Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

vendredi 12 juin 2026

Mes citations préférées (3)

  • (Molly à Fitz) : Mais les sentiments n'ont rien à voir avec la raison ; ils sont, c'est tout. Ton amour pour moi n'est pas raisonnable, ni le mien pour toi. J'ai fini par m'en rendre compte, et aussi de ce que la raison doit passer avant les sentiments.
  • (Le Fou, à Clerres) : J'ai plongé FitzChevalerie dans la mort un dizaine de fois ! Personne ne peut savoir ce que ça m'a coûté ! Personne ! C'est mon avenir, ma voie, choisie par moi, le Prophète blanc de notre temps ! Es-tu donc à ce point aveugle ? Lui et moi, nous avons tout fait ! Nous avons ramené les dragons dans ce monde. 
  • Oeil-de-Nuit : Mon frère. Changeur, je suis très fatigué. J'ai froid et je suis trempé. J'ai besoin de toi. 
  • Oeil-de-Nuit : Tue-nous donc tous plutôt que de reconnaître devant une seule personne ce que nous sommes ! 

jeudi 11 juin 2026

Qui est Rurisk ?

La première fois qu’on entend parler de Rurisk laisse une impression négative. Alors que Subtil envoie Fitz dans les Montagnes pour assister au mariage entre Kettricken et Vérité, il lui demande de tuer le prince Rurisk. C’est bien entendu une façon de consolider le pouvoir de Vérité (et donc des Six-Duchés), c’est presque un geste miséricordieux tant Rurisk semble être dans un état pathétique. Subtil dit de lui qu’il « n’est pas en bonne santé » alors que « autrefois, il était bien portant et vigoureux ». Or, la culture montagnarde prône la force physique, la vitalité ; cela pousse Subtil à se questionner (« connaissant les Montagnards, il est très suspect qu’il soit leur roi-servant »). Notons que Subtil a eu les renseignements de la part de Royal, et que Royal est tout sauf fiable…


Pour Fitz, Rurisk est une ouverture sur son père, Chevalerie. Les deux hommes se sont connus lors de négociations commerciales entre leurs deux pays. Ils ont sympathisé et sont devenus de bons amis. Chevalerie a même pu confié à Rurisk ses doutes et ses questionnements (« quand le temps parole en tant qu’ambassadeurs de cols et de négoce fut passe, nous nous sommes assis ensemble pour partager la viande et nous avons discuté, en tant qu’homme, de ce qu’il devait faire. J’avoue que je ne comprends pas pourquoi il pensait devoir refuser de devenir roi »). Rurisk et Chevalerie ont donc noué une réelle amitié. On en a une autre preuve quand Rurisk a appris la mort de Chevalerie qui l’ « a empli de tristesse ».


Le souvenir de Chevalerie n’est pas la seule chose qui rapproche cet homme et Fitz. En effet, Burrich avait séparé des années plus tôt Fitz de Fouinot. Tout laissait à croire que Burrich avait tué le chiot. Or, on se rend compte qu’il a envoyé Fouinot dans les Montagnes et l’a confié à Rurisk. Cela montre toute la valeur que Burrich accorde à cet homme, tout le respect qu’il a pour lui. Burrich a dû le rencontrer au moment des négocations et Chevalerie a sans doute dressé un portrait flatteur de Rurisk.

Fouinot est donc encore en vie. Il n’est plus le compagnon de Fitz mais de Rurisk : « il ne faisait aucun doute que c’tait désormais le chien de Rurisk ; l’intensité du lien qui nous unissait avait disparu ». Toutefois, il est difficile de dire si Rurisk maîtrise la magie du Vif. Rien ne laisse croire que ce soit le cas ; bien plus tard, sa soeur Kettricken arrivera à nouer un lien fort avec Oeil-de-Nuit…


Quand il rencontre Rurisk, Fitz est surpris par l’individu qui se tient face à lui. Il semble déjouer tous les pronostics d’une mort imminente. Tout laisse croire qu’il vivra encore de nombreuses années (« le prince Rurisk n’avait présenté aucun des symptômes de faiblesse et de maladie rapportés par Royal »).

Rurisk semble être un Homme d’Etat. Il n’est pas comme Royal qui ne pense qu’à son sort ou comme Chevalerie qui a fui à la première difficulté. Il comprend pourquoi Subtil désire le tuer et fait une contre-proposition. Comme Rurisk est tourné vers l’avenir et prêt à remettre en cause certaines traditions, il pourrait être un futur bon roi et être « un meilleur allié vif que mort ». Certes, Rurisk veut rester en vie mais il pense aussi à l’avenir des Montagnes.

Rurisk cerne très vite la situation de Fitz. Il a rapidement compris que la situation du jeune homme était précaire et ne tenait pas à grand-chose. Fitz ne peut pas désobéir aux ordres royaux car il montrerait qu’il est peu fiable. Or, « un bâtard inutile est un poids mort pour la royauté ».


