Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

vendredi 27 mars 2026

[Ursula K. Le Guin] Les Tombeaux d'Atuan / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Le père de Tenar) : L’homme resta dehors, pieds nus sur la terre froide, tandis que le ciel du printemps s’assombrissait au-dessus de lui. Dans le crépuscule, son visage était un masque de douleur, une douleur confuse et lourde, une douleur qu’il ne pourrait jamais exprimer par des mots. Finalement, il haussa les épaules et suivit sa femme dans la pièce éclairée par le feu où résonnaient des voix d’enfants.
  • Tout ce qui se passe partout ailleurs commence ici, dit Arha.
  • (Penthe) : J’aimerais mieux épouser un porcher et vivre dans une fosse. Je préfèrerais n’importe quoi plutôt que d’être enterrée ici pour le restant de mes jours avec un tas de bonnes femmes, dans ce fichu désert où il ne vient jamais personne ! Mais les regrets ne servent à rien, car maintenant j’ai été consacrée et je suis coincée.
  • (Penthe, à propos du Dieu-Roi) : Après tout, ce n’est qu’un homme, même s’il vit à Awabath dans un immense palais de trois milles de long avec des toits en or (…) Et je te parie qu’il est obligé de se couper les ongles de pieds comme tout le monde. Je sais parfaitement que c’est aussi un dieu. Mais mon avis personnel, c’est qu’il sera beaucoup plus divin une fois qu’iil sera mort.
  • (Arha, après avoir vu un homme sous terre) : Cependant, tout en priant, elle revoyait en pense la splendeur palpitante de la caverne éclairée, où la vie avait remplacé la mort ; et au lieu d’être terrifiée devant ce sacrilège et saisie de rage à l’égard du voleur, elle pensait seulement que c’était étrange, ô combien étrange…
  • (Arha à l’Epervier) : Je suis la Première Prêtresse, la Réincarnée. J’ai servi mes maîtres pendant mille ans, et mille ans encore avant cela. Je suis leur servante, je suis leur voix et je suis leurs mains. Et je suis leur vengeance contre ceux qui profanent les Tombeaux et contemplent ce qui ne doit pas être vu ! Cesse de mentir et de te vanter ; ne vois-tu pas qu’il me suffit d’un mot pour que mon garde vienne te trancher la tête ?
  • (L’Epervier, sur ce qu’est un Seigneur des Dragons) : Il ne s’agit pas de dompter les dragons comme le croient la plupart des gens. En réalité, les dragons n’ont pas de maîtres. La question est toujours la même avec un dragon : va-t-il vous parler, ou vous manger ? Si vous pouvez espérer qu’il fera la première chose et non la seconde, alors vous êtes un Seigneur des Dragons.
  • (L’Epervier) : Elle avait peur de moi, mais elle m’a nourri. Comme je ne faisais rien pour l’effrayer, elle en est venue à me faire confiance et m’a montré son trésor. Elle aussi possédait un trésor… Une petite robe. Toute de soie perlée. Une petite robe d’enfant, une robe de princesse. Elle-même était vêtue de peaux de phoque.
  • (L’Epervier) : Le plus fantastique cadeau de notre ère… et il a été offert par une pauvre vieille femme idiote vêtue de peaux de phoque à un rustre qui l’a fourré dans sa poche en disant merci, et qui a repris la mer…
  • (l’Epervier) : Faire se matérialiser un souper. Oh, je le pourrais. Dans de la vaisselle d’or, même si tu veux. Mais c’est de l’illusion, et quand on mange des illusions, on a encore plus faim après. C’est à peu près aussi nourrissant que de manger des mots.

samedi 21 mars 2026

Quelques répliques du Fou que j'apprécie

On est à Clerres, Fitz vient de mourir, c'est en tout cas ce que croit le Fou. Prilkop vient négocier la paix pour les habitants de Clerres. Les dragons ravagent tout, détruisent la ville et tout le savoir accumulé au fil des siècles va être perdu. Le Fou semble dire qu'il est la victime de tout cela, que les choses auraient pu tourner différemment si il avait été écouté, si il avait été éduqué comme il le fallait. Lui prônait le retour des dragons, pas les Quatre. Il est donc remonté vers le Nord, a trouvé Fitz et une amitié est née entre les deux.

