Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

dimanche 21 juin 2026

[Joe Abercrombie] Qui est Quatre-Feuilles ? (tome 1 de l'Âge de la Folie)

Quatre-Feuilles, autrefois connu sous l’identité de Joan Steepfield, cache bien son jeu. Pour certains, il est un mentor, un individu qui peut faire entrer des principes dans la tête bien dure des nouveaux combattants (comme Stour Ténèbres). Pour d’autres, il est un individu à la loyauté qui flanche. D’ailleurs, Quatre-Feuilles lui-même admet que son but est de rester en vie. Les années où il voulait briller dans le Cercle et à la guerre sont loin derrière lui.


Quatre-Feuilles est à la solde de Calder, Scale et Stour. Ces trois individus veulent prendre le contrôle total du Nord, accomplir la vision de Bethod et défaire Renifleur. Ils sont enhardis après avoir vaincu le légendaire Dow le Sombre. Stour est en plus le petit-fils de Bethod, un grand nom du Nord ; il veut entrer dans la légende, acquérir une réputation comme celle du Neuf-Sanglant. Quatre-Feuilles, lui, est bien plus mesuré. L’expérience lui a montré que rien ne dure, qu’on peut tomber aussi vite qu’on est monté. Il sait aussi que les hommes peuvent vite se retourner : « un homme doit savoir plier dans le sens du vent (…) les hommes bavassent sur la loyauté tant que ça ne chauffe pas pour leurs fesses ». On sent là aussi le fait qu’il a eu son comptant de batailles et de guerres. Tuer ne lui apporte rien, il ne cherche pas à entrer dans le panthéon des grands noms du Nord.

Quand il voit des hommes de Renifleur être massacrés gratuitement par des hommes de Stour, il est blasé. C’est un spectacle qu’il a bien trop souvent vu et contre lequel il ne peut rien faire. Il se contente d’observer la scène avec un certain dépit (« quel gaspillage d’êtres humains, de matériel et d’efforts. Mais c’était le quotidien de la guerre. Rien qu’il n’ait pas vu au moins dix fois »). La résignation guette donc Quatre-Feuilles.

Quatre-Feuilles doit réfréner les ardeurs de Stour qui ne rêve que de mort, de tuer, de se venger, de tuer Rikke et autres joyeusetés. Stour est à ce point aveuglé par sa furie qu’il se laisse convaincre à un défi : il affronte Léo, le Jeune Lion de l’Union, dans un duel dans le Cercle. Pourtant, Quatre-Feuilles le met en garde : perdre dans le Cercle est la fin ; il n’y a rien après. Au risque de se faire insulter de lâche, il laisse entendre qu’accepter ce défi n’est pas une bonne idée. Lui en a vécu un bon nombre et a retenu une leçon : « argent, terre, gloire, amis, même ton nom… Tu peux tout perdre, mais si tu conserves la vie, tu récupèreras tes biens en travaillant dur et en attendant le bon moment »…. 


Attendre le bon moment, voilà quelque chose qui semble bien définir Quatre-Feuilles.


C’est un concept qu’il développe plusieurs fois. Quand il forme de jeunes enthousiastes (abrutis) au combat à l’épée, il tente de leur faire comprendre que cela ne sert à rien de donner de grands coups, de se ruer au combat. Il suffit d’être aux aguets et frapper quand il faut (« parce que la seule chose qu’un homme puisse vraiment faire, c’est choisir son moment. Attendre son ouverture, savoir la reconnaître quand elle se présente, et la saisir au vol »). 

