Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

jeudi 15 janvier 2026

Verité veut-il un enfant ?

Pour un futur roi, il est bien normal d’avoir un enfant, un héritier. Mais, Vérité n’a pas cette préoccupation en tête car il ne pense qu’à mener la guerre contre les Pirates Rouges. Il n’est même pas ravi quand son père lui annonce qu’il lui a trouvé une femme à épouser. Vérité veut consacrer tout son temps et toute son énergie à la défense du royaume. 


Être prince ou roi-servant, c’est renoncer à une vie privée. Tout ce qui est fait prête à des rumeurs et les attentes sont importantes. Vérité n’a pas le luxe de choisir sa vie : il doit faire avec les ordres de son père, le roi Subtil, et avec la volonté populaire. Le peuple craint pour son avenir et a besoin de signes d’optimisme. Voir Vérité et Kettricken accueillir un enfant leur montrerait que l’avenir n’est pas si sombre. Umbre résume bien la situation quand il dit que « dans les circonstances présentes, tous leurs efforts doivent porter sur l’apparence, et bientôt on exigera d’eux un héritier. Ils n’ont pas le temps d’apprendre à se connaître, encore moins d’apprendre à s’aimer ». Vérité doit donc mettre ses états d’âme ou ses doutes de côté. Lui qui n’avait pas envie de se marier a quand même épousé Kettricken et il doit lui faire un enfant pour le bien des Six-Duchés. 

Le problème est que Vérité ne se consacre pas ardemment à la chose. Kettricken signale à Fitz que « si je suis la seule à pouvoir lui donner un héritier, lui seul peut l’engendrer ». Vérité se consacre entièrement à la défense et délaisse ses autres devoirs, même intimes. Pire, l’Art le ronge et rogne ses passions, ses désirs. Il avait déjà perdu l’appétit et le sommeil, il rodait comme un fantôme dans le château, le voilà qui n’a pas plus envie que ça de doucher avec sa femme. Kettricken insiste et montre tout son désarroi : « je suis ici pour donner un héritier à Vérité. C’est un devoir auquel je ne cherche pas à me dérober, car j’y vois pas un devoir, mais un plaisir. Je voudrais seulement être sûre que mon seigneur partage mes sentiments ». Même sa femme ne parvient pas à lire en Vérité, à susciter en lui une étincelle de désir.


Heureusement, Kettricken est une femme remarquable. Elle montre qu’elle est du bois dont on fait les grands souverains, ceux qui marquent leur époque. Elle réveille la colère du peuple, elle les sort de la torpeur qui les maintenait la tête sous l’eau en organisant la chasse contre les forgisés. Cette initiative réveille quelque chose en Vérité. Il voit sa femme différemment et a a des relations sexuelles avec elle. Malheureusement, ses obligations le rappellent et il doit partir dans une quête lointaine à l’issue bien incertaine. Vérité apprendra que Kettricken est enceinte suite à un échange d’Art avec Fitz. Il a l’air ravi (« et si je dois devenir père - une chaleur nouvelle sa pensée à cette idée - , il est encore plus important que je réussisse »). Vérité trouve là une nouvelle source de motivation et il en a bien besoin tant la situation semble périlleuse : il est seul dans les Montagnes, Royal est en passe de réussir son coup d’Etat et sa femme est à la merci du premier accident venu.


Puis, Kettricken rejoint Vérité alors qu’il est en train de construire son dragon d’Art et de pierre. Cela aurait pu être des retrouvailles chaleureuses si Vérité n’était pas dans un état bien pathétique. Il n’est plus que l’ombre de lui-même tant il est absorbé par son dragon, il a du mal à ressentir et exprimer ses émotions. Le problème est que Kettricken porte un immense fardeau ; elle a perdu l’hériter de Vérité, un enfant nommé Oblat. Elle aurait besoin que Vérité compatisse à sa douleur. Or, ce n’est pas le cas : « nous avions un fils ? Je ne m’en souviens pas ». On pourrait croire que Vérité se fiche de son fils. La réalité est bien plus triste car il a mis tant de souvenirs dans le dragon qu’une bonne partie de sa vie lui échappe et ne représente plus rien. Autrement dit, il ne se souvient même pas avoir eu un enfant, et si il s’en souvenait, il ne pourrait pas réagir à sa perte.


