi des Six-Duchés. Subtil est un vieillard sans forces et sans énergie, sans volonté. Kettricken n'est qu'une étrangère. Vérité s'est lancé dans sa quête des Anciens. Le clan d'Art mené par Sereine répond à Royal. Sereine se sent donc munie d'une sorte d'impunité. Elle considère qu'elle peut agir sans craindre de conséquences. Elle fouille la chambre de Fitz et elle l'harcèle (« Sereine et Justin se mirent à me hanter, j'avais conscience de leur présence, souvent physiquement, mais aussi dans les attouchements d'Art aux limites de mon esprit »).

Sereine connaît une fin tragique. Elle est tuée par Fitz alors qu'elle est en train de siphonner les forces du vieux Subtil. Elle a sous-estimé Fitz, sa sauvagerie. Elle s'est tenue à découvert, sans protection et a payé le prix de cette erreur en y laissant sa vie. Fitz assassine Sereine devant un bon nombre de témoins : « je tirai la tête de Sereine en arrière et passai la lame du couteau du roi sur sa gorge offerte ; elle eut un soubresaut et je la laissai tomber par terre ». Si le geste de Fitz peut paraître brutal, il est motivé par une raison bien précise. Pour Fitz, c'est un acte justifié : il veut venger Subtil (« ce n'est pas moi qui ai tué le roi (…) ce sont Justine et Sereine »). Fitz est donc convaincu d'avoir appliqué la justice royale sur Sereine. Il se justifiera d'ailleurs de ça auprès de Burrich : « et ce que Romarin n'a pu apprendre, Justin et Sereine l'ont entendu : ils vampirisaient le roi, ils le saignaient de sa force d'Art et ils interceptaient la moindre pensée qu'il échangeait avec Vérité ». Cette affirmation montre aussi que Fitz a sous-estimé Sereine et ses capacités.