Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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lundi 8 septembre 2025

La Femme Pâle avait-elle raison ?

Dans le tome L’homme noir, la Femme Pâle parvient à capturer le Fou et Fitz. En les retenant dans les profondeurs d’Aslevjal, elle atteint un objectif qu’elle s’était fixée depuis longtemps. Surtout, elle rencontre enfin FitzChevalerie Loinvoyant et elle tente de faire de lui son Catalyseur. Mais, c’est un objectif ardu tant Fitz est sous l’emprise du Fou. Fitz est un homme du Fou et il en est fier. La Femme Pâle tente de le convaincre que leur relation est inégale, que le Fou profite de lui et qu’il obtient bien plus que ce qu’il donne : « il danse aux frontières de votre compréhension et vous jette parfois d’infimes indices sur sa véritable nature, comme on jette de petits morceaux de sucre à un chien ». Alors, la Femme Pâle a-t-elle raison ?


Il y a eu de nombreuses fois où l’attitude secrète du Fou a énervé Fitz. Le fou pouvait décider de ne rien dire ou changer de sujet ou s’exprimer de façon peu compréhensible. Il a usé de différents stratagèmes pour éviter d’en dire trop sur lui ; cela ne veut pas dire qu’il ne parlait jamais de lui (au contraire, il a révélé très tôt et plusieurs fois dans l’intrigue à Fitz d’où il venait et qui était sa famille). Il y a eu de moments où cela a pesé pour Fitz et cela l’a fait éclater de colère. C’est le cas quand Fitz est dans la carrière et tente d’aider Vérité à finir son dragon d’Art et de pierre pour lutter contre les Pirates Rouges. Là, Fitz fait face au mutisme de Caudron, de Vérité et du Fou. C’en est trop pour lui et sa fureur est manifeste (« personne dans ce groupe ne veut parler de rien ! »). Ici, s’il en veut au Fou, c’est que ce dernier refuse de lui expliquer ce qui se passe entre la Fille-au-dragon et lui.

Toutefois, il serait injuste de dire que cette manie du Fou à cacher sa vie énerve Fitz. Fitz a souvent été exposé au regard de la cour, on l’a montré du doigt comme étant un bâtard et il ne pouvait pas avoir sa vie à lui. Même s’il est en marge de la famille royale, il reste le fils d’un ancien roi-servant ; autrement dit, il ne peut pas faire ce qu’il veut. Ce n’est pas le cas du Fou qui n’est vu que comme le bouffon du roi, un amuseur, un homme de blagues. Cela lui procure un certain anonymat même si des gens rient de ses blagues et tours. Le Fou n’a pas de pouvoir, ce qu’il fait en dehors de ses tours n’a donc aucun intérêt. Un jour, un Fitz curieux grimpe les escaliers et se rend dans la chambre du Fou. Il s’en veut ensuite, il a l’impression d’avoir violé son intimité. Dans ses excuses au Fou, on sent aussi une pointe d’amertume et d’envie : « ça m’a fait regretter de n’avoir pas un coin qui me ressemble autant que ta chambre te ressemble, un jardin secret comme le tien ».


Il serait injuste de dire que le Fou ne se livre pas. C’est simplement qu’il n’est pas sans cesse à parler de lui, à parler de ce qu’il fait à tout bout de champ. Il sait que le mystère fait partie de sa protection et sans doute aussi de son charme. Il sait que cela fait de lui un être mystérieux. Il comprend aussi que ses secrets peuvent être monnayés et peuvent l’aider à atteindre son but. C’est le cas quand il se lance à la recherche des Anciens. Il propose d’étancher la soif de curiosité de Fitz contre un accès à des documents ; la proposition est claire : « un secret que je détiens contre la permission de me chercher dans les manuscrits un secret (…) le mystère du Fou. D’où il vient et pourquoi ». On peut aussi noter que cette donnée est très importante s’il est enclin à briser sa carapace.


Fitz n’est pas le seul à subir les manigances du Fou. Dans les Aventuriers de la mer, on rencontre le personnage de Jek. C’est une femme avec qui le Fou noue une réelle amitié. Seulement, Jek ne connait pas le Fou sous cette identité, mais sous celle d’Ambre, une fabricante et marchande de bijoux. Jusque là, pas de problème. Mais, des années plus tard, quand le Fou revient à Castelcerf, il se fait sous l’identité de Sire Doré. Et, quand Jek est de passage à Castelcerf, elle se rend compte que le Fou lui a menti. Certes, elle n’en fait pas tout un scandale comme Fitz. Elle est simplement étonnée : « si je n’étais pas au courant, je me serais laissée abuser ! Mais je ne comprends à quoi sert ce subterfuge ». Jek n’est pas réellement choqué que Ambre soit devenu Sire Doré, elle l’est plus qu’elle ne dise rien à Fitz. Selon Jek, Fitz est pourtant le grand amour d’Ambre, celui qui a servi de modèle pour sculpter une figure de proue ! Quand Sire Doré (le Fou ou Ambre) doit s’expliquer, il fait dans le mélodrame et l’exagération. Il la supplie de se taire car si elle « raconte ce que tu sais dans une taverne un soir et c’est comme si tu me tranchais la gorge ». 


Oeil-de-Nuit avait baptisé le Fou en Sans-Odeur. C’est une bonne indication de ce qu’il est, un homme difficile à saisir. Trame, sans doute un des utilisateurs le plus puissant du Vif, ressent la même chose : « même après avoir entendu son nom, j’ai gardé l’impression que je ne le connaissais pas du tout (…) Je le trouve très insolite ; arrivez vous à le percevoir ? » On pourrait penser que Trame est sous le choc de l’arrivée surprise du Fou à Aslevjal ou étonné de voir qu’il a changé d’identité et n’a plus rien de Sire Doté. Mais, cela dépasse ça : même en déployant son Vif, il ne parvient pas à le saisir.