Vérité conclut ensuite un accord avec Fitz. Fitz doit lui prêter son corps pour que Vérité puisse connaître une dernière nuit de sexe avec Kettricken. Vérité est quelque peu honteux de demander ça à Fitz mais la nécessité est trop forte. Il voit là l’occasion d’avoir de quoi terminer son dragon et d’avoir un héritier. Une fois cela fait, c’est un Vérité calme et certain de son fait que nous rencontrons. Il dit à Fitz que « mon dragon va prendre son essor, ma reine porter un enfant et moi chasser les Pirates rouges de nos côtes (…) Non. Je ne regrette pas notre marché ». Vérité est donc prêt à tout pour arriver à ses fins.

Les relations physiques de Fitz

 


mardi 30 décembre 2025

[Joe Abecrombie] Le cas Bayaz dans les Héros

L’Union compte bon nombre de gens qui se pensent influents et puissants, qu’ils soient nobles ou militaires. Et pourtant, tous sont réduits à peu de chose quand Bayaz se manifeste. Car, le vieil homme est un manipulateur extrêmement doué, terrifiant. D’ailleurs sa réputation le précède : au début du roman Les Héros, tous les hauts gradés se taisent et sont mortifiés quand Bayaz apparait dans la tente de commandement ; seul Renifleur, le vaillant héros du Nord, lui tient tête. Gorst remarque que « ce furent les officiers qui retinrent leur souffle » car « le vieil homme dégageait une imparable aura d’autorité, comme s’il contrôlait le monde entier ». Finree constate exactement la même chose : « en somme, qu’on le dise retraité ou non, Bayaz, le Premier des Mages, était le supérieur de tout un chacun ».


Bayaz ne se contente pas d’asseoir son pouvoir. Il cherche aussi à écraser ceux qui le servent ou ceux qui le défient. Il lui importe peu qu’on soit dans son camp tant il cherche à tous les manipuler. Quand il ne le fait pas l’entremise de l’argent (et de la banque) ou en manipulant la lignée royale (Jezal), il profite des évolutions technologiques. C’est à l’occasion de la bataille des Héros qu’il introduit, avec l’aide de chercheurs, les canons : « l’expérience impliquait trois gigantesques tubes de métal gris-noir fixés sur d’énormes supports en bois. L’une de leurs extrémités était bouchée et l’autre pointée vers la rivière, dans la direction générale des Héros ».


Dans les Héros, Bayaz développe sa vision des gens et du monde. Pour lui, la guerre est une nécessité. Elle lui permet de façonner le monde et d’occuper les gens. Grâce à elle, il oriente les choses dans la direction voulue. Il fanfaronne presque en disant que « c’est plus facile de laisser les hommes se battre. La magie est l’art et la science de forcer les choses à comporter d’une manière qui n’est pas dans leur nature (…) Rien n’est plus naturel chez les hommes que de se battre ». Il précise même qu’il garde un oeil sur tout et sur tous car « tout est digne d’intérêt pour l’homme attentif (…) la connaissance est la racine du pouvoir, après tout ». 


On ne peut pas dire que Bayaz soit modeste. Quand il l’estime, il n’hésite pas à rappeler que c’est lui qui commande. Il avait déjà fait comprendre à Jezal qu’il n’était qu’un pantin, il montre à l’ambitieuse Finree qu’elle ne doit pas se tromper sur la personne qui commande réellement (« la carcasse de sa Majesté se trouve peut-être à une semaine d’ici, à Adua, toutefois… sa main droite »).

Il remet également les militaires à leur place. Ils ne sont qu’un outil, un instrument. Il le leur dit d’un ton plein de mépris et de dédain : « une armée est l’instrument du gouvernement et doit servir ses intérêts. Sinon, que serait-elle ? Une coûteuse machine à… croiser le fer ? »


Si l’Union tremble devant Bayaz, ce n’est pas nécessairement le cas des gens du Nord, ces gens qui ne pensent qu’à se battre et semblent incapables de faire la paix. 