Aussi brillants soient-ils, aussi prudents soient-ils, Rurisk et Fitz ne parviennent pas à déjouer le complot de Royal qui parvient à les assassiner tous les deux en les empoisonnant. Rurisk meurt devant Fitz (il « se cambra de nouveau et je savais que je ne pouvais rien pour lui »). La personne la plus triste à la mort du prince montagnard n’est ni son père Eyod, ni sa soeur Kettricken. C’est Fouinot : « il m’a quitté. Ça fait mal ». C’en est donc fini pour Rurisk. Il disparaît de l’histoire et de l’intrigue, il n’aura plus aucun impact.


Pourtant, son souvenir persiste. 

Il donne son nom à un des navires armés pour lutter contre les Pirates Rouges (« le Rurisk était le plus grand des quatre vaisseaux lancés à la fête de l’Hiver »).

Kettricken, elle, pense encore à lui. Des décennies plus tard, alors qu’elle a perdu Vérité, et élève seul son fils Devoir, elle est ravie de voir que Fitz est sorti de sa retraite et est revenu à Castelcerf. Elle lui adresse un sincère compliment : « je me réjouis de cette parenté, FitzChevalerie. Rurisk était mon seul frère et nul ne saurait le remplacer ; pourtant, vous en approchez autant qu’il est possible ».

Fitz et Astérie, le couple tant attendu !


 

lundi 8 juin 2026

[Joe Abercrombie] Chute ou gloire pour Savine ?

L’Union traverse une grande crise, un immense bouleversement. Le peuple, guidé par quelques figues comme la Juge, s’est soulevé et a renversé l’ordre établi. Le roi Orso a été emprisonné. La justice devient expéditive. Les anciens puissants ont le droit à une parodie de procès puis sont exécutés. 

Quand l’hiver arrive, la capitale Adua n’est plus que l’ombre d’elle-même : les bâtiments tombent en ruines et les gens meurent de faim. Savine voit là la chance de se sortir d’une situation périlleuse.


Savine est officiellement la fille de Sand dan Glokta et d’Ardee West. Elle est surtout une grande industrielle, une femme féroce en affaires. Elle a échappé aux émeutes de Valbeck et à la tentative ratée de coup d’Etat contre Orso ; son étoile a déjà donc beaucoup pâli. Mais, elle reste une personne à abattre, une cible légitime pour les révolutionnaires.

Si Savine veut survivre, elle doit faire preuve de malice et montrer qu’elle est du côté du peuple. Elle ne peut pas se contenter de beaux mots, de belles tournures de phrases ; il faut de actes. C’est ce qu’elle décide en organisant une distribution de pains et de denrées alimentaires. Elle profite là des réseaux qu’elle avait du temps où elle était puissante. Les révolutionnaires ont pris le pouvoir mais sont désordonnés ; Savine n’a plus beaucoup de pouvoir mais elle sait comment s’y prendre. Mieux, sa démarche semble presque sincère : elle dit à Zuri que « j’ai décidé de… distribuer. Je veux aller dans les quartiers les plus pauvres et … tout donner ».

La distribution alimentaire attire beaucoup de monde. Il faut dire que Savine y met les moyens : « dans le voisinage, je possède six boulangeries. Pour me procurer de la farine, des agents à moi sillonnent le Midderland. Quant à la soupe, on la prépare avec tout ce qui nous tombe sous la main ».

Bien entendu, Savine ne fait pas ça que par bonté d’âme. Elle espère se montrer utile au nouveau régime pour éviter de se faire tuer. Elle a également en tête les éléments de Valbeck qui l’ont grandement marquée. Ils l’ont forcée à avoir un autre regard sur le monde ; elle ne peut plus faire comme si la misère n’existait pas, elle ne peut plus uniquement se concentrer sur la conquête du pouvoir ou l’accumulation de l’influence. Dans un moment d’introspection, elle se rend compte qu’elle n’y arrive plus, qu’elle ne plus parvient être égoïste. Elle s’interroge : « je me demande si le Grand Changement a vraiment aggravé les choses ou s’il les a simplement aggravés pour moi. Y-a-t-il plus de mendiants, ou est-ce moi qui les remarque pour la première fois ? (…) La nuit, je me réveille en sursaut, sûre que les Incendiaires vont venir m’arrêter. Et je sais que je le mérite. ».


Savine fait donc ce qu’elle peut pour survivre. Mais, la réalité la rattrape. Elle est dénoncée par Selest qui profère contre elle de terribles accusations, qui sont en plus vraies. Selest révèle que Savine est le symbole même de l’ancien régime, mais qu’elle a également eu une relation incestueuse avec le roi (« parce qu’il est établi que Savine Brock, des années durant, a été la maîtresse du roi ! (…) Mais il y a pire ! (…) Savine Brock est la soeur du roi ! (…) Savine Brock est la bâtarde du roi Jezal ! ». On ne pouvait pas énoncer pire accusation.