En réalité, très peu de gens peuvent percer le Fou à jour et cela lui plait. A chaque fois que son identité a été découverte, le Fou a été mal à l’aise. Il se sentait exposé, presque en danger. C’est ce qu’il explique à Fitz alors qu’il revient dans la vie de son ami (dans le tome le Prophète blanc). Il lui explique que « toi, tu m’as donné un nom : le Fou, et tu m’as vu , tu as soutenu mon regard quand les autres, désorientés, détournaient le leur ». Là, on comprend que le Fou jouait aussi de son apparence différente pour se tenir volontairement à l’écart. Quand on persistait, cela le mettait mal à l’aise (« t’es-tu jamais douté de l’effroi que tu as suscité en moi ? « )


Kettricken dit de lui que « ce n’est pas un homme comme les autres ». Elle semble accepter et comprendre son besoin de se protéger ou cacher qui il est. 

Encore une fois, ce n’est pas le cas de Fitz. Le bâtard de Chevalerie commet un de ses actes les plus lâches quand il confronte le Fou. Sa colère lui fait perdre toute mesure. Il a peur qu’on soupçonne une aventure entre Sire Doré et Tom Blaireau, son identité à cette époque (« c’est grave, et je veux savoir une fois pour toutes ! Qui es-tu ? Je connais le Fou, je connais Dire Doré, et je t’ai entendu t’adresser à cette Jek d’une voix de femme »). Il n’est pas seulement désespéré, il se sent également trahi. Le Fou ne lui donne pas de réponse claire, il se contente de lui dire que Fitz a déjà tous les éléments en main pour trouver la réponse. Et c’est vrai.


Le tome Adieux et retrouvailles marque un tournant dans la vie de Fitz et du Fou car ils perdent un lien unique qu’ils avaient, le lien d’Argent et d’Art. C’était cela qui permettait à Fitz d’avoir toujours le Fou quelque part près de lui. Le Fou le lui enlève : il sait que leur aventure est terminée, qu’ils doivent maintenant prendre des directions différentes. Fitz n’a plus en face de lui qu’un étranger : « mon ami d’enfance, mon compagnon d’adolescence avait disparu. Il avait détourné de moi cette facette de lui-même. Un homme à la peau brune et aux yeux noisette me regardait d’un air compatissant ».

lundi 30 juin 2025

Qui est Trame ?

Lors de la seconde saga de l’assassin royal, quand Fitz se cache sous l’identité de Tom Blaireau, le Vif (ou le Lignage) est dépeint de façon négative. Les Pie et autres forment la principale faction qui représente cette magie et ils tentent d’enlever le prince adolescent Devoir. Leurs principaux membres sont montrés comme violents, inflexibles et prêts à tout pour atteindre le but. 

Toutefois, un individu doué du Vif réoriente quelque peu la vision du lecteur : Trame.


L’introduction de Trame montre tout de suite qu’il est un homme important dans les différentes communautés du Vif. D’une certaine façon, il peut être vu à la fois comme l’égal d’un roi ou d’une importante figure religieuse. Une femme douée du Vif dit que « l’aristocratie n’existe pas chez nous, ni les rois ni les reines ; mais de temps en temps, un homme comme Trame apparait dans notre communauté. Il ne règne pas parmi nous mais il nous écoute et nous l’écoutons ». On note là un aspect important de la personnalité de Trame : sa forte capacité à être attentif et donner des conseils, sans pour autant ordonner. 

Fitz l’observe et sa première impression est que Trame « évoquait plus un sage de Jhaampe en train de régler une querelle q’un porte-parole du Lignage ». Trame ne semble donc pas motivé à régler les questions politiques liées aux négociations entre la couronne des Loinvoyant et les gens du Vif. Les motivations de Trame semblent floues ; en tout cas, elles questionnent Umbre. Le vieil assassin est nécessairement sceptique quand il croise un individu de cet acabit. Il se demande ce qu’il cherche et si il peut être un problème pour le trône. Umbre observe donc Trame et on pourrait presque croire qu’il est inquiet quand il se rend compte que Trame n’est pas comme tous les autres : il ne veut ni pouvoir ni richesse. Au contraire, il affirme que Trame « tient davantage le rôle de prêtre que de chef : il ne commande pas, il conseille et parle souvent de servir l’esprit du monde ».


Trame n’a donc pas envie de gouverner ou de changer l’ordre des choses. Cela rassure Umbre car « s’il nourrissait des ambitions, ce serait un homme dangereux ; par ce qu’il sait, il pourrait provoquer notre chute à tous ».

C’est Devoir, l’adolescent qui a gagné en maturité, qui fournira une réponse acceptable sur le but de Trame. Il précise que savoir qui est réellement Fitz est un danger ; après tout, Umbre et Fitz sont des assassins plus que compétents et pourraient se débarrasser facilement de Trame (« Trame s’est mis lui-même en péril : certains seraient prêts à tuer pour maintenir enfoui ce secret »). Devoir pense que Trame cherche simplement à nouer des liens amicaux avec Fitz : « aussi invraisemblable que cela vous paraisse Fitz, peut-être désire-t-il simplement votre amitié ». Fitz a énormément de mal à entendre ça, tant il est influencé par son éducation, le culte du secret et des intrigues.


Présent à Castelcerf, Trame détonne grâce à son comportement. Il est curieux et poli, prêt à contredire les préjugés liés au Vif. On n’a sans doute pas vu une personne si forte dans le Vif depuis l’époque de Burrich. Pour Fitz, c’est un défi qui devrait le mettre sur ses gardes puisque le bâtard royal a toujours eu du mal à vivre sa magie aux yeux de tous : il se cache. Mais, Trame lit en lui comme dans un livre ouvert. Il repère très vite FitzChevalerie derrière l’identité de Tom Blaireau. Si il sait ce secret, c’est grâce à Fragon, la femme de Rolf le Noir (« une journée pareille remplirait Fragon de bonheur :  un ciel sans nuage et un vent léger. Comme son faucon monterait haut ! »).

Savoir la réelle identité de Fitz n’est pas la plus grande prouesse de Trame. Il lit en Fitz, il voit en lui ce que Fitz se cache à lui-même : le fait que le très regretté d’Oeil-de-Nuit vit encore à travers lui. Trame en vient même à sermonner Fitz : « votre loup transparait toujours dans vos yeux. Vous croyez que, si vous ne bougez pas du tout, personne ne le remarquera ; cela ne marche pas avec moi, jeune homme ».