Bethod avait bien compris que s’entretuer n’était pas une solution à long terme et il avait quémandé l’aide de Bayaz pour arriver à ses fins. Mais, trop ambitieux, il avait osé défier le vieux mage : les choses ont mal tourné pour lui.

Même si Renifleur tient tête à Bayaz au début du roman, les deux semblent partager un même souvenir d’un homme : Logen. Les deux ne peuvent s’accorder pour  dire s’il était un homme bon ou non mais ils savent que Logen a marqué son temps et qu’il est plein de surprises.

Il était très compliqué pour Bayaz de parvenir à un accord avec Dow le Sombre tant il « n’est pas un homme raisonnable ». Ce sont aussi les alliés de Dow qui inquiètent Bayaz, notamment Ishri. C’est pour cela qu’il est rassuré d’apprendre que Dow est mort, tué par Calder.

Calder, lui, est ambitieux. Il est grisé par sa victoire dans le cercle contre Dow et se croit intelligent, presque trop même. Il pense pouvoir tenir tête à Bayaz et s’en vante (« je vais le laisser mariner un peu. Il a fait affaire avec mon père, par le passé, et il l’a trahi »). Le jugement de Calder est donc aussi obscurci par une envie de vengeance familiale. Mais, Calder se rend vite compte qu’on ne peut pas négocier avec Bayaz. Ce dernier lui met une pression énorme, joue de lui (« la veille, Calder avait fait montre d’un audacieux sens de la répartie. A présent, il se contenterait de ne pas se vider de son sang dans la boue ») et Calder rentre dans le rang. Il entérine alors la décision de Bayaz de partager le Nord, cette terre farouchement indépendante, en trois.


jeudi 25 décembre 2025

Petit billet # 2 : Lestra

Elliania a une rivale : Lestra. Cette dernière ne semble pas réellement vouloir Devoir pour ce qu’il est mais plus parce que cela ennuierait fortement Elliania. Quand elle parle du prince des Six-Duchés, c’est avec des termes bien plus flatteurs. Elle dit de lui que « c’est un gamin aux joues lisses qui joue à l’homme fait ». Lestra sent le désarroi de Devoir, elle se rend compte qu’il est mal à l’aise. Elle en profite pour asséner un nouveau coup : « vous êtes aussi peureux qu’elle. Je pourrais peut-être vous apprendre l’audace. Il ne regarde même pas ses seins ». Lestra apparait donc être à l’aise avec les mots, les mots qui piquent en tout cas.

Quand il échange avec Fitz, Devoir montre qu’il est désarçonné par la franchise de Lestra et son aspect très direct. Il dit à Fitz que « Lestra prétend avoir échangé des baisers et des vrais, plusieurs fois alors qu’elle n’a pas encore saigné ». En observant Lestra, Devoir en arrive à une conclusion claire : « les filles de ce pays n’ont-elles donc ni vergogne ni réserve ? »


Mais, aussi forte soit elle avec les mots, Lestra se fait dominer quand elle combat Elliania. Elliania la domine, la remet à sa place : « la narcheska l’avait saisie par les cheveux et lui immobilisait la tête dans l’herbe. De sa main libre, elle lui enfonça un poignée de terre dans la bouche ». Elliania a  donc maté Lestra. Lestra est soumise, domptée, vaincue. Sa réaction ne laisse place à aucun doute ; elle « se mit à sangloter convulsivement, de rage et d’humiliation plus que de douleur ». Dès lors, Lestra n’est plus la rivale d’Elliania.

