Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

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samedi 1 mai 2021

Couleurs de peau dans l'Assassin royal et ses suites

Royaume situé au Nord du monde, les Six-Duchés sont dirigés par la famille Loinvoyant.
Fitz, le personnage principal de la saga, croise un bon nombre de personnes, qu’ils soient issus de la lignée royale ou du commun. Astérie est « comme la plupart des Cerviennes, elle était petite avec un teint sombre ». Ménestrelle, Astérie va de château en château pour gagner sa vie ; sa voix lui assure le gîte et le couvert. A l’opposé du spectre social, Auguste, un cousin de Fitz, bénéficie de ce que le Royaume offre de mieux. Il dort dans des draps propres chaque nuit, il est formé à l’Art et « il possédait la large carrure de Vérité (…) et le teint sombre des Loinvoyant. »
Des années plus tard, quand Devoir et Kettricken arrangeront une rencontre avec les gens du Vif, on y apercevra « une femme de petite taille au teint sombre ».

Fitz a également la même couleur de peau que les gens cités jusqu’à maintenant. Quand il arrive à Castelcerf, il lui faut de nouveaux habits et une tisseuse précise que «  ce bleu flatte son teint sombre. » Si on sait que Chevalerie est la père de Fitz, on en sait très peu sur sa mère, on en est donc réduit à des suppositions comme celle d’Astérie : « c’est rare un Cervien qui pique de tels fards, votre mère devait avoir le teint clair. » On retrouve dans la trilogie du Fou et de l’Assassin la même réflexion. Le Fou explique à Fitz une des raisons qui a conduit à sa présence à la cour du Roi Subtil, on lit que « les rêves disaient que tu viendrais du Nord, né d’une mère au teint clair et d’un père au teint sombre ».

Abeille est une des filles de Fitz et Molly. Elle naît différente, ce qui inquiète Fitz (« tous les enfants de Cerf n’avaient pas les yeux marron, le cheveu sombre et la peau mate mais la plupart de ses amis répondraient à ces traits. Et si elle ne grandissait pas comme eux, si elle restait petite et le teint blanc ? ») Fitz pense que la couleur de peau d’Abeille peut venir de sa grand-mère (née dans les Montagnes), le Fou lui pense qu’elle a pris de lui à cause du lien trop puissant entre Fitz et lui. Et, comme le Fou, Abeille est sujette à des transformations de couleur de peau (Prilkop l’avait déjà avertie lorsqu’ils étaient compagnons de cellule à Clerres) : « Abeille avait eu de la fièvre puis elle avait perdu une couche de peau pour révéler un teint plus pâle ».

Bordant la frontière sud-ouest des Six-Duchés se trouvent les Montagnes. Ce pays est peuplé de « chyurdas » et ils sont « grands, le teint pâle, les cheveux et les yeux clairs ». Quant à Kettricken, elle est introduite comme éloignée des standards de beauté de Vérité (« qu’allait il dire de cette grande femme au teint clair »). Dans le Fou et l’Assassin, le petit-fils de Jofron est décrit comme « un grand jeune homme au  teint clair ».

Le Fou est un cas particulier puisque sa couleur de peau évolue au fur et à mesure que ses accomplissements de Prophète ont lieu. Au début du récit, le bouffon du roi Subtil est présenté comme une « créature si étrange, avec un teint de papier mâché ». Il a le « teint aussi blanc et pâle que la cire de sa chandelle ». Dès la Voie magique, il commence à changer et c’est d’autant plus perceptible par Fitz qui ne l’a pas vu depuis un moment (sa tenue « accentuant sa pâleur bien plus que sa robe blanche habituelle et rendait plus visible, à mon avis, la légère couleur fauve qui gagnait son teint »). Ce n’est pas simplement que sa peau change de couleur, c’est qu’une nouvelle apparaît : « sa peau se détachait en grands lambeaux pour laisser apparaître un teint plus foncé ». Dans la tawny man trilogy, la suite de l’assassin royal , il devient Sire Doré, un étranger à Castelcerf. Le Fou devient « un seigneur jamaillien à fanfreluches, aux cheveux blonds et au teint doré ». Enfin dans le Destin de l’assassin, il a une nouvelle identité (dame Ambre) et sa peau a encore changé, et ce n’est pas seulement l’effet du voyage en bateau sous le soleil (« le teint demeurait d’un or très pâle, plus foncé que celui du Fou, mais beaucoup plus clair que celui de Sire Doré »).