Le Fou a dit à Fitz qu'il va mourir à Aslevjal. Fitz l'a bien entendu mal pris et s'est mis en tête d'empêcher cette mort. C'est une réaction normale. Mais, le Fou le prend mal puisque il est convaincu qu'il doit décéder pour permettre au futur qu'il a vu d'émerger. En en entravant cela, Fitz risque donc de mettre à bas tout ce qu'il a construit. 

C'est cela une prophétie, ce n'est pas un texte figé, c'est quelque chose ouvert à l'interprétation et dont on ne sait pas ce qu'elle signifie tant qu'elle n'est pas réalisée. Une prophétie se mesure au regard du futur. Ici, le cerf noir qui émerge d'une pierre brillante fait référence, selon le Fou, à Fitz arpentant la route d'Art. Mais, cela peut aussi être, plus tard, Vérité donnant naissance au dragon d'Art et de pierre. Après tout, Vérité est un Loinvoyant, la famille symbolisée par un cerf...

Pour moi, c'est la déclaration la plus importante du Fou, dans toute la saga. 

 

lundi 9 mars 2026

Ils détestent Ambre

Le Fou pouvait susciter une certain forme d’amour. On a bien vu des gens comme Fitz ou Kettricken être attachés à lui. Subtil a plus d’une fois montré qu’il tenait sincèrement à lui et même Oeil-de-Nuit a fini par le respecter. Le Fou est un personnage qui ne semble pas être à sa place à Castelcerf. Lui qui se proclame Prophète de son époque est venu chercher son Catalyseur et l’a trouvé. Il a endossé le costume de bouffon car c’était ce qui lui permettait de se rapprocher le plus de son but. 


On comprend donc que le Fou est une identité parmi d’autres. Ambre en est une autre. Mais, il y a deux versions d’Ambre : une Ambre présente dans les Aventuriers de la Mer que le lecteur prend plaisir à suivre et une Ambre dans le Fou et l’Assassin bien plus égoïste. Dans les Aventuriers de la Mer, Ambre se bat pour aider les esclaves, côtoie les Vestrit et les aide comme elle peut. Dans le Fou et l’assassin, on retrouve une Ambre traumatisée, qui a été torturée à Clerres et qui ne rêve que de vengeance. Son but l’aveugle, la rend presque insensible à ceux qui l’entourent. Et cette Ambre-là est parfois détestable.


Fitz connait bien le Fou, il ne connait pas Ambre. Plus il va naviguer auprès d’Ambre et moins il va l’aimer. Si Ambre et le Fou ont malgré tout un point commun, c’est de bien manipuler les mots, d’être à l’aise à l’oral. Quand ils se retrouvent à Kelsingra en quête d’un moyen de transport, Ambre répond qu’ils cherchent à aller à Clerres pour venger sa fille, Abeille. Ambre étant une femme, beaucoup pensent qu’Abeille serait sa fille. Fitz est outré voir les largesses qu’Ambre s’octroie, il trouve cela insultant, presque dégradant (« l’entendre évoquer ma fille de cette façon devant des inconnus me blessait (…) Je ne souhaitais pas que ces gens croient que j’avais engendré une fille avec Ambre »).


La relation entre Fitz et le Fou est profonde, réelle. Les deux ont traversé ensemble tant d’aventures, affronté la mort. Fitz garde sa peine en lui. Ce n’est pas le cas d’autres individus qui subissent les manoeuvres d’Ambre.

Althéa Vestrit n’est pas connue pour sa délicatesse. La Marchande permet au groupe de Fitz de naviguer jusque vers Clerres. En chemin, elle s’inquiète du comportement d’Ambre et de son impact sur son navire, la vivenef Parangon. C’est un doute légitime car Althéa sait à quel point Parangon et Ambre sont proches. Très vite, elle se rend compte que quelque est en train de mal tourner ; elle déplore qu’ « ils passent trop de temps ensemble » et que « Parangon devient chaque jour plus instable ». En réalité, Ambre tente de faire émerger les dragons qui vivent en Parangon. Elle veut rendre à la vivenef sa liberté, quitte à sacrifier les intérêts de la famille Vestrit.  On atteint un point de non-retour quand Ambre donne de l’Argent liquide à la vivenef. Cela est vu comme un crime, une attaque personnelle par Althéa. Elle confronte donc Ambre verbalement puis physiquement (« elle m’évoqua un félin en chasse »).