Fitz aurait beaucoup à apprendre de Trame, il le fait très peu. Il ne cherche pas spontanément la compagnie de l’homme. Pourtant, Trame semble l’apprécier. Il éprouve même de l’affection pour lui, il perçoit que Fitz n’a toujours pas terminé son deuil du loup et qu’il lui faut du temps (« je comprends que vous pleuriez encore votre loup et je trouve ça normal ; vous baisseriez dans mon estime si vous vous précipitiez dans une nouvelle relation à seule fin de soulager votre sentiment de solitude »).


Trame ne cache pas qu’il a le Vif. Il n’en a pas honte. A Castelcerf, il n’a pas eu honte de présenter Risque (sa mouette) à qui le voulait. Mieux, il irradie de bonheur et de complétude quand le groupe de Castelcerf se rend à Aslevjal. Ce qui se dégage de lui et de Risque touche tous les gens du Vif. Fitz est ravi par le spectacle qui s’offre lui (« je voyais la magie du Vif à son état le plus naturel, échange de joie et de respect entre humain et animal où le coeur de Trame volait en compagnie de Risque »).

Trame n’est pas seulement doué, il est aussi un très bon enseignant et quelqu’un qui a beaucoup de connaissances sur cette magie. En prenant Leste (le fils de Burrich) sous son aile, il a beaucoup de travail devant lui. Car, Leste est une autre victime, avec Fitz, de la haine de Burrich envers cette magie. Leste présente donc des lacunes béantes, des manques flagrants. Trame est choqué quand Leste tente de se lier à un animal sans aucune réflexion. Pour une fois, il perd son calme et engueule le jeune homme : « tu le voulais comme un enfant veut un jouet peint de couleurs vives sur l’étal d’un colporteur (…) On ne fonde pas un lien de Vif là-dessus. En outre, tu n’as ni l’âge ni la maturité pour te mettre en quête d’un partenaire ». Notons qu’on retrouve là une critique que Rolf le Noir avait déjà fait à Fitz : se lier jeune est plus que risqué ou mal venu.

Or, pour Trame, une relation du Vif doit être équilibrée. C’est un engagement sur du long terme qui doit être réfléchi (« ce mystère débouche sur les croyances que nous nous en débarrassions quand nous n’en avons plus l’emploi. On a ainsi plus de facilité à imaginer que nous puissions ordonner à un ours de massacrer une famille »). Ce comportement malsain de certains se retourne donc contre toute la communauté. Se lier avec un animal reviendrait donc à assumer ses responsabilités vis-à-vis de lui et aussi à faire attention à l’image qu’on dégage, aux préjugés auxquels il faut faire attention. On ne fait pas ce qu’on veut en se liant à un animal. Trame résume la chose en disant que « le lien de Vif, ce n’est pas un homme qui impose sa volonté à un animal : c’est une union fondée sur les respect mutuel, pour la vie ».


Trame ne peut pas aimer Burrich. C’est impossible. Il voit l’impact que cet homme a eu sur Fitz et sur Leste, le fait que Burrich a bridé leur magie. Il a beaucoup de mal à admettre tout cela. Il oscille entre colère et mépris en pensant à Burrich (« je voudrais le prendre en pitié, mais, quand je songe à ce qu’aurait pu être votre vie si vous aviez reçu une éducation convenable dès votre jeune âge »).

La colère de Trame monte d’un cran en se rendant compte de la puissance de Burrich avec le Vif. Il est abasourdi quand il voit Burrich soigner Fitz avec une maîtrise si fine et si délicate du Vif. Son étonnement est manifeste : « je n’en reviens pas, je croyais perdue cette technique de la magie du Lignage (…) Qui vous a formé ? Pourquoi ne vous connait-on pas ? »

Et comme Umbre qui se méfiait de Trame, Burrich se méfie de Trame : « cet homme est une menace pour mon fils ». 


Trame ne fournit donc pas nécessairement une bonne première impression. Sa présence interroge tout comme ses motivations. Pourtant, en creusant, on se rend compte qu’il est un érudit du Vif et un homme donnant de bons conseils.

dimanche 23 juin 2024

L'oeil du loup

Quand Oeil-de-Nuit est mort, Fitz a dû continuer de vivre. Bien qu’entouré de gens tenant à lui et tentant de lui montrer de l’affection, Fitz était en réalité seul. En tout cas, Fitz n’a plus été le même dès que le loup est mort. Et même si Kettricken ou le Fou tentent de l’aider et le soulagent quelque peu, c’est une peine qu’il porte. Fitz croit que les autres ne se rendent pas compte de sa détresse. C’est faux. On en a un exemple avec Trame.


Trame a le Vif. Il est présenté comme un homme important pour les gens doués de cette magie. Il est un individu respecté et écouté qui n’a pas le besoin de répandre la peur pour y arriver. Il est le contraire d’un personnage comme Laudevin. Trame est un homme patient, qui s’exprime sur le même ton. Il est aussi un fin observateur des gens. Très vite, il comprend en regardant Fitz qu’il a le Vif et la nature de son lien. Il le lui dit clairement dans le tome le Dragon des glaces : « votre loup transparait toujours dans vos yeux. Vous croyez que, si vous ne bougez pas du tout, personne ne le remarquera ; cela ne marche pas avec moi, jeune homme ». C’est une comparaison intéressante car, le fait de rester immobile, est souvent associé à être une proie. Fitz a-t-il perdu certaines de ses qualités de prédateurs en même temps qu’en perdant Oeil-de-Nuit ?

Il est difficile d’avoir un avis tranché. Comme Jinna en son temps lorsqu’elle examinait les lignes de main de Fitz, Trame se rend compte que Fitz est un être complexe et qu’il y a plusieurs facettes en lui. Ainsi, en remettant en cause l’éducation de Burrich, il réveille l’aspect dangereux de Fitz (« vous avez le meurtre au fond des yeux »).

