Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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samedi 28 août 2021

Abandon et rejet dans l'apprenti assassin

La première scène de l’Apprenti assassin s’ouvre sur une séparation. On y voit un grand-père se séparer de son petit-fils, séparer un fils de sa mère. Le bâtard est le fils d’un prince et son prénom n’est pas prononcé. C’est un petit être qui ne comprend pas ce qui lui arrive, il est passif. On le tient par la main, on entend la femme en arrière-plan et c’est tout. Elle n’a pas de visage mais c’est une mère désespérée qui aurait aimé garder son fils près d’elle. C’est assez clair car on lit que « la femme lança une dernière supplication. Les paroles en sont parfaitement claires à mon oreille, le désespoir d’une voix qui aujourd’hui me paraîtrait jeune. « Père, je vous en prie, par pitié ». Tous ces mots, toutes ces attitudes ne déclenchent aucune réaction chez le jeune enfant. Il attend de voir ce qu’on fera de lui.

Très vite, on apprend que c’est le fils du Prince Chevalerie et donc le petit-fils du Roi Subtil. Ce dernier décide de le faire vivre à Castelcerf, il ne le rejette pas. Contrairement à Chevalerie qui fuit la cour et la succession dès qu’il apprend qu’il a un bâtard ; il se moque de savoir les répercussions sur Fitz : on rend l’enfant plus ou moins coupable de l’abdication du prince par exemple. Fitz pénètre alors dans un monde qui lui est inconnu, guidé par un homme (Burrich) qui y évolue à la marge. Le maître d’écuries est sans aucun doute la personne la plus importante des écuries, il n’est rien dans le monde de la noblesse. Fitz est plus ou moins sans surveillance, il va et vient, il découvre la ville. L’éducation d’un membre de la famille royale n’intéresse personne jusqu’au jour où Subtil tombe sur lui. L’œil royal repère un potentiel outil et Subtil s’assure de la loyauté de Fitz (« A présent, tu m’appartiens (…) dorénavant, tu ne seras plus obligé de manger les restes de personne. Je m’occuperai de toi, et je m’en occuperai bien »). L’implacable machine royale se met en place et de petits entraînent de profonds changements pour Fitz. C’en est fini de dormir avec chiens, chevaux et Burrich dans les écuries, il a désormais sa propre chambre. Cela le perturbe grandement, et pas seulement parce que Burrich s’occupe de lui depuis des mois. Il perd aussi la compagnie des animaux qui l’avaient jusque là enveloppé dans un bulle protectrice : « les chevaux et les chiens rêvent (…) leurs rêves étaient pour moi comme les effluves odorants de la cuisson du bon pain (…) isolé dans une pièce aux murailles de pierre, j’avais tout le temps de m’immerger dans ces cauchemars dévorants, douloureux, qui sont le lot des humains ».

Subtil le confie à Umbre, un homme étrange qui baigne dans une atmosphère de secrets et de dissimulation, ce qui d’ailleurs contaminera Fitz et lui créera beaucoup de soucis dans sa vie privée. Umbre a pour mission de le former en tant qu’assassin et d’assurer sa loyauté, son attachement au trône, aux Loinvoyant et aux Sis-Duchés. Comme il est l’une des rares personnes qui lui parle, Fitz s’attache à lui. Il prend également plaisir à réussir ses mises à l’épreuve. Malheureusement, Umbre veut savoir si il peut réellement compter sur Fitz et il confie à Fitz une mission (voler quelque chose à Subtil) que ce dernier refuse. La réaction d’ Umbre est alors impitoyable, il use de mots durs et cinglants qui rabaissent Fitz. Pire, les termes impliquent que Fitz est presque un traître. Fitz est alors rejeté par Umbre (« Et en plus, tu dissimules ta lâcheté sous de beaux discours sur la loyauté ! Tu me fais honte ! Je te croyais davantage de cran, sans quoi jamais je ne t’aurais pris comme élève »). S’ouvre alors une période sombre pour Fitz où rien ne parvient à lui remonter le moral. Il erre comme une âme en peine dans le château et pas même la compagnie des animaux ou de Burrich ne lui remonte le moral. Il faudra l’intervention de Subtil pour tirer Fitz de sa morosité morbide : Umbre et lui se réconcilient. Cette réconciliation dépasse le cadre de cet exercice, elle montre que Fitz avait accumulé beaucoup de peines en lui depuis des mois ; Cet incident a créé un trop-plein : « je crois que je versai toutes les larmes que j’avais retenues depuis le jour où mon grand-père avait obligé ma mère à m’abandonner. « Maman » m’entendis-je crier. »