Même Fitz est choqué par Ambre, il ne comprend pas pourquoi elle ne manifeste aucun regret. La chose le perturbe d’autant plus qu’Althéa et Brashen avaient été de bons hôtes. Il souligne que Ambre « avait trahi l’hospitalité et l’amitié ». C’est en plus incompréhensible puisqu’ils évoluent sur un bateau en pleine mer et qu’ils sont à la merci de la moindre colère de l’équipage (Ambre « nous avait tous mis en danger »).

Brashen tente de faire comprendre à Fitz qu’ils vont perdre, à cause d’Ambre, bien plus qu’un bateau. Pour une Marchande comme Althéa, le respect des engagements est vital. Or, en permettant à Parangon de contourner les ordres de son capitaine, Ambre les a placés dans une situation bien périlleuse.  Brashen est clair : « il ne sert à rien, je suppose, de faire comprendre à une étrangère qu’un Marchand n’est riche que de sa parole. A partir d’aujourd’hui, la mienne et celle d’Althéa ne vaudront plus rien ». Ambre a perdu tout le crédit qu’elle avait pu avoir.

Althéa refuse de pardonner à Ambre. Si elle se calme et ne veut plus nécessairement lui faire du mal, elle comprend que sa vie a pris une nouvelle orientation et qu’elle n’y peut rien (« pour certaines choses, il n’y a ni pardon ni refus de pardon : ce sont simplement des carrefours et une nouvelle direction à prendre, que je le veuille ou non »). Elle a été dépossédée de ce choix par une Ambre qui ne lui a même pas présenté son plan, qui ne lui a pas permis de réfléchir au sort de Parangon.


Fitz finit par se rendre compte qu’Ambre est comme une inconnue pour lui (« malgré ma longue relation avec le Fou, je ne serais jamais capable de prévoir les actes d’Ambre »). Plus il observe Ambre et moins il la comprend. Le Fou manifestait une réelle finesse dans l’étude des hommes et des femmes, de leurs comportements et attitude. Ambre, elle, semble s’en moquer totalement. Ayant conquis le coeur de Parangon, elle se fiche totalement de ce que pensent les autres. Fitz constate que le Fou (Ambre) se déplaçait librement sur le pont, insensible à la colère de l’équipage et des commandants, car il avait la faveur du bateau. Ambre se comporte donc comme la cheffe de la vivenef !

Fitz confronte le Fou. Il lui explique clairement tout le dégoût créé par Ambre. Quand il dit que « je n’aime pas le personne que tu deviens quand tu joues le rôle d’Ambre, c’est quelqu’un que je ne voudrais pas comme amie. Elle est… sournoise. Fourbe », on pense nécessairement aux pires personnages de la sage, comme Royal, Galen ou Hest. La comparaison est bien peu flatteuse.

Pire, Fitz réalise que les gens les plus importants de sa vie (Kettricken et Oeil-de-Nuit) n’auraient jamais cette Ambre. Ambre toute tournée vers elle-même, ses propres désirs, n’aurait jamais été ni une bonne compagne d’aventures ni une bonne partenaire de chasse (« Ambre n’avait jamais sauvé Kettricken ni ne m’avait porté sur son dos pendant une nuit enneigée, elle n’avait jamais connu Oeil-de-Nuit »). Ambre est une étrangère pour Fitz, les deux ne partagent rien en commun.


Enfin, il y a le cas Abeille. On réalise assez vite dans la saga qu’Abeille ne porte pas le Fou dans son coeur. Elle a peur qu’il ne revienne lui voler son père.

