Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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samedi 15 août 2026

Fitz et la torture

La vie de Fitz a été tout sauf un long fleuve tranquille. Il a traversé bien des épreuves compliquées. Une des plus marquantes a été la torture subie dans les cachots de Castelcerf. Capturé par les hommes de Royal alors qu’il était accusé d’avoir tué le roi Subtil, il a été battu à en mourir.


Prisonnier, Fitz n’a aucune échappatoire. Il se rend vite compte qu’il ne pourra pas quitter sa prison. Il sait aussi qu’il ne peut pas se défendre tant la confrontation est déséquilibrée. Royal ne commet pas l’erreur de se tenir seul face à lui ; il le fait entouré d’hommes. Ce sont des individus capables qui savent taper où cela fait mal. Fitz adopte alors une attitude de protection : « je parvins à la conclusion que mon corps disposait de ses propres moyens de défense contre la douleur physique : l’évanouissement ou la mort ». Autrement dit, il est réaliste, résigné. Il sait que d’une façon ou d’une autre il va mourir dans cette cellule. Car, les méchancetés infligées ont un but : Royal cherche à affaiblir Fitz pour pénétrer son esprit et lui faire avouer ses plus sales secrets. Il veut aussi voir Fitz utiliser son Vif, voir de ses yeux le loup surgir en lui. Et, il pense y réussir en le brisant, en lui infligeant une forte douleur (« ce fut un bruit à lever le coeur suivi d’une douleur insoutenable, une souffrance si intense que je n’eus soudain plus conscience d’aucune autre »). C’est d’autant plus marquant que Fitz a subi son lot de mésaventures : il a été battu, il a pris des coups en combattant les Pirates Rouges, il a été attaqué par des forgisés… Et pourtant, cette douleur est une des plus horribles.


Le temps a passé et Fitz tente de refaire sa vie. Tiré de la mort grâce à la magie et les soins de Patience, il apprend à nouveau à être humain. Ce ne sont pas les simples gestes du quotidien qui le freinent le plus dans son apprentissage mais plus le traumatisme de sa torture. On se rend compte que ni son corps ni son esprit n’ont oublié ce qui s’est passé. La blessure est toujours vive et béante. Elle le hante surtout les nuits où il est seul face à lui-même, où il n’est pas tenu occupé par Burrich ou Umbre. Il ne se contente pas de revivre ce qu’il a subi, il revit également les émotions, la douleur, la souffrance («  des rêves commencèrent à me venir la nuit, brefs et très nets, instants de feu pétrifiés, souffrance intente, peur sans espoir (…) la peur accablante qui me laissait tremblant de tous mes membres, suffocant, les larmes aux yeux »). Fitz doit faire face à ça tout seul : personne ne peut l’aider, pas même Burrich ou Oeil-de-Nuit. D’ailleurs, il ne parvient pas à passer outre. Il est totalement dominé. Il lui faudra de longs mois pour passer outre. Et, ce n’est même pas un travail de sa part. Non. Il baisse les bras, il abandonne. Le souvenir de la torture est bien trop lourd pour ses épaules. Il se rend compte qu’il ne pourra jamais vivre avec alors il se déverse dans la Fille-au-dragon (« prends mes jours et mes nuits dans les cachots de Royal, savoir ce qu’on m’a fait suffit ; prends-les et garde-les, que je ne sente plus mon visage contre ce sol de pierre, que j’entende plus mon nez se briser, que je ne perçoive plus le goût ni l’odeur de mon propre sang »). La solution peut paraitre facile, elle est néanmoins efficace. Il se sépare d’un poids énorme.


Le lecteur a vu Fitz se cacher dans sa cabane, chérissant sa solitude. Donner une partie de lui à ce dragon a été comme une petite forgisation. Se priver de ce qu’il a ressenti durant la torture ainsi que d’autres choses a donc eu un effet sur sa personnalité. Cela a donc eu un effet sur son comportement.

Le Fou connait bien Fitz. S’il va et vient dans sa vie, il est un de ceux qui le cerne le mieux. Le Fou voit au-delà de Fitz, au-delà du rôle qu’il joue. Le Fou voit le réel Fitz et le réel Fitz est un « enfant battu (…) à jamais terrifié ».

En réalité, Fitz n’a jamais guéri de sa torture. C’est aussi le cas physiquement. Quand Umbre et les autres tentent de le guérir après son combat contre Laudevin, son vieux mentor se rend compte que le corps de Fitz n’a jamais dépassé la torture. Des décennies après, il porte encore des blessures, des dommages : « je t’ai vu de l’intérieur, Fitz ; j’ai vu les dégâts qu’a subis ton crâne dans les cachots de Royal, et d’autres fractures mal ressoudées sur les os de ton visage et tes vertèbres ».


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