Ilistore a aussi un surnom qui évoque sa couleur de peau, elle est la Femme Pâle. Quand Fitz la voit, il remarque qu’elle a « le teint blanc, comme le Fou jadis ». C’est tout le peuple de ces deux-là qui est comme ça, ce sont les Blancs et ils ont « le teint laiteux ».
Prilkop est l’Homme Noir. Vivant à Aslevjal, il fut le prophète de son époque, il évolue hors du temps et il a le « teint d’un noir aussi profond que celui du fou avait été blanc autrefois ». Et quand Abeille rencontre Prilkop, elle voit qu’il a « la peau de cette main était la plus noire que j’eusse jamais vue sur une créature vivante ».

samedi 2 septembre 2017

Le Roi Vérité

Vérité. Oncle de Fitz, frère de Chevalerie et Royal, fils de Subtil, Prince puis Roi-Servant, Roi décédé, Dragon et Ancien.

A la fin de la Reine solitaire, Vérité n'est plus. Il vient de se transformer en Dragon de pierre pour sauver les Six-Duchés, assaillis par les Pirates Rouges et proches d'une guerre civile. Comment en est-il arrivé là ? Car, rien ne le prédisposait à sauver le Royaume.

Vérité n'a pas toujours été un sauveur, un homme entreprenant. Dans un premier temps, c'est parmi les trois Loinvoyant développés (avec Royal et Subtil) celui qui crève le moins l'écran. C'est Umbre qui en parle le mieux ; deux citations illustrent le côté effacé de Vérité :
  • « il n' a aucun intérêt pour les détails ; et par conséquent il n'a pas le génie de Chevalerie pour manier les gens ». On en vient à croire qu'Umbre douterait de sa capacité à monter sur le trône et assumer le poids de la fonction royale (d'autres seront encore plus explicites comme Mijote qui se demandera ce qu'il fait de ses journées enfermé dans une tour).
  • « quant à Vérité, c'est un bon soldat, mais il prête trop l'oreille à son père. Il a été élevé pour être le second, pas le premier. Il ne prend pas l'initiative ».

Sur ce dernier point, Vérité est d'accord. Il se confiera plus tard à Fitz, lui avouera que Chevalerie lui manque (« sais-tu comme il est facile de suivre les ordres d'un homme en qui on a confiance ? »). On pense qu'il est proche de baisser les bras.
Tout change au moment de son mariage arrangé (avec Kettricken) et à distance dans les Montagnes. La rivalité entre Royal et Vérité éclate au grand jour. Le premier intrigue pour placer ses proches et faire disparaître le second mais il échoue et Vérité se rend compte de la perfidie de son frère. A ce moment du récit, le vocabulaire employé par Hobb se transforme radicalement : « très fort », « d'une force animale », « comme un jardinier arrache une mauvaise herbe de la terre », « l'Art de Vérité tonnait comme un océan », « comme un ours ». Le Roi-servant s'affirme.

La haine entre les deux frères ne fera que monter en intensité. Royal se croit supérieur grâce à sa mère (qui a un meilleur sang que la mère de Vérité), se moque de son amour pour le peuple. La confiance a disparu, les liens fraternels également, ils sont deux rivaux. Pourtant, là où Royal se déchaîne sans retenue, Vérité est plus mesuré car il est soucieux de l'équilibre du Royaume.

Une autre relation importance est celle qui l'unit à sa femme. Dans un premier temps, il refuse l'idée même de mariage. Il finit par se soumettre, respectueux et obéissant, conscient de son rôle (« je ferai comme vous le jugerez avisé, tel est le devoir d'un prince envers son roi et son royaume »). Il épouse donc Kettricken et a du mal à se faire à son caractère et même à la cerner, il la trouve agitée et dissipée parfois, trop stricte à d'autres moments, trop passionnée.