En réalité, c’est Trame qui nous fournit sans doute la description la plus précise de Fitz, post la Reine Solitaire. Il dit qu’ « on dirait que vous avez oublié ou perdu, je ne sais comment, une partie de vous-même ». Cela n’est pas lié à la mort du loup mais à un événement qui a eu lieu bien avant, quand Fitz a donné certains de ses souvenirs et de ses émotions les plus douloureux à la Fille-au-dragon. Il avait vu là une opportunité de réduire sa douleur. Cela a certes fonctionné mais il en a payé le prix : il s’est coupé du monde, il a regardé d’autres faire leur vie, il n’a pas cherché à retrouver Molly, etc.


Un autre point de discorde est la façon dont Fitz voit le Vif. Trame ne comprend pas pourquoi Fitz se cache autant, d’autant plus que, même si les Pie sont virulents, la reine Kettricken offre la sécurité aux gens du Vif. Trame ne comprend pas non plus pourquoi Fitz ne cherche pas à en savoir plus cette magie, les membres des communautés. Il adresse à Fitz un avertissement déguisé quand il enseigne une leçon à Leste : «  alors baptise-toi Pie, car c’est ce que tu deviendras (…) Ou bien proscrit (…) Mais je ne comprends pas pourquoi quelqu’un se couperait volontiers de ses semblables ».

Trame n’est pas insensible ; il sait que Fitz n’a pas terminé son deuil (« je comprend que vous pleuriez encore votre loup et je trouve ça normal ; vous baisseriez dans mon estime si vous vous précipitiez dans une nouvelle relation à seule fin de soulager votre sentiment de solitude »). On peut dresser là un parallèle avec un enseignement de Rolf le Noir : se lier à un animal prend du temps, ce n’est pas un geste anodin, il doit être réciproque et réfléchi car il engage. Mais, cela ne veut pas dire qu’il faut se fermer au Vif. Trame le lui reproche : « vous ne devriez pas tourner le dos à votre magie ». D’autant plus que le clan de Vif de Devoir est plus ou moins officiel : Trame, Leste, Nielle accompagnent le prince quand il se lance dans sa quête de Glasfeu.


Des années plus tard, au début de la sage du Fou et de l’assassin, Fitz ne s’est toujours pas lié et il transmet les mêmes sensations aux gens du Vif : de la peine, de la solitude et une douleur diffuse. Trame y est sensible, presque désespéré. On sent toute sa compassion dans ses propos quand il dit que « ce n’est pas naturel, Tom ; vous êtes si seul que votre présence provoque des échos dans mon Vif. Vous devriez vous ouvrir à la possibilité de vous lier à nouveau ; ce n’est pas, pour quelqu’un du Lignage, de rester aussi longtemps sans compagnon ».


Malheureusement pour Trame, Fitz ne se liera plus jamais à un animal.

dimanche 14 novembre 2021

Suicide et envie de mourir

Le Royaume des Anciens n’est pas qu’une histoire de Dragons contre les Serviteurs. Ce sont aussi des hommes et des femmes, des bateaux magiques, des animaux et tout un tas de créatures qui ressentent des choses, certaines négatives, certains qui les dépassent et peuvent les mener au suicide.

Il n’est pas étonnant de voir que la première référence au suicide concerne Fitz. Le bâtard royal est bien connu sa forte capacité à s’apitoyer sur son sort et vivre pleinement ses émotions. Elles le débordent fréquemment. Fitz est formé à l’Art par un professeur (Galen) cruel et méchant qui profite de son autorité et son pouvoir pour manipuler l’esprit de Fitz. Il y trouve des points faibles et le pousse à essayer de se suicider. Le lecteur suit la lente agonie de Fitz, sa pénible traînée vers la mort (« l’esprit ancré sur une seule idée, je me mis en route vers le mur bas, j’avais l’intention de me hisser sur un banc et, de là sur le sommet du mur. Ensuite, la chute. Et rideau. ») Mais, Fitz a des amis, des compagnons qui tiennent énormément à lui et sont prêts à beaucoup pour l’aider et le sauver, malgré tous ses défauts. Doué du Vif, Fitz est lié à Martel, un chiot, qui partage toutes les peines et douleurs de Fitz, mais qui a en lui suffisamment de positif pour prendre le dessus. Fitz est sauvé de justesse par Martel. Le chien « pleurait à l’unisson de mes souffrances physiques et mentales. Et alors que je cessai de chercher à me rapprocher de l’enceinte, il explosa dans un paroxysme de bonheur et de victoire pour nous deux. Je ne pus rien faire d’autre pour le récompenser que ne plus bouger, ne plus essayer de e détruire ; et il m’assura que c’était assez, que c’était une plénitude, que c’était une joie ».

Tout donner pour sauver un autre, quelqu’un on aime, Fitz le fait également. Quand l’énergie de Vérité est sucée par Galen, il est prêt à tout donner, sa vie comprise, pour sauver son oncle, le seul homme de sa famille qui l’a sincèrement aimé. C’est un geste courageux de sa part, un geste désespéré d’un neveu pour un oncle aimé (« je projetai toutes mes forces en Vérité, toutes mes réserves que j’ignorais posséder (…) prenez tout, de toute façon, je vais mourir. Et vous avez toujours été bon pour moi quand j’étais enfant »). La famille occupe une place importante : on peut mourir pour sauver un proche, on peut décider de mourir en voyant les horreurs commises par un proche. Déjà affaibli physiquement par la vieillesse, le drainage d’Art par les membres du clan, le roi Subtil perd toute volonté de se battre et de vivre quand il voit ce dont Royal est capable pour prendre le pouvoir. Ce n’est plus un roi courageux, c’est un vieil homme pathétique dépassé par les événements et qui a baissé les bras : « j’ai changé d’avis, Fitz. Je crois que je vais rester ici et mourir dans mon lit cette nuit ».