Elle rencontre Ambre à Clerres lors de la mission de sauvetage. Fitz meurt, pas Ambre. Et, elle tient Ambre responsable de la mort de son père. A partir de là, Abeille ne fait aucun effort pour apprécier Ambre. Aucun. Tout est prétexte pour entretenir sa colère et sa haine. On peut clairement dire qu’elle aurait échangé sans aucun problème Ambre contre Fitz (« Parce qu’Ambre était là, à la place de mon père »). Il faut dire qu’Ambre entretient les sentiments négatifs de la jeune fille en tentant de prendre part à son éducation, en se comportant donc comme un père. C’est une bien piètre décision de la part d’Ambre.

Au final, Abeille n’a que du mépris : « ce n’était plus le Bien-Aimé de personne, mais un petit homme triste, un bouffon brisé.


mercredi 4 mars 2026

[RF Kuang] Qui est Victoire ?

Babel s’inscrit dans un contexte particulier. Il se déroule dans la première moitié du 19ème siècle, une période où l’empire britannique vient d’abolir l’esclavage mais continue d’assurer une forte emprise sur ses colonies et tente de dominer férocement ses concurrents. Etudiante à Babel, Victoire participe à la puissance de l’institut de Babel et au développement des barres d’argent qui permettent aux britanniques de développer leur économie et leur pouvoir.


Victoire est impatiente de rejoindre Babel. L’université peut lui offrir un changement important dans sa vie, elle qui a été traitée comme une esclave toute sa vie et n’avait d’autre choix que vive une vie misérable. Mais, Victoire déchante vite. Babel ne fait que répéter ce qui se passe ailleurs dans la société. Victoire étant une femme, elle est vue comme inférieure par les hommes. Pire, elle  représente un danger pour eux (« tous les collèges ont affirmé que notre proximité risquait de compromettre les messieurs »). Bien qu’étudiante, Victoire n’a pas les mêmes droits que les autres.

Pour ne rien arranger, ses plus proches amis masculins, Robin et Ramy, n’ont pas conscience de ce que vivent Letty et elle. Les deux jeunes hommes sont tant captivés par ce qu’ils vivent qu’ils ne voient pas que leurs amis souffrent. Dès lors, Victoire doit mettre les points sur les i. Elle met en avant l’hypocrisie de Babel, cette université qui se prétend ouverte sur le monde mais qui est refermée sur elle-même et ses préjugés : « je ne crois pas que vous comprenez très bien, tous les deux, à quel point il est difficile d’être une femme ici (…) ils sont libéraux sur le papier, oui. Mais ils ont une si piètre opinion de nous ». Victoire leur explique alors que la vie de femme est pénible. Elle n’a aucun moment de répit, aucun moment où elle peut se laisser aller car « chaque faiblesse que nous manifestons démontre les pires théories à notre sujet : que nous sommes fragiles, hystériques et naturellement trop faibles d’esprit ».


La couleur de peau, noire, de Victoire n’arrange rien. Dans un Empire qui a aboli l’esclavage mais le pratique encore, cela reste un handicap. Quand le groupe d’amis est invité à une fête, Victoire doit se trouver une tenue mais la chose est très compliquée puisque « les tailleurs ne m’habilleront pas. Ils ne me laisseront entrer dans la boutique que si je me fais passer pour ta bonne ». Pour Victoire, ce serait une régression, elle retrouverait son ancienne statut.

La fête est un cauchemar pour Victoire et Letty : elles sont agressées sexuellement. Robin constate que « Victoire croisait les bras devant la poitrine, tandis que Lily parlait très rapidement ». Il ne suffit pas que Victoire soit coincée dans un coin, il faut aussi qu’elle subisse des propos dégradants et humiliants. Pendennis, un autre étudiant, est particulièrement odieux (« mais on est curieux (…) est-ce qu’ils sont vraiment de couleur différente ? On voudrait voir. Vos décolletés sont tellement profond que ça excite notre imagination »). 

Et, pour ne rien arranger, Letty minimise ce qu’elle a subi. Pour Letty, les deux ont subi la même agression alors que Victoire pense qu’il y avait en plus une motivation raciste. Letty persiste (« ce n’était pas seulement parce qu’elle est…. ») et crée là un autre point de discorde avec son amie.