Il en fait la démonstration quand il tue Magweer, un homme assez arrogant de Stour. Magweer se moquait de Quatre-Feuilles, lui reprochant sa couardise. Il voulait aussi le forcer à aller combattre alors que Quatre-Feuilles voulait se replier. Quatre-Feuilles profite donc d’une opportunité pour tuer Magweer, un homme qui appartient à son propre camp. Alors que la bataille fait rage, il le poignarde sans aucun remords. Sa survie vaut plus que sa fidélité à un camp. C’est à ce moment-là qu’il résume assez succinctement sa philosophie de la guerre et de la vie : « dans la mêlée, les hommes tombent plus souvent à cause de la malchance que du talent adverse. Une bataille, ce sont des cris et des gesticulations, à la suite de choix faits des heures plus tôt par des hommes que tu ne rencontreras jamais ». Autrement dit, un combattant a très peu de contrôle lorsque la bataille prend rage. Rien ne lui garantit une belle mort, une mort glorieuse au combat.

Quatre-Feuilles a donc tué Magweer. Il l’a fait avec efficacité (« quand il frappait un type, il se débrouillait pour ne plus avoir besoin de recommencer; Avec de l’entraînement, on devenait très bon à ce jeu »). D’une certaine façon, il est un très bon combattant qui voit très peu l’utilité de verser du sang ; il ne le fait qu’en cas d’extrême nécessité.

C’est pour ça qu’il n’hésite pas à tuer Merveilleuse, son amie. Merveilleuse a accompagné Quatre-Feuilles des décennies. Et pourtant, il n’a pas hésité à la tuer quand Stour lui a demandé une preuve de fidélité. C’était lui ou elle. Quatre-Feuilles a donc obéi. Mais, cela lui a laissé un goût amer en bouche. Il a presque honte de ce qu’il est devenu, de ce qu’il est. Il est déçu de lui-même quand Stour le complimente : « un salaud au goût de Stour… pensa Quatre-Feuilles. C’était à ça que sa suprême intelligence l’avait conduit ? ».


Quatre-Feuilles peut bien tenter de cacher qui il est ou ce qu’il est, certains arrivent pourtant à lire en lui. Le puissant Caul Shivers le reconnaît comme un homme de valeur. Yoru Sulfur, un homme de Bayaz, ne se contente pas de l’appeler par son vrai nom. Il lui dit aussi que « prétendre qu’un loup est une vache ne lui fera pas donner du lait ». Quatre-Feuilles peut bien joueur le lâche ou le formateur, il reste un tueur.


samedi 20 juin 2026

Petit billet # 5 : Elliania la colérique

Abeille a disparu. Elle a été enlevée et son père, déjà incapable de la protéger, semble impuissant à la retrouver. Plus généralement, c’est tous les Loinvoyant qui semblent être dans une impasse. A part la folle entreprise du Fou et son envie de détruire Clerres, Fitz et les autres semblent être dans une position d’attente. 

Elliania, elle, exprime verbalement son dépit. C’est en réalité le signe de son incapacité à sauver Abeille. Les deux ne se connaissent pas plus que ça et il a fort à parier qu’Elliania ne tient pas à Abeille parce qu’elle est Abeille, mais parce qu’elle est une fille du clan. Son éclat (« nous avons perdu un enfant ; une petite fille ! Un Loinvoyant ! Disparue, tout comme ma petite sœur a disparu pendant des années (…) Et il faudrait faire preuve de retenue ? »)  laisse peu de place au doute. Le parallèle que dresse Elliania avec sa sœur (Kossi) est intéressant ; là où Elliania se soumettait aux ordres de la Femme Pâle, Fitz et le Fou défiaient cette dernière. Et leur attitude offensive a permis de retrouver la sœur d’Elliania. 

On comprend également que la Reine des Six-Duchés aimerait porter la guerre là-bas dans le Sud. Elle veut y répandre la mort et le sang. Vindicative, Elliania tient à rassurer Fitz qui, comme souvent, s’apitoie sur propre sort. L’outrîlienne est convaincue que « ce sont eux les coupables ! Ceux qui l’ont enlevée ». Fitz n’a en rien manqué en ses devoirs de père, selon elle. Les kidnappeurs ne méritent qu’un châtiment : « il faut les traquer et les tuer comme des cochons qui couinent devant le boucher ». Dès lors, Elliania est portée par un vent de colère. Elle dresse des plans où les Six-Duchés et les îles d’Outre-mer s’allient pour mener une vendetta. Elle est même encline à donner son fils qui « vous accompagnera pour venger cette insulte mortelle, cette perte terrible pour notre maison des mères ». Il faut d’ailleurs noter qu’Elliania est encore fortement marquée par sa culture maternelle. 