Fitz, lui, continue sa route de souffrance. Il est torturé par Royal : on le bat, on lui dit sa femme Molly est en danger, que tous ses plans sont connus. Prisonnier dans un cachot, il n’a aucune chance de s’échapper. S’il veut survivre, il doit mourir d’après Burrich. Il faudra un long moment et de nombreux coups de poing pour que Fitz comprenne. Il décide alors de cesser de vivre dans son corps pour rejoindre celui d’Oeil-de-Nuit (« soudain tout devint facile, le choix limpide : abandonner ce corps-là pour celui-ci ; il n’était plus très efficace, de toute façon, et il était enfermé dans une cage. Inutile de le conserver. Inutile de demeurer un homme »). De retour à la vie grâce au Vif, Fitz n’est aimé que par une envie : la vengeance. Il veut tuer Royal et est prêt à tout pour y arriver, même donner sa vie. Il en fait la démonstration quand il se rend compte être tombé dans un piège des artiseurs royaux. Il s’empoisonne volontairement. Les réactions de ses opposants montent leur étonnement, leur incompréhension (« Guillot se dressa d’un bond, stupéfait, tandis que Carrod et Ronce prenaient une expression d’horreur et de dégoût »). Même Vérité qui le connaît si bien a la même réaction,, le prince es choqué : « ton suicide ? Quelque part, tout au fond de moi, Vérité était frappé d’horreur ».

Car, le suicide est mal vu dans les Six-Duchés. Cela est considéré comme de la faiblesse, de la couardise. On en a la preuve lorsque Fitz avale un pain de courage qui le prive de son Art et lui donne des idées noires. Fitz est alors en route pour traquer Glasfeu à Aslevjal. Il est accompagné de Trame, un homme qui a parcouru les Six-Duchés en long et en large, et connaît bien ses traditions, ses règles. Ses propos sont assez clairs quand il affirme que « je vous tenais en plus haute considération ; toutefois, étant donné votre accablement d’hier, j’ai préféré ne pas courir de risque ». La peur transparaît clairement, tout comme une forme de mépris. Fitz en a bien conscience, il comprend que cela peut affecter sa relation avec l’homme, qu’il a abordé un sujet tabou (« j’avais honte d’avoir seulement évoqué pareille idée. On a toujours regardé le suicide comme un geste de lâcheté dans les Six-Duchés »).

Savoir n’empêche pas Fitz d’avoir des idées noires, de céder à la fatalité. Et parfois d’envisager l’acte. Dans le Fou et l’assassin, c’est Ortie qui est témoin de son renoncement et le remet en selle à sa façon, en le bousculant, en qualifiant sa conduite d’inqualifiable, de honteuse pour quelqu’un comme lui. Ortie et Devoir connaissent bien Fitz, ils sont liés à lui par l’Art, ils ont remarqué que quelque chose n’allait pas et s’inquiètent. Ils décident de ne pas le laisser seuls alors qu’ils reviennent des Montagnes après la mort du vieux Roi Eyod (« Devoir m’a parlé il y a déjà plusieurs jours pour me dire qu’il te trouvait très morose, même pour des funérailles, et qu’il vaudrait peut-être mieux ne pas te laisser seul. Kettricken était là, et elle a ajouté que le voyage avait peut-être réveillé chez toi de vieux souvenirs, des souvenirs tristes. Du coup, me voici »). Mais, très vite, la bienveillance se transforme en colère de la part d’Ortie. Molly est morte et Fitz ne parvient pas à dépasser la mort de sa femme. Il a l’impression que lui seul a subi une perte alors qu’Abeille et Ortie ont perdu leur mère. Ses pensées le rendent aveugle à la douleur des autres. Il y a pire : il se répand dans l’Art, montre à tous ses peines et son ingratitude. Ortie le lui reproche : « debout sur un tabouret, un nœud coulant autour du cou ? En train d’affûter une lame sur ta gorge ? (…) La douleur ne cesse pas, alors supporte la, parce que tu n’es pas le seul à l’éprouver ». Elle insiste même en confessant même avoir tenté aussi (« c’est un mauvais exemple à donner aux apprentis, et puis tu n’es pas le seul à avoir été tenté de s’échapper par ce moyen »).

Vérité avait un talent pour l’Art inégalé. Il n’a pas que repoussé les Pirates Rouges, il est parvenu à construire son propre dragon de pierre et d’Art. S’il s’est lancé dans ça pour sauver les Six-Duchés, ce n’était pas sa seule motivation. L’Art le rongeait, l’affamait et le poussait à donner sa vie. Subtil lui dit que « l’appétit de l’Art est de ceux qui dévorent l’homme, pas de ceux qui le nourrissent ». Kettricken a tant souffert quand Vérité a forgé son dragon, elle a vu son mari s’éloigner d’elle, devenir insensible. Elle voit la même chose chez Fitz (« vous avez la même expression que Vérité quand il sculptait son dragon : il se savait lancé dans une entreprise dont il ne reviendrait pas »).

Se tuer peut aussi être une réponse à des gens qui ont subi de graves traumatismes. Évite a dû lutter contre une famille qui a cherché à la tuer. Ne trouvant aucune échappatoire, elle a cherché le meilleur moyen de se tuer (« je ne crois pas que je pourrais me trancher la gorge, mais me pendre oui. J’ai même appris le nœud nécessaire »). Astérie, elle, a été violée et laissée pour morte. Elle est « restée au milieu de cadavres, certaine de mourir bientôt » car elle ne voulait pas « continuer à vivre ». Mais, elle a survécu (« mon corps était plus fort que ma volonté »).

Et, il y a l’histoire tragique de la mère de Civil, de dame Brésinga. Alors qu’on la pensait manipulatrice, on se rend compte qu’elle n’est qu’un jouet dans la main d’hommes plus déterminés, bien plus violents et sans pitié. Les Pie la considèrent comme un jouet sexuel, ils la violent dans sa propre maison et l’obligent en menaçant son fils. Umbre rapporte à Fitz ce qui s’est passé : « Sa mère s’est suicidée, Fitz ; elle lui a envoyé un message où elle le suppliait de la pardonner et se déclarait incapable de continuer à vivre à sachant ce à quoi il était réduit pour acheter leur sécurité, alors même que les hommes la violentaient à loisir dans le fallacieux abri de son propre château ».