Subtil permet également à Fitz d’être formé à l’Art. Galen est chargé de cet enseignement et il accueille un bon nombre d’élèves. Ses méthodes sont brutales et visent à exclure les futurs artiseurs du reste de la population. Galen fait tout pour que le reste des gens paraisse sans intérêt car non pourvu du talent d’artiser. Il sépare donc Fitz de tous ces gens du commun. Mais, l’enseignement se passe mal pour Fitz. Galen a une profonde haine pour lui, il le méprise, le trouve déshonorant pour la lignée de Chevalerie. Dans un accès de colère, il bat Fitz et le laisse agonisant. Via l’art, il embrume son esprit, lui instille des idées sombres. Fitz est totalement abattu, à la limite de vouloir basculer et en finir. On lit ainsi qu’il a « l’esprit ancré sur une seule idée ». Les lignes qui suivent évoquent clairement l’envie de se suicider : « je me mis en route vers le mur bas ; j’avais l’intention de me hisser sur un banc et, de là, sur le sommet du mur. Ensuite, la chute. Et rideau. Martel (le chien offert par Patience, la femme de Chevalerie et revenue au château royal) le sortira de sa torpeur. Après une convalescence, Fitz repend sa place au sein du groupe. C’est ce qu’il espère en tout cas car ses condisciples le rejettent (« Tant de haine ! Oh comme ils me haïssaient »). Dès lors, Fitz évolue au marge du groupe, Galen le considère à peine. Quand vient le temps de l’examen, il l’envoie dans un lieu désolé : Fitz doit attendre des instructions claires pour revenir. Mais, elles ne viennent pas. Pire, il est témoin de l’agression de Burrich et de la mort de Martel son chien. Il est impuissant. A son retour, Burrich le rejette (« bâtard ou pas, tu aurais pu être le digne fils de Chevalerie, mais tu as tout gâché, et pour quoi ? Pour un chien ! ») Dès lors, Burrich fait en sorte de ne plus avoir aucun rapport avec Fitz. Et pire, il refuse d’admettre le rôle de Martel dans sa survie, ce qui laisse penser à Fitz que son chien est mort dans l’indifférence totale.

Des mois plus tôt, quand Fitz a été confié à la famille royale, c’est Burrich qui s’en est chargé. Ne sachant réellement quoi faire de ce gamin, il a fait ce qui lui semblait juste en le confiance à Renarde, sa chienne. Fitz a tout de suite trouvé sa place dans ce petit groupe (« je m’avançai d’un pas hésitant parmi eux et finis par m’étendre à côté d’une vieille chienne au museau blanchi qui arborait une oreille déchirée ») qui lui a permis de rencontrer Fouinot, son premier compagnon de Vif. Les deux ont alors un lien fort et passent un bon nombre de moments ensemble à Castelcerf. Cela déclenche la suspicion de Burrich. Hostile au Vif qu’il considère comme une perversion, il décide de briser le rapport entre Fitz et Fouinot : « je gémis, puis hurlai en griffant la porte en et m’évertuant à le percevoir à nouveau. Il y eut un brusque éclair de douleur écarlate et Fouinot disparut. » On comprend que Fitz est convaincu que Fouinot est mort et que c’est Burrich l’instigateur. Burrich persiste à surveiller Fitz, il ne veut pas que le fils de son vieil ami Chevalerie succombe au Vif. Fitz, lui, n’a pas d’autre chose que vivre auprès de Burrich.

