Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

samedi 23 mai 2026

[Thibaut Lafargue] Le bouffon de la couronne / Quelques extratits que j'apprécie

  • Comme l’avait prédit Albertain, le fromage que Brèche-Dent avait mangé se révéla avarié. Ses boyaux le lui firent savoir à une heure indue de la nuit, alors que le moulin dormait du sommeil du juste. On dit qu’il resta aux latrines jusqu’au matin, à gouverner sur un royaume fétide.
  • Jeanny : Un bouffon est en dessous du peuple, mais au-dessus du roi. Il se situe dans cette folie que les nobles jalousent autant qu’ils la détestent. Amuse le roi et tu amuseras la cour. Alors, tu seras l’être le mieux loti du château, sois-en sur.
  • Jeanny : Tout est permis pour le bouffon de la Couronne. L’interdit, il le piétine, les tabous, il les crie haut et fort, et la bienséance… il se torche avec !
  • Cette tradition remontait au temps de la Peste Noire qui s’était abattue sur Hylion, lors de la Première Dynastie. L’eau étant perçue comme un véhicule de la maladie, on s’était résignés à ne plus boire que du vin ou de la bière. Rien que ne saurait convenir à un enfant… De là était venue l’idée d’offrir ses larmes en guise de boisson. Ainsi, disait-on, avaient été sauvés les enfants d’Hylion.
  • Jeanny : Je savais bien que j’avais pas été gâtée par la nature, que je ressemblais pas franchement à une femme, pas non plus à un homme - à pas grand-chose en vérité. Mais si c’était que ça, un étalon pas trop regardant, ça se trouve. Suffit de le payer pour qu’il crache la purée et le tour est joué. On a un même, et le reste, ça compte plus. Mais non… le Triste a trop bien fait les choses. J’ai tout essayé… Mon ventre est resté aussi plat que mon dos était rond.
  • (La Mère-Affiliée à l’enterrement du Marionnettiste) : Pendant un moment, elle considéra le petit cadavre avec l’étonnement stupéfait, et un peu bête, d’une mère confrontée à une vérité qui la dépasse. On voyait presque se dissiper dans ses yeux la lumière aveuglante du déni, occultée par le brouillard gris de l’acceptation. Voilà pourquoi, après de longues minutes silencieux, elle poussa ce hurlement, né des entrailles de sa douleur, qui glace le sang et terrasse le coeur. Tous les fidèles tremblèrent comme un seul homme. Puis la vieille femme déposa le corps sur la tombe du Triste.
  • (La mère de Sébrain, à propos de son père) : On s’est regardés longtemps. Je suis sûre qu’en fait ça a duré à peine quelques secondes, mais y a des moments comme ça, où on a le sentiment que le temps se laisse aller.
  • Un constat éclaira la poix de ses pensées : pour provoquer le rire, nul besoin d’être bien disposé. On pouvait exceller dans la pitrerie malgré sa mauvaise humeur. Pire, la gaieté que produisait un bouffon semblait proportionnelle à la douleur qu’il ressentait.

lundi 18 mai 2026

[Ursula K. Le Guin] L'ultime rivage / Quelques extraits que j'apprécie

  • L’Epervier : La bonne aventure et les philtres d’amour n’ont guère d’importance, mais les vieilles femmes méritent d’être écoutées.
  • L’Epervier : Essaie de choisir avec soin, Arren, lorsqu’il faudra faire de grands choix. Quand j’étais jeune, j’ai eu à choisir entre être et agir. Et j’ai sauté sur la seconde solution comme une truite sur une mouche. Mais chacun de tes gestes, chacun de tes actes, te lie à lui et à ses conséquences, et te force à agir encore et toujours. Il est donc très rare de rencontrer un espace, un moment comme celui-ci, entre deux actions, où il soit possible de s’arrêter et de se contenter d’être, tout simplement. Ou de se demander qui on est, en fait.
  • L’Epervier : Je n’inflige pas de punition, dit la voix dure et claire, glacée comme la froide lumière de mage dans le brouillard. Mais au nom de la justice, Egre, je prends ceci sur moi : j’ordonne à ta voix de se taire jusqu’au jour où tu trouveras un mot qui vaille la peine d’être dit.
  • (À Lorbanerie) : Au crépuscule, l’air y est empli de petites chauves-souris grises qui se nourrissent des vers. Elles en mangent beaucoup, mais on le tolère et elles ne sont pas exterminées par les tisserands, qui considèrent en vérité que tuer ces animaux est un acte de très mauvaise augure. Car, disent-ils, si les êtres humains vivent des vers, les petites chauves-souris ont le bien le droit d’en faire autant.
  • C’était là, pensa Arren le fondement même de la sorcellerie : faire allusion à des choses formidables tout en ne disant rien, et ne rien faire du tout en faisant croire que c’est le sommet de la sagesse.
  • (La voix du dragon) : La voix était douce et sifflante, presque semblable à celle d’un chat en colère, mais gigantesque, et il y avait en elle une terrible musique. Quiconque entendait cette voix ne pouvait que se figer et écouter.
  • Arren : Quel mal les arbres ont-ils fait ? dit-il. Faut-il qu’ils punissent l’herbe pour leurs propres fautes ? Ces hommes sont des sauvages, qui incendient une terre parce qu’ils sont en querelle avec d’autres hommes.
  • L’Epervier : Qu’est-ce qu’un homme bon, Arren ? Un homme bon est-il celui qui ne ferait pas le mal, qui n’ouvrirait pas une porte donnant sur les ténèbres, qui n’a pas de ténèbres en lui ? Regarde mieux, mon garçon. Regarde un peu plus loin.
  • L’Epervier : As-tu cru que je devenais sénile, et que j’allais clamer mon nom partout, comme ces vieillards larmoyants qui ont perdu la raison et toute dignité ? Pas encore, mon garçon !
  • L’Epervier à Arren : Tu entres dans l’âge d’homme aux portes de la mort. 