Le cas de Glasfeu est intéressant. On apprend dans le tome Adieux et retrouvailles que le dragon noir a voulu mourir. Prilkop est témoin de la tentative de suicide de Glasfeu, il rapporte à Fitz que Glasfeu « était plein de tristesse, malade comme d’une maladie ». Il était sourd à toute tentative d’encouragement, à toute parole d’aide. Le dragon « s’est enterré la glace ». Prilkop était impuissant : « j’ai essayé, j’ai parlé avec lui, supplié.. encouragé, mais il s’est détourné pour chercher la mort ». Des années plus tard, un Glasfeu revenu à la vie récoltera du dédain de la part de Tintaglia. Elle se moquera de son attitude, de son moment de faiblesse ; elle ne comprend pas comment un Seigneur des Trois Règnes (le ciel, la mer, la terre) a pu s’abaisser à ce point : « Sache d’abord ceci : Glasfeu est un pleutre. Un dragon qui préfère s’ensevelir dans la glace plutôt que de se venger, par crainte pour sa propre sécurité, n’est pas un dragon ! » On apprendra dans le Destin de l’assassin que Glasfeu a été trompé et empoisonné, ses pensées devenues confuses (« comment, alors que je me battais contre vous, vous m’avez rempli l’esprit d’une malédiction ? (…) A l’époque je me suis enfui. Vous m’avez couvert de honte ! »)

Parangon, la vivenef, a également essayé de mourir. Après ce qu’elle a vécu avec Igrot et Kennit, elle n’a pas voulu continuer à naviguer. Elle a tout tenté, se noyer, se brûler mais rien n’y fait (« j’ai essayé de mourir ; je pensais que j’allais mourir, mais je n’ai pas plus besoin d’air que de nourriture »). Elle a survécu et a vécu une vie misérable jusqu’à tomber sur Ambre, Brashen et Althéa.

samedi 2 septembre 2017

Le Vif

Appelé « Magie des Bêtes » par certains, « Lignage » plus tard dans l'histoire, le Vif est un des éléments essentiels du récit. Nombreux sont ceux qui utilisent cette magie : membres de la famille royale, maître dans leurs domaines,et autres. Cette magie a une très mauvaise réputation, à un point que les utilisateurs doivent se cacher pour ne pas avoir à subir des terribles représailles.

Chronologiquement, dans la Farseer Trilogy (tome 1 à tome 6 en version française), le Vif est condamné. Quand Kettricken accède au pouvoir, elle cherche à changer l'avis de la population sur la magie. Même quand Devoir est capturé par le groupe des Pie, elle reste ferme. Ensuite, quand Devoir va à la chasse au Dragon Glasfeu, il est accompagné d'un clan de Vif, preuve de sa nouvelle importance.

Le Vif est entouré de beaucoup de préjugés, on lui prête des utilisations qui ne sont pas réelles. Ce sont des traditions, des histoires répétées encore et encore par des individus qui ne savent pas que la magie est enseignée, a ses règles et pratiques.
Nous trouvons un exemple dans le tome « Le poison de la vengeance » au moment de la foire à l'embauche. La nuit est tombée et Fitz entend des nouvelles de Cerf. Parmi elles, il y a celle-ci : « il paraît qu'il a le Vif et qu'il est capable de se transformer en loup à la lumière de la lune ». Si Fitz s'est déjà mis dans la peau d'Oeil-de-Nuit, cela n'a été qu'à une occasion et avec beaucoup d'efforts de sa part.
Dans la seconde trilogie, Fitz (Tom Blaireau) se retrouve pris dans une bagarre qui se solde par la mort brutale, sanglante et violente de membres des Pie et de leurs animaux de lien. En pleine convalescence, il s'en va voir Jinna, une femme attirée par lui, mais aussi une sorcière des haies. On pourrait la croire tolérante, sensible à la magie du Vif, puisqu'elle possède aussi un don. Pas du tout ! Elle aussi reste à la surface des choses, ne voyant dans le Vif que son côté le plus sombre (« Tom, tu as trois hommes plus un cheval. N'est-ce pas le loup qui agissait ? N'était-ce pas ton Vif ? »)

Pour autant, elle n'a pas tout à fait tort. On peut se servir du Vif pour tuer, Royal en sait quelque chose. L'Usurpateur a été tué par un petit furet à qui on avait gravé un ordre de Vif extrêmement puissant accompagné de l'image du Roi Royal. Petit Furet n'avait que ça en tête (« la mort de son compagnon de lien avait rendu l'animal à moitié fou »).

Que risquent les utilisateurs du Vif ? Laudevin nous apporte la réponse. Une réponse effroyable et on peut comprendre pourquoi il veut autant faire tomber la maison des Loinvoyant. Il nous parle des membres de sa famille : « bien qu'on l'ait pendue, elle était encore vivante lorsque la hache l'a découpée en morceaux qu'on a jetés au feu ». 

Très tôt, Fitz est suspecté d'avoir le Vif. C'est Burrich dès les premiers chapitres qui s'en rend compte et décide d'éloigner un chiot de lui. Ce seront plus tard les artiseurs. Quand Fitz ne parvient pas à sauver une gamine des griffes et dents des forgisés, les soldats jettent un regard sur le corps de la fillette et certains vomissent tellement ils sont choqués. Mais aussi parce qu'ils voient des morsures de bêtes. Sara la cuisinière fait part à Fitz des ragots : « et ceux qui disent que tu te bats comme une bête parce que tu es plus qu'à moitié animal racontent des menteries et des méchancetés. » Certes, Fitz a tendance à agir comme un possédé durant les batailles, à un point qu'il se fond dans la masse des combattants et se coupe de toute transmission d'Art. Cela lui jouera des tours lors de la bataille de Finebaie quand une servante passant par là croira qu'il est un homme-loup.