Bien plus tard, dans les Montagnes, une délégation a été envoyée pour sceller le mariage entre Vérité et la princesse Kettricken. A sa grande surprise, Fitz retrouve Fouinot ; Burrich ne l’a pas tué mais envoyé là-bas. C’est le prince Rurisk qui l’a accueilli. Fitz et Fouinot se retrouvent (« il ne faisait aucun doute que c’était désormais le chien de Rurisk ; l’intensité du lien qui nous unissait avait disparu ; mais il m’offrit une grande tendresse et des souvenirs chaleureux »). La joie de ces retrouvailles est bien utile à Fitz car il se trouve pris dans un complot qui le dépasse. Royal, son oncle, a décidé de tuer Vérité et d’épouser Kettricken. Mais, pour cela, il doit se débarrasser de Fitz (et Burrich). Fils de Subtil, Royal use de son autorité pour les convoquer : il fait assommer Burrich et pousse Fitz à la noyade. C’est sans compter l’intervention de Fouinot qui donne sa vie et son énergie pour sortir Fitz de l’eau. Fouinot est mort. La disparition du chien ne crée pas qu’une douleur immédiate à Fitz, elle lui procure également une peine diffuse et permanente (« les hommes ne pleurent pas leurs morts avec l’intensité des chiens. Mais nous pleurons de longues années »).


mardi 21 novembre 2017

Ce que nous savons de la mère de Fitz

L'article spoile la farseer trilogy et la tawny man trilogy.


Le premier tome, L'apprenti assassin, s'ouvre sur une séparation. Le grand-père maternel remet à la famille royale le bâtard du prince Chevalerie. Fitz, comme il sera appelé plus tard par Burrich, ne fait preuve d'aucune résistance, il ne pleure pas. C'est tout le contraire de sa mère : bien qu'on ait très peu d'informations, on sait qu'elle n'était pas partisane d'abandonner Fitz. On peut lire : « Père, je vous en prie !  fit la voix de femme d’un ton suppliant ».

Plus tard, Fitz est donc installé au château de Castelcerf et apprend tant bien que mal à vivre. Il devient l'apprenti d'Umbre et il est envoyé faire des courses au marché du Bourg. Il tombe alors sur deux marchandes :

  • La propriétaire était une vieille femme aux cheveux plus argentés que blancs ou gris ; elle avait le nez fort et droit et les pommettes hautes et osseuses. Cet héritage racial m’était à la fois étranger et curieusement familier, et un frisson me parcourut l’échine lorsque je compris soudain qu’elle venait des Montagnes.
    « Keppet », dit la femme de l’étal d’à côté alors que j’achevais mes achats.

On apprend donc à ce moment-là le réel prénom de Fitz et on a la confirmation que sa mère venait des Montagnes (on pouvait le supposer vu l'endroit où il a été recueilli par les Loinvoyant).

Si Fitz conserve très peu de souvenirs de sa mère, il y a parfois quelques indications ou allusions à elle. C'est par exemple sa facilité à se rappeler le chyurda (la langue des Montagnes) ou encore une remarque d'Astérie quand elle lui coupe les cheveux (« C’est rare, un Cervien qui pique de tels fards ; votre mère devait avoir le teint clair. »)

Mais, la plupart des souvenirs de sa mère lui seront rendus grâce à l'Art et aux dragons de pierre.
Caudron et Fitz ont eu un échange d'Art intense où ils se sont dévoilés l'un à l'autre et la vieille femme a pu voir ce que Fitz refusait de se remémorer.
  • « Votre mère vous aimait, dit-elle à mi-voix. Vous prétendez ne pas vous souvenir d’elle mais, en réalité, vous ne lui pardonnez pas ; pourtant, elle est là, avec vous, dans vos souvenirs. C’était une Montagnarde grande et belle, et elle vous aimait. Ce n’est pas elle qui a décidé de se séparer de vous. »
Et bien plus tard, on aura la confirmation de tout ceci quand à la fin du tome 13 (Adieux et retrouvailles), le Fou rendra à Fitz les souvenirs qu'il avait enfouis dans la Fille-au-Dragon :

  • « Je n’avais pas oublié ma mère, jamais ; je l’avais enfermée à double tour dans un recoin de mon coeur sans jamais accepter de lui ouvrir la porte, mais elle demeurait en moi, avec ses longs cheveux d’or au parfum de souci. (...) Tout me revint en un éclair, et je me remémorai ma mère qui m’appelait dans les pâtures où, malgré mes cinq ans, je participais déjà à la surveillance des bêtes. « Keppet, Keppet », lançait sa voix claire »

samedi 2 septembre 2017

Quelques souffrances de Fitz

Tout le long de ses aventures, Fitz a traversé un certain nombre d'épreuves et d’événements. Certains ont été des moments de joie (chasse avec Oeil-de-Nuit, amour de Molly, partage d'Art avec Vérité, péripéties avec Kerry, etc.) mais beaucoup ont meurtri son corps et son esprit. Ce ne sont pas seulement des blessures récoltées lors de la guerre contre les Pirates Rouges ou lors de chasse des forgisés mais des souffrances infligées par des membres de sa propre famille ou par des gens qu'il aimait.