Quand Kettricken se fait attaquer par des forgisés, il juge mal la situation et la réprimande même en public. Mais, la Montagnarde a tout anticipé et dans la séquence qui suit, Vérité est rejeté dans l'ombre, éclipsé.
Puis, son épouse cherche un moyen d'en finir avec les attaques des Pirates Rouges et lui propose de partir à la quête des Anciens. Elle veut même y aller mais Vérité finit par se ressaisir : « j'ai appris de mes parents à faire passer les Six-Duchés avant moi. Je m'y suis efforcé, mais je vois à présent que j'ai toujours envoyé d'autres s'exposer à ma place ». En effet, reclus dans sa tour, Vérité ne faisait qu'artiser. Il s'usait mentalement et physiquement, vieillissant avant l'heure, perdant toute sa musculature. Subtil le remarque d'ailleurs (« l'appétit de l'Art est de ceux qui dévorent l'homme, pas de ceux qui le nourrissent »).

Finalement, quand la bande (composée de Kettricken, Astérie, Caudron, Fitz, Oeil-de-Nuit et le Fou) parvient à trouver Vérité, Kettricken ne trouve aucun réconfort ; Vérité apparaît presque forgisé, sans sentiments, hagard. Il n'exprime aucune émotion devant la mort de son bébé, ne pense qu'à son Dragon. Cruelle déception ! Mais, après un échange de corps avec Fitz, il offrira une dernière nuit de passion à Kettricken (et un fils).

C'est sans doute avec Fitz qu'il a la relation la plus forte. Les deux ne se cachent rien.

Quand Fitz arrive à Castelcerf, tout est nouveau pour lui et les moments passés avec les autres membres de la famille royale sont très rares.
C'est à Vérité, plus qu'à Subtil, qu'il donne sa confiance. Quand Chevalerie meurt, Vérité lui rappelle qu'ils sont tous du même sang, de la même famille (« il m'accorda un instant de parenté, mon oncle, et je crois que cela changea pour toujours ma vision de lui »). Petit à petit, les deux se rapprochent, Fitz devient l'homme lige de Vérité. Quand Royal tente de tuer son frère, c'est Fitz qui le sauve en étant prêt à se sacrifier, de façon presque naïve : « Prenez tout;de toute façon, je vais mourir. Et vous avez toujours été bon pour moi quand j'étais enfant ».
Au retour des Montagnes, Fitz effectue des missions périlleuses et quand il doute de ce qu'il fait, c'est Vérité qui lui rappelle qu'il défend son honneur et qu'il est un pion important. Il y a ce moment très fort quand Fitz ne parvient pas à sauver une gamine des griffes et dents des forgisés. Les soldats sont dégoûtés par ce qu'ils ont vus (les corps), Burrich peine à se maîtriser mais c'est Vérité qui mettra Fitz sur la bonne voie : « j'ai besoin de lui pour cette immonde guerre secrète, car il est le seul qui soit équipé et formé pour la mener, tout comme je monte dans ma tour et, sur les ordres de mon père, je me consume l'esprit à me tuer de façon sournoise et répugnante ». Voilà sans doute un moment-clé qui a convaincu Vérité de la nécessité d'agir de son propre chef et physiquement, il ne pouvait décemment laisser son neveu au bord de la mort alors que lui est bien à l'abri au château.

Fitz meurt, Burrich et Umbre le font revenir à la vie, Vérité a disparu dans les Montagnes. Le bâtard décide donc d'aller tuer Royal mais se fait prendre au piège. Alors qu'il décide de se suicider, Vérité apparaît à nouveau. Il lâche un « Rejoins-moi », un cri de colère pour libérer Fitz du joug des artiseurs, mais aussi le cri d'un homme qui en appelle un autre à l'aide.

Dans la Reine solitaire, nous trouvons plusieurs témoignages qui éclairent le caractère et la personnalité de Vérité. Caudron, en quelques mots, résume tout : « votre oncle ressent profondément ce qu'il vit; il a connu de grands amours et une loyauté sans bornes. Parfois, je trouve mes deux cents et quelques années d'existence bien pâles en comparaison ».