Pour beaucoup de gens, Fitz est mort dans les cachots de Castelcerf à cause de son emploi du Vif. Pour Burrich, il est décédé un peu plus tard après leur terrible dispute quand Fitz le remet à sa place et quand Burrich finit par se confesser et révéler son passé. Bien plus tard, des décennies après même, on saura enfin ce que l'ancien maître d'écuries a vu. Il vient en effet voir la Reine Kettricken et son conseiller Umbre pour récupérer son fils Leste qui vient de faire une fugue. Et ses paroles confirment le dégoût que lui inspire le Vif (qu'il nomme d'ailleurs souvent magie des Bêtes) : « quand j'ai découvert son corps, Fitz était mort depuis longtemps, sa chair rongée par de nombreux animaux.Il a succombé comme une bête sous l'assaut de créatures presque semblables à lui. » De tels propos ne peuvent qu'étonner de la part d'un utilisateur extrêmement doué avec cette magie et qui a montré de très solides compétences avec les animaux. Il est aussi le possesseur de techniques disparues, d'un savoir hors du commun. Trame l'identifie comme tel quand il se sert de son don pour guérir Fitz (dans le tome 12, l'homme noir) : « j'ai assisté à des opérations de ce genre (…) mais jamais sur un homme, ni avec autant de douceur ni d'efficacité ».

Dans « La fille de l'assassin », une scène poignante nous montre Fitz sauver une chienne et des chiots de l'avidité de leur maître. Ce dernier n'avait pas compris ou senti que la chienne lui était fidèle et recevait ses maigres signes d'affection comme le plus précieux des cadeaux. A cet instant, le Vif apparaît comme une malédiction pour Fitz, comme après sa tentative de tuer Royal et qu'il s'était retrouvé près du Cirque du Roi. 


Tout n'est pas noir avec le Vif, il a également des utilisations. Il permet de parler avec les animaux, d'avoir un compagnon de lien et comme Trame le dit, il relie « toutes les créatures vivantes et pas uniquement celles du Lignage ». Fitz et le maître d'Art sont d'accord sur un point, tous les êtres humains sont naturellement dotés de magie, et certains s'en servent sans savoir qu'ils la possèdent, de façon simple et instinctive. Fitz et Oeil-de-Nuit est le principal couple de Vif développé le long des romans et nous sommes témoins de la façon dont ils s'en servent. Ce sont parfois des aspects particuliers, à cause du caractère inédit du Fitz (il artise) : le loup se sert du pont d'Art pour défendre Fitz contre les intrusions des artiseurs, Fitz chasse avec le loup (ce qu'il prend pour des rêves), Fitz est sauvé de la mort quand on le transfère d'un corps à un autre, il permet à Fitz de communiquer avec les animaux qui lui ouvrent leur esprit (chevaux, chats, oiseaux, etc.), il sent la présence des gens même quand ils sont cachés, etc.

Tawny man trilogy

Dans cet article, je vais rapidement résumer la suite des aventures de Fitz, qui se fait maintenant appeler Tom Blaireau (le Fou devient Sire Doré). L'article va donc dévoiler des éléments de l'intrigue. A la fin du cycle précédent, Fitz, Oeil-de-Nuit et leur fils adoptif Heur vivent dans une cabane retirés du monde. Kettricken est devenue la Reine des Six-Duchés, épaulée par Umbre. 

Le tome sept, le Prophète blanc, s'ouvre sur un Fitz qui a vieilli et qui se fait désormais appeler Tom Blaireau. C'est à mes yeux plus un livre de transition qui permet à Robin Hobb de faire un point sur l'histoire, de placer de nouveaux personnages et de lancer les événements qui semblent toujours suivre le Fitz. Ainsi, grâce aux retours d'Umbre et du Fou, elle nous met au courant d'un certain nombre de choses qui se sont passées. Au final, le rythme est assez lent et Fitz se révèle parfois agaçant (oui oui encore, même s'il n'est plus adolescent).
L'intrigue se porte à ce moment sur la question du Vif qui menace la stabilité du Royaume (le prince Devoir a été enlevé par un clan du Vif). Fitz n'est plus le jeune homme qu'il a été et Oeil-de-Nuit encore moins. Les deux semblent avoir été durablement marqués par leur exil au contraire des autres personnages qui s'épanouissent en même temps que les fonctions qu'ils occupent (le Fou est riche, Umbre séduit des femmes en tant que Conseiller de la Reine, Kettricken est la Reine et tout dans son attitude le montre). De nouveaux personnages sont introduits et développés (Heur, Laurier) et on a des nouvelles des anciens personnages du précédent cycle (Astérie, les différentes maîtresses de Castelcerf).

Le tome huit, La secte maudite, se concentre sur la chasse du Fou et de Fitz pour retrouver le Prince Devoir. Et Oeil-de-Nuit meurt. OUI OEIL-DE-NUIT MEURT. Cela éclipse tout ce qui se passe dans le livre : les retrouvailles de Fitz avec son fils (rappelez-vous, il a prêté son corps à Vérité la nuit où celui-ci a eu une dernière passion avec sa femme), les combats nombreux et parfois violents, le jeu d'acteurs entre le Fitz et le Fou pour cacher aux autres la nature et la profondeur de leurs liens (le premier étant officiellement le serveur et garde du corps du second). En perdant le loup, Fitz perd plus qu'une partie de lui-même, de ses sens et cela est pareil pour le lecteur que j'ai été. Oeil-de-Nuit va me manquer.
Pour le reste, la mission est menée à bien et après la très belle scène de l'auberge sur le chemin du retour, Fitz devient le maître de Vif et d'Art du prince Devoir. Et ce dernier commence à quel point il peut taper sur les nerfs (« Non, je suis seul, Tom Blaireau. Pour toujours »).