Savine a vite conscience que sa situation est périlleuse. Il faudrait un miracle pour qu’elle échappe à la condamnation à mort. Elle décide de jouer ses maigres atouts. Elle joue la carte de la modestie, la carte de la femme populaire (« vêtue d’une robe d’après grossesse d’un blanc immaculé, Savine n’arborait ni perruque ni bijoux. Ses cheveux noirs plaqués sur le crâne, elle se présentait sous le jour d’une femme ordinaire »). Elle montre qu’elle est une redoutable personne en jouant la carte maternelle. Quand il faut rester en vie, Savine n’a pas de scrupule, surtout qu’elle est interrogée par un individu qui supporte mal la nudité féminine. Elle argumente donc en disant que « depuis que tout a changé, j’ai entendu bien des sermons sur la responsabilité d’une Citoyenne. La maternité est toujours la première (…) Mon lait, je le leur donnerai jusqu’à mon dernier souffle ». Elle allaite donc ses enfants en plein procès, dévoilant sa poitrine.

Mais si elle peut en déstabiliser certains, ce n’est pas le cas avec la Juge. Cette dernière est une femme pleine de violence et de colère, impitoyable et extrêmement dangereuse. Elle est l’apôtre d’une violence démesurée et ses mots sont comme des coups de poignard : « oublions la baiseuse de frère. Et gobons toutes toutes histoire de mère courage, de sauveuse d’orphelins et de providence des pauvres (…) Sous l’apparence d’une jolie femme, tu es la pire vermine de l’ancien régime ».


Savine est donc condamnée à mort. On compte la jeter du toit du tribunal ; heureusement pour elle, une bagarre éclate et elle échappe à son destin. Son accusatrice, la Juge, fait le grand plongeon. Et la situation se retourne : Savine goûte à nouveau au pouvoir.


Elle se venge de certains qui avaient participé à sa chute. C’est le cas de Brisépée, un écrivain la présentant comme une ennemie du peuple. Elle se montre impitoyable avec lui, lui faisant bien comprendre que sa vie dépend de sa volonté (« ta raison de vivre désormais sera de me faire aimer ! Et tu respireras tant que tu me seras utile »).

Savine espère avoir changé, que l’époque de la révolution du peuple lui a permis de changer. Elle se rend compte que n’est pas entièrement le cas, que l’exercice du pouvoir a toujours des effets pervers sur elle (« comment nier qu’elle prenait plaisir à voir les gens quémander son approbation, implorer qu’elle les finance et crever d’envie devant sa réussite ? »).


Mais, un obstacle se dresse face à elle : son époux, Leo. Il est aigri et jaloux. Il ne supporte pas de voir sa femme être plus populaire que lui, plus aimée. Leo ne cache pas ses états d’âme : il les exprime à sa mère, Finree (« elle est très populaire, fit Leo, mécontent. Vous n’avez pas eu ce foutu pamphlet au pays des Angles ? La mère courage, dépoitraillée, nourrissant ses petits devant la cour…? »).

Le mari et la femme sont engagés dans un combat : les enfants de Savine sont les héritiers du trône et eux en sont les régents. Il s’agit donc d’avancer ses pions. Rikke, la cheffe du Nord, met en garde Savine. Il ne faut pas qu’elle sous-estime Leo. Certes, Savine est plus populaire mais Leo a l’armée avec lui (« tout le monde t’admire, t’envie et t’adore. La Petite Fiancée des taudis ! Quand elles parlent de toi, May et Liddy ne trouvent pas de louanges à ta hauteur (…) Mais dans les rues, ce sont pas tes soldats qui patrouillent, pas vrai ? »).


Dès lors, Savine tente d’affaiblir Leo. Elle utilise Jurand (« je commence à croire que Leo est amoureux de quelqu’un d’autre. Et ce depuis toujours. J’ai souvent réfléchi à la façon dont il a réagi aux événements de Sipani (…) Et j’ai émis l’hypothèse qu’il n’était pas dégoûté mais mort de jalousie »). A Sipani, Leo a vu Jurand, son meilleur ami, avoir une relation sexuelle avec un autre homme, et l’a banni. 

Savine fait preuve de malice en faisant en sorte que les membres du Conseil se rapprochent de ses vues. Elle fait aussi en sorte que Leo et elle-même ne puissent pas virer l’autre du poste de régent.

Leo ne parvient pas à comprendre ce qui motive Savine. Plus que tout, Savine veut survivre. Le pouvoir n’est pas une fin en soi mais un moyen de vivre. Elle est donc prête à tout pour arriver à ses fins, ce qui la rend encore plus dangereuse. Ce cynisme dégoûte Leo : « c’était toi, ce foutu régime ! C’est ton salaud de père qui a tué les gens dont le nom est gravé sur la place des Martyrs. La pire profiteuse du système, c’était toi, et tu n’en avais rien à foutre ».