C'est d'abord Tag, un soldat, qui tombe sur Fitz dans une carrière, l'accule. Tout d'un coup, Vérité arrive, sauve Fitz et se prépare à combattre l'homme quand celui-ci dit : « je n'ai rien à craindre : le prince que je servais n'aurait jamais tué un homme à genoux et sans arme. Je pense que le roi agira de même ». Tout le long des romans, on se rend compte que Vérité est très estimé de ses gardes et soldats, qu'il a un solide passé militaire.

Ensuite, Caudron nous montre une fois de plus à quel point Vérité tient à Fitz et a conscience des peines de celui-ci. A un moment, Caudron et Vérité sont dans une impasse pour animer le Dragon, il leur suffirait de prendre Fitz pour régler le problème mais Vérité refuse car « vous aimez trop votre vie et qu'il exclut de la prendre, que vous avez déjà dû renoncer à trop de bonheurs pour un roi qui ne vous a donné que des peineset des épreuves en guise de remerciement. »

Les adieux de Vérité à Fitz ne feront que renforcer ce sentiment : « je t'aimais, malgré tout ce que je t'ai fait subir, je t'aimais ». Les derniers mots d'un homme qui s'est sacrifié pour sauver son peuple, sa femme et son futur fils. Dès lors, il est un Dragon, un Ancien. Il nettoie les Six-Duchés puis s'endort pour l'éternité.


Et les Cités des Anciens ?

A la fin des Aventuriers de la Mer, Tintaglia conclut un accord avec les Marchands. En échange de sa protection contre Chalcède, ils doivent l'aider à transporter les serpents jusqu'à un site où ils pourront renaître en tant que dragons.

S'ouvre donc la partie « les Cités des Anciens ». Des cocons émergent des dragons mal formés, incapables de se débrouiller seuls, de chasser, c loués au sol avec leurs ailes atrophiées. Pire, Tintaglia vient de moins en moins souvent les nourrir et les Marchands en ont assez. Ils confient donc une mission à de jeunes gens : trouver un endroit où les dragons pourront vivre par eux-mêmes, et pourquoi pas la légendaire cité des Anciens, Kelsingra.

Les romans montrent donc les liens entre les dragons et leurs gardiens (choisis car marqués par la magie du désert des Pluies), l'apprentissage des dragons, les relations amicales et amoureuses (la Marchande Alise, recrutée comme spécialiste des documents sur les Anciens, qui quitte son mari et trombe amoureuse par exemple). On retrouve avec grand plaisir certains personnages des Aventuriers : Malta, Parangon, Althéa, Selden, etc. et on en découvre d'autres qu'on prend plaisir à détester (Hest) ou qui font pitié (Sédric). On a la confirmation que les Dragons n'ont, souvent, que faire des humains et qu'ils considèrent le fait de les nourrir, soigner, laver comme un honneur.

Puisque cette saga se situe chronologiquement après la « tawny man trilogy », il n'est pas surprenant de trouver quelques allusions aux événements qui se sont passés loin dans le nord, dans les Six-Duchés.

L'histoire du dragon ressuscité des glaces avait provoqué l'étonnement et l'incrédulité. Un prince des lointains Six-Duchés avait tiré le dragon de son tombeau glacial.

Voilà les propos tirés de Thymara, une gardienne. Il faut dire que durant toute la saga des Aventuriers de la Mer la solitude de Tintaglia avait été fortement développée ; C'était la dernière de son espèce, condamnée à prendre soin de serpents de toute façon condamnée.
On peut d'ailleurs dresser un parallèle en pensant à ce moment où Kettricken s'était offusquée quand Selden avait dit que Terrilville avait le dernier des vrais dragons. Si il avait raison sur ce point, il était légitime pour la reine des Montagnes d'avoir cette réaction : elle avait vu le ciel de Castelcerf habillé de dragons venus pour les sauver de la menace des Pirates Rouges. Mais, ils n'étaient que pierre…

Il y a donc une référence à la mission de Devoir. Pour conquérir la narcheska, il doit couper la tête d'un dragon prisonnier de la glace. Au final, après quelques rebondissements et interventions, il finit par libérer Glasfeu, un mâle. Tout le long des romans, on voit que Tintaglia et Glasfeu n'ont pas une relation simple. Bien plus âgé qu'elle, Glasfeu a plus de souvenirs, il se sait puissant. Tintaglia, blessée, hésite : doit elle rester avec Glasfeu ou retrouver les dragons mal formés ?