Letty est un produit du système britannique. La jeune femme a traversé tout un tas de souffrance, le dénigrement de sa famille, le mépris. Malgré tout, elle continue de croire à ce système et à la défendre. Malheureusement, comme le remarque Robin, « Victoire n’avait que Letty - qui affirmait toujours l’aimer l’adorer ». Et Letty refuse d’admettre la souffrance de Victoire. Elle ne le lui dit pas frontalement mais tout dans son attitude le suggère ; elle « n’entendait rien de ce qu’elle disait si cela ne s’accordait pas à sa vision préétable du monde ».

Victoire a beau lui répéter et dérouler ses arguments, rien n’y fait. Une nouvelle fois, elle lui explique ce qui se passe : « tu crois qu’on ne vend pas de barres en Amérique ? Que les fabricants anglais ne profitent pas encore des menottes et des fers ? Tu crois qu’il n’y a pas de gens, en Angleterre, qui ont encore des esclaves et qui se débrouillent simplement pour bien les cacher ? » Letty refuse de l’admettre. D’ailleurs, plus tard, au grand désespoir de Victoire, Letty les trahira.


Toutefois, Victoire n’est pas si innocente. Etudiante à Babel, elle fait aussi partie du système qui écrase les plus faibles et les défavorisés. Même marginalisée, son sort est bien mieux que celui de millions d’individus. Surtout, en participant à la construction des barres, elle perpétue le modèle qui opprime les travailleurs. Dès lors, ceux-ci n’ont pas d’autre choix que se mettre en grève et manifester. Victoire en subit les conséquences (« jusqu’à ce qu’un individu corpulent se dresse sur le chemin de Victoire et lui adresse la parole sur un ton agressif, avec un rude accent du nord incompréhensible »). Victoire est choquée et ne parvient pas à voir le tableau d’ensemble. Elle qui peut être si perspicace ne se rend pas compte de la souffrance et du désarroi des travailleurs.

Des années plus tard, Victoire croise l’homme (Abel) qui l’a prise à partie. Il lui fait comprendre qu’ils ont toujours été du même côté même si elle ne s’en rendait pas compte. En effet, il a fallu à Victoire tout un tas d’événements pour comprendre qu’elle était dominée comme tous les autres. Babel écrase tout le monde, tout est fait pour enrichir la puissance impériale et les étudiants ne sont que des pions, certes utiles. Abel précise que « la question, c’était la baisse des salaires (…..) les dangers de machines non testées, trop rapides pour que l’oeil les suive. Nous souffrions. Nous voulions simplement vous le montrer ». Or, Victoire et les autres, étaient trop enthousiasmés par leurs études pour s’en rendre compte. Ils ne se rendaient pas compte qu’ils étaient exploités comme les autres. 

Tout le groupe d’amis l’a compris il y a quelques temps déjà. En effet, de retour d’un voyage en Chine, Robin a tué son père (Lovell). Robin le chinois a tué son père le britannique alors que celui-ci était agressif. Lovell n’avait pas décoléré après l’échec de négocations sur le commerce d’opium en Chine et en tenait Robin pour en partie responsable. Robin, Ramy et Victoire que la situation est mal embarquée (« On est des étrangers qui reviennent en bateau d’un pays étranger avec un homme blanc mort »), Letty non. Autrement dit, Victoire est toujours renvoyée à sa différence.


Ramy est tué par Letty. Le groupe se sépare. Robin et Victoire rejoignent les rebelles qui veulent détruire Babel alors que Letty s’oppose à eux. Letty les prend pour des illuminés, des naïfs. Elle leur affirme qu’ils ne sont qu’une vague nuisance, un léger contre-temps (« vous leur donnez la migraine. Bien joué. Mais, au bout du compte, on peut vous sacrifier. Tous »). Au-delà du cas Babel, c’est aussi la preuve que Letty a tout effacé, toute son amitié avec Victoire. Letty peut effacer Victoire de sa vie sans aucun regret, sans aucun remords. Ce n’est pas le cas de Victoire : «  nous t’aimions, murmura Victoire. Nous serions morts pour toi ».