Le tome neuf, Les secrets de Castelcerf, peut aussi lui être vu comme un épisode de transition. Fitz vient de mener à bien sa mission et commence à enseigner l'Art au prince, des personnages qui pourraient former un clan d'Art sont évoqués (Ortie, Lourd). Le bâtard royal se comporte comme un rustre avec le Fou quand celui-ci reçoit la visite de Jek (si vous ne le savez pas, Jek est une femme tirée des Aventuriers de la Mer et a vécu auprès du Fou quand celui-ci se faisait appeler Ambre), Fitz doute donc du sexe du Sire Doré (le Fou) et le harcèle presque, ce qui fait que les deux se brouillent.
Parallèlement, il convient à ce stade de préciser un fait : le Prince Devoir était promis à Elliania, une narcheska, une sorte de Princesse des îles d'où venaient les Pirates Rouges. Nos deux tourtereaux (officiellement car leur futur mariage arrangé n'est pas de tout repos, Devoir multipliant les gaffes et les bouderies) s'engagent donc dans des fiançailles. A la fin du tome, la jeune femme lance un défi à Devoir : il devra aller à la chasse d'un Dragon pour lui faire plaisir et conquérir son cœur. Sacré défi ! Et là, il s'agit d'un vrai Dragon, pas un en pierre (n'est ce pas Madame la Reine ?). Bien entendu, Devoir accepte.

Dans le tome 10, Serments et Deuils, Fitz a failli mourir. Oui encore. Présentons rapidement les faits. Un clan de Vif continue ses intrigues politiques et veut détruire la lignée des Loinvoyant en révélant que Devoir a la magie des bêtes. Horreur. Pire, ils veulent annoncer que le bâtard-au-Vif, tueur du Roi Subtil, est toujours vivant et fait le sale boulot dans l'ombre. Et, comme souvent, Fitz va les tuer pour protéger sa famille et va se retrouver dans un sale état. Le moment où le clan d'Art (Umbre, Fou, Devoir et un serviteur appelé Lourd) nous permet de faire un retour dans le passé quand Robin Hobb évoque un certain nombre de blessures reçues par le Fitz (notamment lors des séances de torture par Royal et ses sbires dans les cachots). Bref, Fitz ne meurt pas et Devoir finit par apprendre sa véritable identité. Non pas qu'il est son père mais qu'il est son cousin. Oui oui, Fitz aime les secrets, vous le verrez par la suite. En parlant de secrets, devinez qui revient ? Burrich ! Oui, le vieux maître d'écuries devenu aveugle mais qui a su conquérir, lui, le cœur de la courageuse Molly. On se souvient que Fitz avait été particulièrement odieux avec lui dans le tome 4, Le Poison de la vengeance. Fitz fait donc la connaissance de Leste, un des fils de Molly et Burrich, et devient un de ses précepteurs. Ortie et Fitz continuent à se parler en secret grâce à l'Art, Heur se fait manipuler par une fille.
Nous en apprenons un peu plus sur le Fou, son histoire et ses motivations mais aussi sur celle qui se fait appeler la Femme Pâle et qui était à l'origine de la guerre des Pirates Rouges.

Au début du tome 11, le Dragon des glaces, Umbre et le Fou se disputent la loyauté de Fitz. Umbre veut tuer le Dragon pour que Devoir et sa promise se marient, le Fou veut sauver le Dragon pour lui permettre de s'accoupler avec la survivante du Désert des Pluies (voir les Aventuriers de la Mer). Il livre d'ailleurs un très beau discours sur la nécessité de réintroduire les Dragons dans notre monde et les changements que cela impliquerait chez les hommes et la façon de voir le monde (« vous ne possédez pas la terre à laquelle vos corps finissent par retourner, et elle ne garde pas le souvenir des noms que vous lui donnez »).
Très protecteur et parce que le Fou lui a dit qu'il allait mourir au cours du périple, Fitz empêche le fou d'embarquer avec la troupe qui part à la recherche de Glasfeu le Dragon. Arrivés à la maison maternelle d'Elliania, nos amis font face au rude accueil des locaux. Pas de nourriture douce, pas de confort démesuré. Mais heureusement, Devoir finit par voir la poitrine de la promise et plus rien ne sera pareil.
Les forces se divisent : certains nobles qui accompagnaient le Prince restent sur place pour faire du commerce et nouer des alliances alors que l'héritier du Trône s'en va avec quelques uns accomplir sa mission. Direction un glacier. Et le Fou les attend. On imagine d'ailleurs à ce moment-là assez facilement la scène.
Trame (le maître du Vif) brille toujours autant par sa sagesse, nous assistons à une scène mémorable où Devoir et Ortie (presque frères et sœurs) font connaissance dans un moment d'Art, et où Ortie envoie une réplique bien salée au Prince : « Prince Mal-Élevé, je suis la reine Je-N'en-Crois-Pas-Un-Mot des Sept-Fumiers ».

Lors du tome 12, l'Homme noir, on obtient beaucoup de réponses. On en apprend plus sur la guerre des Pirates Rouges, on en apprend énormément sur la nature du Fou, on voit à quel point Fitz aime le Fou. C'est aussi un livre de rencontres et de retrouvailles. Nous découvrons enfin la Femme Pâle, Burrich finit par savoir que le Fitz est vivant mais meurt. Oui, le presque père du Fitz meurt, tué par un Dragon. Car les Dragons reviennent après que Fitz décide de changer le cours des choses. Les Dragons reviennent donc et le Fou meurt. Plus de Fou, plus d'Oeil-de-Nuit. Mais que va devenir Fitz ?
Devoir conquiert définitivement le cœur de sa dulcinée. L'identité secrète de Fitz est révélée au grand jour. Burrich abat un Dragon. Leste aussi. La Femme Pâle tente Fitz.

Le tome 13, Adieux et retrouvailles, voit le Fitz ressusciter son vieil ami le Fou. Cette fois-ci, pas de Vif comme pour Fitz à la fin du tome 3 mais une vieille technique de la magie de l'Art. Bref, Le Fou est de retour et s'en va. Oui, il s'en va, coupe tous les liens avec Fitz et décide de repartir dans son pays natal. Pauvre Fitz ! Mais, Fitz est un coquin et s'en va retrouver Molly et ses nombreux enfants (Burrich n'a pas perdu son temps). Il retrouve sa fille Ortie, ne sait pas comment faire avec elle et finalement il choisit la tactique « Umbre » en débarquant dans sa chambre au beau milieu de la Nuit.


Les Dragons tuent des bœufs et se reproduisent, Devoir épouse Elliania, Astérie tombe enceinte, Heur devient ménestrel etUmbre continue ses petites expériences dans son coin et c'est la fin.