En arrivant sur le quai pour embarquer, j'ai noté que même la figure de proue était un peu abîmée, on a pourtant l'impression qu'elle a été sculptée ainsi avec le nez cassé.

Alise et Sédric doivent trouver un moyen de transport pour se rendre au lieu de départ de l'expédition. Pour cela, ils embarquent donc à bord du Parangon, la vivenef maudite. La figure de proue fait évidement référence au travail d'Ambre (ou le Fou), elle-même inspirée par Fitz. Le nez cassé est le résultat d'une séance de coups de poings infligée par les gardes de Royal. Avec la sculpture représentant le Fou, Oeil-de-Nuit et Fitz, c'est une des rares œuvres du Fou dont nous avons connaissance en détail (on pourra également inclure les jouets). C'est donc un hommage à Fitz, son amour et on se demande si un jour ce dernier verra la figure de proue.

Elle appelle ce pays les Six-Duchés, et elle raconte que, chaque fois qu'elle s'y est rendue, on lui a offert du bétail gras et un refuge où dormir sans crainte.


Ici, c'est Mercor, un Dragon, qui s'exprime. Il rapporte des propos de Tintaglia qui montrent le bon accueil réservé à ces créatures par le Roi Devoir (en lisant la trilogie en cours, nous savons aussi que le Roi est inquiet des actes des Dragons, de leur imprévisibilité et de leur relative ingratitude). 

Hommes d'Etat


Les Six-Duchés sont un royaume, un ensemble du Duchés fédérés. A la tête se trouve un Roi, Subtil. Le pouvoir se transmet de père à fils ou à fille.
Il faut préciser le contexte de l'histoire pour bien permettre de cerner la personnalité des personnages. Le pays est en guerre, attaqué par les Pirates Rouges, en même temps les Duchés sont divisés sur la marche à suivre pour faire face à ce défi.

Tous ont au cœur la défense des habitants du pays, tous sont prêts à se mettre en péril physiquement ou par le biais de leur magie, le prince Vérité rêvant même d'aller découdre avec les Pirates épée à la main.
Au début du tome 2, il y a ce passage où la ville de Vasebaie est attaquée, où les habitants sont massacrés. L'horreur frappe le lecteur, illustrée par les propos du Fou. Et puis, il y a Subtil, ce vieux Roi fatigué, frappé par la maladie et qui perd le contrôle de son corps et de son esprit. Le vieux monarque est doué de la magie de l'Art qui lui permet de vivre les atrocités subies par ses sujets. Et il pourrait se cacher, détourner les yeux mais il se force à regarder. Pourquoi ? Sa réponse est cinglante : « Pourquoi souffrir ? (…) Je souffre, mon fou, parce qu'ils ont souffert. Parce que je suis un roi. Mais davantage encore, parce que je suis un homme ».
Tous ont conscience qu'ils devront utiliser des moyens énormes pour faire face à la menace. Le conseiller du Roi, Umbre, résume bien la situation quand il affirme qu'ils en sont à survivre. Tous les procédés sont bons à utiliser, même les plus barbares comme le dit si bien Vérité. C'est un passage du récit assez tragique puisque Fitz vient de récupérer le cadavre d'une petite fille des griffes et des dents des forgisés. Fitz s'en sort miraculeusement, en sang, et en se servant de son côté bestial ; arrivés plus tard sur les lieux du drame, les gardes royaux sont dégoûtés par ce qu'ils trouvent. Pourtant, Vérité a bien conscience que Fitz n'a fait que son devoir (« j'ai besoin de lui pour cette immonde guerre secrète (…) Quoi que Fitz doive faire, quel que soient les talents auxquels il doive recourir, (…) il doit s'en servir. Parce que nous en sommes là à présent : à survivre. »

La défense du Royaume passe aussi par la nécessité de trouver des alliés extérieurs. Subtil en a bien conscience et il est prêt à tout pour sauver son pays. Ce n'est pas le bonheur de ses fils qui comptent mais la survie des Six-Duchés. Quand Vérité et Subtil se disputent, il lui dit que « Royal n'a pas choisi une femme ni pour toi, ni pour lui, ni pour aucune raison imbécile de ce genre ! Il a choisi une femme qui doit devenir la reine de notre pays, (…), susceptible de nous apporter l'argent, les hommes et les accords commerciaux. » Les propos pourraient sembler durs envers Kettricken, mais celle-ci a bien conscience de n'être qu'un outil (« je suis ici pour donner un héritier à Vérité »).