vendredi 15 mai 2026

Quel héritage pour Caudron ?

Caudron est un autre personnage qui parait totalement anecdotique. Elle n’est qu’une vieille femme étrange que Fitz rencontre lorsqu’il est à la recherche de Vérité. Caudron ne fait rien pour être appréciée tant elle est sèche et mystérieuse, peu encline à se livrer. Elle semble obsédée par la question du temps et des prophéties.

Cependant, la suite des événements montre que Caudron occupe une place importante. Elle devient une héroïne oubliée dans l’histoire des Six-Duchés. Sans Caudron, Vérité aurait été incapable de terminer son dragon d’Art et de pierre et les Six-Duchés auraient sombré face aux Pirates rouges.

Ainsi, des années plus tard, des décennies plus tard, Coeur de Loup (Oeil-de-Nuit) rappelle à un Fitz bien mal en point l’expérience et l’importance de Caudron. En effet, après avoir passé quelques temps dans le courant d’Art, Fitz est désorienté, perdu. Il ne sait plus ce qu’il doit faire; Oeil-de-Nuit lui rapporte des propos tenus par un Vérité présent dans le courant : « lui-même a failli échouer : si tu n’avais pas amené Caudron et si elle n’avait pas été ce qu’elle était, il ne serait resté qu’un dragon à moitié achevé et un roi mort ». Caudron est donc celle qui a permis l’achèvement du dragon de Vérité et ce n’est pas un mince exploit car il en faut des choses, des émotions, des expériences pour remplir un dragon.


Caudron n’est pas une femme comme une autre. Des années après sa mort, son cas est discuté et elle est jalousée par Umbre. Le vieil assassin vieillit, il se sent dépassé par le temps. Fitz refuse de le former à l’Art alors que cela pourrait l’aider à lutter contre ses tourments. Il en voit un Caudron un exemple à suivre : « quel âge avait cette Caudron avec qui tu avais voyagé ? Deux siècles ? Trois ? Or, elle était restée assez solide pour affronter un hiver montagnard ». Caudron semble donc faire partie d’une ancienne génération d’artiseurs bien plus doués et mieux formés.


En parlant d’Art, Caudron a enseigné à Fitz un jeu qui lui permettait de canaliser son Art. Fitz n’a pas laissé mourir ce jeu. Il en a rédigé un traité et en a parlé à Umbre. De toute façon, curieux comme il est, le vieil homme a tout de suite repéré l’importance du jeu en rendant visite à Fitz (« il s’agit bien du jeu des cailloux n’est ce pas ? Celui que Caudron t’a enseigné pour t’aider à détourner ton esprit de la route d’Art ? C’est passionnant »). On pourrait presque croire que cela en resterait là, que ça serait un simple outil pour les artiseurs. Tout a changé quand Fitz a appris les règles à Devoir (« j’ai presque éprouvé du soulagement à lui enseigner le jeu des cailloux de Caudron »). 

Devoir étant le prince, ses actes sont nécessairement scrutés et suivis. Il est aussi celui qui peut créer des tendances et c’est ce qu’il a fait en popularisant le jeu, parfois à ses dépens. Il dit à Fitz que « je me suis fabriqué un damier en tissu et des pions. Je pensais m’améliorer en jouant contre des adversaires en plus de vous ». Devoir ne sait pas que c’est Caudron qui a créé ce jeu, une preuve de plus que l’histoire de cette femme est bien peu connue.