vendredi 19 décembre 2025

[Fonda Lee] L'héritage du jade / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Fuyin à Hilo) : Mon fils vous admirait tellement, il voulait être comme vous. Il n’avait que 20 ans, c’était un Doigt depuis à peine six mois, lorsqu’il a été tué pour rien, dans une guerre des clans qui ne se serait jamais produite sous votre frère ou votre grand-père. Vous avez l’arrogance de vous attendre à ce que je fasse preuve d’allégeance envers vous ? Non, Kaul-jen, vous n’avez de Pilier que le nom, et votre soeur lèche les bottes des Espéniens. Je ne vous dois rien.
  • (Tyne Rebutin à Shae) : la Montagne et le clan Sans Cime sont les deux tigres de Kékon. Dès que vous rugissez, les petites créatures comme nous courent en tous sens, en essayant de déterminer lequel est le moins susceptible de nous dévorer.
  • (Dauk à Anden) : Puis j’ai appris de toi qu’il existait des femmes os émeraude à Kékon, dont ta propre cousine, et même une femme Pilier. Le monde change si rapidement, et je suis un vieil homme.
  • (Hilo à Wen) : Parfois, je trouve les menteurs presque aussi méprisables que les voleurs, déclara-t-il, la mâchoire contractée. Ils volent la confiance, une chose qu’on ne peut pas rendre.
  • (Kiya à Shae) : Kaul Shaelinsa, Augure des Saisons du clan Sans Cime, répondit-elle, vous pouvez aller vous faire foutre et crever.
  • Le discours de Guriho était parfois si véhément que Béro s’attendait à ce que la bouche de l’homme commence à écumer ou à ce que celui-ci soit victime d’une rupture d’anévrisme.
  • (Shae trouve Ayt en train d’agoniser) : Elle avait fait coaguler le sang dans la blessure profonde à son cou et ralenti le saignement en redirigeant et en utilisant sa propre énergie vitale, en la puisant dans tout le reste de son corps. C’était une tactique insoutenable, comme un homme affamé qui mangerait sa propre chair.
  • Shae s’accroupit prudemment. Ayt était peut-être mortellement blessée et presque morte, mais un tigre pris au piège peut profiter de son dernier souffle pour arracher la gorge de son adversaire.
  • Anden avait vécu des événements choquants au cours de sa vie, mais même son imagination la plus folle ne l’avait pas préparé à la vision de sa cousine Kaul Shae émergeant du fond du temple du Divin Retour, le bras d’Ayt Mada passé par-dessus son épaule tandis que toutes deux s’avançaient en chancelant, couvertes du sang d’Ayt.
  • Le premier jour de son retour, il s’assit sur un banc du parc de Paw-Paw pour laisser la ville imprégner le moindre de ses pores : la graisse de la nourriture de rue, les cris en kékonais des colporteurs et des chauffeurs de taxi, l’humidité du printemps sur sa peau desséchée. Même les ordures de Janloon sentaient meilleur qu’ailleurs et les rats étaient plus élégants.
  • A l’âge de 40 ans, Béro était parvenu à la conclusion cynique qu’il avait toujours été un détritus balloté par les aléas du destin. La chance et la malchance étaient les deux faces d’un même jeton de pari, jeté négligemment sur une table de jeu cosmique pour prolonger l’insondable amusement des dieux.
  • C’était un spectacle que Shae n’oublierait jamais ; le Pilier de la Montagne de profil, droite et silencieuse dans la lumière du soleil, les bras croisés, le regard immobile et légèrement dans le vide. La statue d’un ancien seigneur de guerre avant sa dernière bataille.
  • (Ayt) : Les dieux ne se soucient guère des gens ou des nations (…) Nous sommes tous pareils à leurs yeux. Ils se moquent de savoir qui vit ou meurt, qui gagne ou perd, qui doit diriger et qui doit souffrir. Moi, si.
  • (Niko) : Oncle Anden, je dirais que tu es une personne trop honnête pour te lancer en politique
  • Hilo avait dit à son neveu : En cas de doute, donne la parole à ta tante. Elle dira quelque chose d’intelligent, ce qui te donnera le temps de les observer et réfléchir à ce que tu veux dire.
  • (Jaya à Shae) : Tu aurais pu tuer Ayt il y a des années quand tu en avais l’occasion. Tu as toujours eu une faible pour cette sorcière maléfique, mais tu n’as jamais témoigné le moindre amour à ton propre frère, espèce de salope sans coeur.