Mais, il serait injuste de réduire Kettricken à ce rôle. Elle est aussi celle qui redonne fierté et courage aux responsables de la royauté, et plus important encore à son peuple. Après qu'elle ait été agressée par les forgisés, alors que son peuple ne pense qu'à la vengeance, elle trouve les mots pour canaliser cette vengeance pour la rendre exploitable. Elle force les sujets à réfléchir aux conséquences de leurs actes, à savoir qu'ils tueront leurs propres compatriotes (« serrons les dents et arrachons de notre flanc ce foyer d'infection avec la même résolution et les mêmes regrets que si nous amputions un membre gangrené de notre corps »). Umbre, en homme d’État qu'il est, amoureux de son pays, perçoit bien ce qui est en train de se passer : « Nous redressons la tête, mon garçon, nous nous relevons pour nous battre ».

Car, avant l'arrivée de la Reine, le pays traversait une situation périlleuse, à un point que les dirigeants doutaient de l'unité et de la survie, comme le faisait remarquer Umbre (« nous allons éclater en milliers de petites villes indépendantes (…). Si Subtil et Vérité ne réagissent pas très vite, le royaume va devenir une entité qui n'existera plus que par son nom »).
Ils sont aussi des hommes avec une vision forte, des idées et des valeurs qu'ils défendent. Vérité par exemple. Quand Fitz revient des Montages, affaibli par la perfidie de Royal, on pourrait croire qu'il cherche à se venger de son jeune frère. Mais, il a bien conscience que c'est, encore une fois, l'unité du royaume qui est en jeu. Et il rétorque à un Fitz enragé ceci : « la justice ! Nous l'appelons toujours de nos vœux et nous en sommes toujours privés. Non, nous devons nous contenter de la loi et c'est d'autant plus vrai que le rang est élevé. »

Gouverner nécessite certaines compétences et attitudes. Subtil le sait et il tente de transmettre son message à son plus jeune fils, Royal. On saura plus tard qu'il aura échoué, Royal étant déjà pourri par les délires de sa droguée de mère. Mais comment ne pas vibrer quand le vieux Roi lui dit, en parlant de sa femme et donc de la mère du prince, que « ses ambitions ont toujours excédé ses capacités. En matière de royauté, c'est une faiblesse des plus déplorables ».
Et Umbre, toujours lui, a été celui qui aura fait l'éducation de Fitz en ce qui concerne l'art de gouverner. Ses paroles sont d'autant plus symboliques quand on sait quel est son rôle, lui l'assassin de l'ombre, lui qui intervient discrètement. En fin de compte, il pense que « c'est en en cela que réside le secret d'un bon gouvernement : il doit inspirer aux gens le désir de vivre de façon à ne pas l'obliger à intervenir ».


Et les Aventuriers de la Mer ?

Dans la version française, la saga des Aventuriers de la Mer est découpée en neuf tomes. Les livres s'insèrent, chronologiquement, entre la « Farseer Trilogy » et la « Tawny Man Trilogy », le personnage d'Ambre (autrement connu comme le Fou) faisant le lien. Nous suivons la famille Vestrit (presque uniquement composée de femmes aux caractères différents et marqués) qui fait face à de grands bouleversements : les Pirates se déchaînent, le commerce d'esclaves prospère, le pouvoir du Gouverneur s'effrite (il vit à Jamaillia alors que la famille réside à Terrilville) et la famille se déchire. Ajoutez à cela des bateaux magiques (vivenefs), des serpents, des Dragons et les mystérieux habitants du Désert des Pluies et vous aurez une intrigue riche et passionnante à suivre, surtout si vous aimez la mer, les femmes têtues (oh Malta !) et les intrigues politiques.