Il y a presque quelque chose de tragique à voir Elliania exprimer si ouvertement ce qu’elle ressent. C’est en tout cas quelque chose peu répandu chez les Loinvoyant. Quelques uns pourraient la trouver dans l’exagération, d’autres qu’elle vit pleinement ce qu’elle ressent. En tout cas, sa demande de tremper un mouchoir « dans le sang de mes adversaires afin qu’elle pût l’enfouir dans la terre de maison des mères et que l’âme de ceux que j’aurais tué ne connût jamais la paix » illustre bien ces propos. Là encore, certains pourraient trouver une telle attitude fausse. Or, Elliania est simplement authentique, vraie. N’oublions pas que c’est Elliania qui permet à Fitz d’être enfin reconnu ; et, elle l’a fait en saisissant pleinement une opportunité, en mettant en scène l’annonce de la grossesse d’Ortie.


vendredi 19 juin 2026

Petit billet # 4 : Célérité

Elliania joue un drôle de tour à Fitz en rendant son identité publique. Ce faisant, elle lève le voile sur un des plus grands secrets de la famille Loinvoyant. Fitz n’a pas d’autre choix que de se montrer. Il sort de l’ombre la peur au ventre tant il craint la réaction des gens

En pleine fête de l’Hiver, ce n’est pas seulement la royauté qui est présente mais aussi les grandes familles nobles. Parmi elles, on a le grand plaisir de retrouver Célérité. Personnage secondaire de la saga, Célérité avait été promise à Fitz par Subtil. Si elle restait dominée par son père ou par sa sœur, la jeune femme brillait par sa détermination et son courage. Il aurait été injuste de la cataloguer comme frêle ; d’ailleurs, sa lute contre les Pirates Rouges témoigne de la force de sa volonté.

Parmi les invités se trouve donc Célérité. Elle est donc encore en vie, une des dernières personnes à avoir vécu quelques uns des plus grands moments du Royaume : la mort de Subtil, le coup d’Etat avorté contre Royal, le combat semblé perdu contre les Pirates Rouges ou encore la purification par Vérité. A travers les yeux de Fitz, on peut sentir une réelle affection. Il souligne que la « duchesse de Béarns avait vieilli en beauté ». Lorsqu’Astérie, Elliania et Kettricken brisent la carapace du mensonge de Fitz, Célérité est clouée sur place par la révélation ; elle « se tenait les bras serrés sur la poitrine, les mains crispées sur le menton, la tête baissée ». Il lui faut visiblement du temps pour accepter et digérer la nouvelle. D’ailleurs, si on met de côté Devoir, Kettricken ou Astérie, elle est sans doute celle qui aime le plus Fitz dans cette assemblée.

Lorsque les nobles font la queue pour rendre hommage à Fitz, Célérité en fait partie. Elle a un petit moment avec lui où elle lui dit que « je n’ai jamais douté de vous ; vous n’auriez pas dû douter de moi ». On comprend alors qu’elle n’a pas gobé tous les mensonges et toutes les saletés colportées par Royal et sa clique. Célérité n’a jamais cru que Fitz était le tueur de Subtil, un homme dominé par son côté animal ou un complotiste. Durant toutes ses années, Célérité a eu foi en Fitz.