Lors du tome 6, Caudron a des propos qui résument parfaitement la situation de Fitz. Alors que Vérité cherche comment ranimer son dragon, Caudron propose la solution évidente : prendre Fitz. Mais Vérité refuse ; « il dit que vous aimez trop votre vie et qu'il exclut de vous la prendre, que vous déjà dû renoncer à trop de bonheurs pour un roi qui ne vous a donné que des peines et des épreuves en guise de remerciement ».
La référence à Subtil (et plus largement à la famille royale) est explicite : le vieux Roi a livré son petit-fils à la fureur et la haine de Royal lors du mariage de Kettricken et de Vérité au Royaume des Montagnes, il a refusé que Fitz épouse Molly en lui préférant Célérité.

Et puis, il y a cette scène où Fitz se vide de ses peines et souffrances dans la femme-au-dragon. Pourquoi fait-il ça ? Par l'intermédiaire de l'Art, il vient de voir son seul et unique amour se jeter dans les bras d'un autre homme, et pas n'importe lequel, mais celui qui l'a élevé et qui a été son mentor : Burrich. Fitz ayant tendance à souvent voir le côté négatif des choses et à faire des actes extrêmes, il n'est pas étonnant de le voir agir comme ça .

Regardons plus en détail certaines souffrances.


  • « prends mes souvenirs de ma mère et les émotions qui les accompagnent »
Fitz a été abandonné par sa mère et remis aux soldats royaux très tôt. Il ne garde aucun souvenir d'elle, en fait très peu mention ; cependant on peut penser que la femme qui l'appelle « Keppet »lors d'un marché à Castelcerf est sa mère. Mais ce n'est pas que ça : jusqu'à l'arrivée de Patience, Fitz a eu très peu de présence féminine dans son entourage. Et cela lui manque, notamment dans son rapport avec les femmes. On peut aussi faire référence à cette scène où le Fou lui demande comment il réagirait s'il apprenait que Subtil avait tué son père, Fitz le prend très mal bien entendu (en fait, le Fou évoquait la Reine Désir, la mère de Royal).


  • « prends le garrot qui me serre quand je pense à Molly »
On l'a vu juste avant, Molly a fini par se mettre avec Burrich, croyant Fitz mort.
Molly, ce n'est pas qu'un amour de jeunesse et une folle passion mais elle était aussi pour Fitz synonyme d'évasion, loin des intrigues de la cour et des méchancetés. Malheureusement, Molly aura souffert des actes de Fitz et lui s'en veut.
Ce qui est triste est que jusqu'à ce moment, Fitz gardait un tout petit espoir de revenir de la quête et de reconquérir Molly. Et là, tout s'écroule, encore un sacrifice immense pour peu de satisfaction personnelle et égoïste en retour.


  • « Prends mes jours et mes nuits dans les cachots de Royal »
Fitz est mort et avant de mourir, il a été torturé, brisé physiquement et moralement. Son corps a subi les assauts répétés des coups des gardes de Royal en même temps que son esprit était tourmenté par l'Art de Guillot. Et comme si ce n'était pas suffisant, Royal en personne lui assénait de terribles nouvelles : la traque de Molly, la fuite avortée de Kettricken, etc.
Et seul dans sa prison, il n'a eu de cesse de revivre tous ces moments tragiques .


  • « prends mes souvenirs du sommet de la tour (…) alors que Galen se dressait au-dessus de moi »
La seule fois où il a voulu mourir. Même dans les cachots de Royal, il a fallu qu'il soit poussé par les demandes insistantes d'Oeil-de-Nuit et de Burrich, et même d'Umbre. Non, là, il était prêt à sauter du haut de la tour. Galen aura durablement et terriblement marqué Fitz.