En ce qui concerne les personnages des Aventuriers de la Mer, la famille Vestrit est composée de Ronica (la mère), Althéa et Keffria (ses deux filles). Avec Kyle Havre (un marin qui héritera de la fortune familiale grâce à son mariage), Keffria a trois enfants (deux garçons : Hiémain et Selden, une fille : Malta).
Du côté des pirates, on retrouve Kennit (très rusé, il voit à long terme et est ambitieux), Etta (sa compagne). Vivacia et Parangon sont deux vivenefs et sont par leur nature (en bois-sorcier) liées aux Dragons (ici essentiellement Tintaglia).

A la fin du tome 6 de l'Assassin Royal (la Reine Solitaire), le Fou quitte ses compagnons d'aventure pour aller on ne sait où. On le retrouve donc avec grand plaisir à Terrilville sous l'identité d'Ambre, une femme (au passage, encore une couche d'interrogation sur sexe) qui travaille le bois. Tout le long des livres, elle fera un certain nombre de références aux Six-Duchés et même à Fitz ; à la fin, elle sculptera même une figure de proue ayant le visage et les marques de son amour (la hache ou les cerfs qui chargent). Rache (une servante de la famille Vestrit et anciennement esclave) évoque Ambre lorsqu'elle discute avec Ronica Vestrit. Celle-ci est très curieuse d'en savoir plus sur Ambre et elle la soupçonne d'être une ancienne esclave (elle se demande pourquoi elle est autant impliquée à vouloir lutter contre l'esclavage). Rache nous offre une réponse qui montre à quel point Ambre / le Fou tient à Fitz : « elle porte un anneau de liberté à l'oreille (…) je lui ai demandé une fois si elle avait acquis sa liberté ou si l'anneau avait appartenu à sa mère (…) elle a fini par dire que c'était un cadeau de son unique amour. »

Le contexte des Six-Duchés a un fort impact sur la vie de Terrilville, une cité qui repose en grande partie sur le commerce. Ainsi, dès le premier tome « Le vaisseau magique », on apprend que « la guerre du Nord a fait beaucoup de mal à de nombreux clans marchands ». Plus tard, lors du sixième roman « L'éveil des eaux dormantes », des précisions sont apportées de la bouche de la Compagne de Gouverneur qui nous apprend que le royaume du Nord avait une utilité en plus que le commerce (« des dissensions internes et des attaquants du Nord ont paralysé les Six-Duchés pendant des années. Ce royaume gardait Chalcède occupée »). D'ailleurs, on pourra se référer à la visite de Selden Vestrit à la cour de Kettricken lors qu'il propose une alliance pour écraser Chalcède.

Pour autant, il y a une forme de mépris envers les Six-Duchés qui transpire dans la bouche des habitants de Terrilville.
Dans « Le Navire aux esclaves », Althéa Vestrit remarque que «  ce sont des barbares (…) ils passent le plus clair de leur temps à essayer de s'exterminer mutuellement. La plupart d'entre eux ne savent même pas lire ». Difficile de lui donner tort quand on a vu que la guerre fratricide entre Vérité et Royal a failli mener le royaume à sa perte.
Brashen Trell (le compagnon d'Althéa), lui, se moque de la façon de vivre des habitants (« pas mal comme bateau quand on aime vivre comme un tas de barbares qui se délectent d'un ragoût de têtes de poissons »). Ceux de Terrilville seraient donc des gens raffinées et civilisés en opposition à ceux des Six-Duchés qui ne seraient que des sauvages aux mœurs dépassées. Par exemple, ce sont encore Brashen et Althéa qui rigolent de la façon dont on se marie là-haut dans le nord (« on ira aux Six-Duchés et on fera nos promesses sur une de leurs pierres noires »). Ou encore Althéa qui a peur que Jek (une belle femme des Six-Duchés, proche d'Ambre) règle un différend en se battant car c'est comme ça que ça se passe « sur un vaisseau des Six-Duchés, une promotion controversée se réglait à coups de poing sur le pont »).
Si on s'intéresse aux mœurs, il est intéressant de se pencher sur le cas de Jek. Il est clairement indiqué dans les différents tomes qu'elle agit librement dans tous les domaines, elle ne cache pas non plus son intérêt pour les hommes, là où les femmes de Terrilville semblent plus mesurées (Althéa : « Jek vient des Six-Duchés ou d'une de ces contrées barbares. Les femmes se conduisent simplement comme ça là-bas).
Plus globalement, c'est la question de la femme qui est abordée. Dès le premier tome, on a l'impression que la femme s'efface devant l'homme (la façon dont Kyle Havre parle à son épouse Keffria Vestrit, la façon dont il remet à sa place la veuve Ronica Vestrit et s'empare des biens de la famille, son ton lorsqu'il parle à Althéa, et ainsi de suite) ; quand Althéa prend le temps d'observer le comportement de Jek, elle finit par comprendre la raison de son attitude confiante et assurée : « Jek avait grandi dans les Six-Duchés et elle revendiquait l'égalité comme un droit ».