 


jeudi 18 juin 2026

[S.F Williamson] A language of dragons / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Vivien) : Tout acte de traduction exige un sacrifice — c’est la dure vérité qui m’a fait tomber amoureuse de cette pratique. Il n’existe pas de lien direct entre les mots d’une langue et ceux d’une autre. Aucune traduction ne peut rester entièrement fidèle au texte original. Bien qu’on parvienne à combler ce fossé, il existe toujours un sens plus profond qui n’est pas traduit, un secret invisible aux yeux de ceux qui ne parlent qu’une seule langue.
  • (Vivien) : Je suis un fruit mûr : luisant à l’extérieur, pourri à l’intérieur.
  • (Vivien) : Atlas, les langues sont comme la menuiserie. On peut exprimer la même chose de mille façons différentes et parfois, l’une d’entre elles est tellement unique qu’elle est impossible à reproduire. Aucun autre traducteur n’utilisera plus jamais les mêmes mots, le même rythme, les mêmes tournures de phrase. Traduire, c’est aussi créer.
  • (Chumana) : On chevauche les chevaux, pas les dragons, grogne-t-elle. Je vous autorise à monter sur mon dos. Dépêchez-vous avant que je ne change d’avis.
  • (Chumana) : Vous donnez des noms à nos appels tout comme vous essayez de catégoriser les différences dans notre apparence, mais vous ne comprenez pas comment chaque élément s’imbrique pour former un tout.
  • (Chumana) : Vous êtes incapables de comprendre que le koinamens en dit moins que d’autres langues, mais qu’il signifie plus. Il est plus profond que l’intellect, plus rapide que la lumière. C’est le murmure d’une mère dans l’esprit de son dragonneau pour le réconforter en attendant son retour au nid. Dites-moi, fille humaine : peut-on traduire le sens d’une poignée de main ? Du rire d’un enfant ? Du dernier souffle d’un mourant ?
  • (Marquis) : Tu sais quel est ton problème, Viv ? Tu es trop lâche pour te mettre en danger. Tu préfères emprunter une voie destructrice. Tu es exactement comme Wyvernmire.
  • (Chumana) : Mon retour dans ma patrie a eu lieu dans un bain de sang. J’ai tué, brûlé, détruit. J’ai chassé des humains de leurs maisons, démoli les bateau sur lesquels ils tentaient de s’échapper. Mes flammes ne faisaient pas de distinction entre les enfants et les vieillards.
  • Vous voyez, messieurs ? lance Wyvernmire avec un sourire froid. Il n’était pas nécessaire de sortir vos armes. L’amour est la forme de torture la plus efficace. 

vendredi 12 juin 2026

Mes citations préférées (3)

  • (Molly à Fitz) : Mais les sentiments n'ont rien à voir avec la raison ; ils sont, c'est tout. Ton amour pour moi n'est pas raisonnable, ni le mien pour toi. J'ai fini par m'en rendre compte, et aussi de ce que la raison doit passer avant les sentiments.
  • (Le Fou, à Clerres) : J'ai plongé FitzChevalerie dans la mort un dizaine de fois ! Personne ne peut savoir ce que ça m'a coûté ! Personne ! C'est mon avenir, ma voie, choisie par moi, le Prophète blanc de notre temps ! Es-tu donc à ce point aveugle ? Lui et moi, nous avons tout fait ! Nous avons ramené les dragons dans ce monde. 
  • Oeil-de-Nuit : Mon frère. Changeur, je suis très fatigué. J'ai froid et je suis trempé. J'ai besoin de toi. 
  • Oeil-de-Nuit : Tue-nous donc tous plutôt que de reconnaître devant une seule personne ce que nous sommes ! 
  • Tintaglia : Quelle tempête d'émotions ! Comme vous, les humains, vous pouvez en soulever rien qu'en imagination (...) Est-ce parce que vos vies sont si brèves ? Vous vous racontez de folles histoires sur ce que pourrait arriver demain et vous éprouvez toutes les émotions en songeant à des événements qui n'arriveront jamais. Peut-être est-ce pour suppléer au passé dont vous ne pouvez vous souvenir que vous inventez un avenir qui n'existera pas.