Brashen a beaucoup voyagé et est donc un témoin fiable des pratiques des autres pays. Il fait souvent allusion au fait que dans les Six-Duchés les femmes valent autant que les hommes : « il y a des femmes capitaines, et parfois même les équipages ne sont composées que de femmes » et « peu importe qu'on soit homme ou femme du moment qu'on est apte au travail. D'accord, le pays n'est pas très civilisé » (respectivement dans « Le navire aux esclaves » et « La conquête de la liberté »).

Le sujet le plus sensible est la question des Dragons.
Les gens de Terrilville, bien qu'ils croient à la magie, sont plus que sceptiques sur l'existence de ces créatures.
Bien entendu, les habitants des Six-Duchés ont vu les dragons de pierre les sauver des griffes des Pirates Rouges et pensent qu'ils sont les réels. On apprendra plus loin, de la bouche de Parangon la vivenef et son ton mordant, qu'ils ne sont que de pauvres copies.
Althéa est claire : « les dragons, ça n'existe pas ». Et un marin lui répond : «  ah non ? Ne viens pas me dire ça à moi, ni à aucun autre marin qui se trouvait au large des côtes des Six-Duchés il y a quelques années ». On voit bien la fracture entre ceux qui sont prêts à croire à leur réalité et ceux qui vont jusqu'à nier leur existence.
On retrouve la même situation lors d'une réunion à Terrilville lorsqu'un individu les décrit comme des « joyaux chatoyant dans le soleil. Castelcerf les avait assemblés pour combattre les Outriliens » ; la réponse est cinglante (« cette vieille fable ») et montre que la possibilité de leur existence a été souvent débattue et classée comme impossible.

Et puis il y a Ambre. Elle était là, elle a vu Vérité animer son dragon de pierre. Elle avait déjà d'ailleurs dit à Fitz que les dragons avaient forcément exister, sinon d'où viendrait l'inspiration des Anciens ? Dans un premier temps, elle dit clairement que les gens du nord en ont vu : « si tu étais amarrée dans un port des Six-duchés, et que tu disais aux gens de là-bas que les dragons n'existent pas, ils se moqueraient de toi ». Mais, il est difficile de croire quelqu'un qui dit venir changer le monde…
Mais, tout change avec la réapparition de Tintaglia.
Ambre voit ses doutes confirmés et elle pense que « seul un authentique dragon est un dragon. Les autres ne sont que de pâles imitations ». Jek lui répond (et on apprend en passant qu'elle ne connaît pas très bien Ambre) que « les dragons des Six-Duchés me conviennent très bien. Ils t'auraient convenu aussi, si tu avais vécu dans la peur d'être forgisée »).

En allant plus loin, on peut à nouveau évoquer la rencontre entre Selden et Kettricken dans le tome 9 de l'Assassin Royal « Les secrets de Castelcerf ». Le jeune fils de Keffria ose dire devant la Reine que Tintaglia est « le dernier véritable dragon ». Il ne récolte que de la colère, preuve de la nature très particulière de la question. On pourra lire le chapitre 11 pour avoir plus de précisions sur les dragons.