Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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mercredi 1 juillet 2026

[Le Soldat Chamane] Important d'être gros ?

En Gernie, Jamère était promis à un brillant avenir. Il allait faire la fierté de la famille, et surtout celle de son père, en devant un brillant soldat, un officier reconnu. Mais, Jamère a été trahi par ce qu’un soldat a de plus précieux : son corps. Tout simplement, Jamère est devenu gros, exagérément gros. Il a perdu toute grâce à cheval, toute endurance. Ses muscles sont devenus de la graisse. Son avenir a été brise : expulsé de l’école militaire, sa famille lui a tourné le dos. Jamère désirant plus que tout évolué dans l’armée, il avait fui au loin de la capitale et même de son domaine familial : il avait fini par s’engager en s’occupant d’un cimetière de la ville de Guétis. Guétis était le symbole de l’expansion voulue par le pouvoir politique, elle devait ouvrir sur de nouveaux horizons, de nouvelles frontières, de nouveaux débouchés et de nouvelles opportunités, via la construction d’une route traversant la forêt. Or, la forêt est très importante pour les ocellions, les Opulents et leurs femmes-arbres (des figures quasi divines).


Si Jamère a grossi, ce n’est pas naturellement, ce n’est pas parce qu’il a trop mangé ou qu’il s’est empiffré. C’est à cause de la magie, de la peste ocellionne. Là où tant sont tombés malades à en mourir, lui a survécu mais au prix de son destin. Le jeune homme résume sa situation : « la magie avait commencé à changer radicalement mon apparence. Elle m’avait enveloppé d’un manteau de graisse qui avait fait de moi un objet de dérision et de mépris, et entravé non seulement ma vie personnelle mais aussi ma carrière militaire ». En prenant du poids, on reprochait à Jamère de n’avoir aucune volonté, aucun contrôle.


En réalité, Jamère n’est pas seul dans son corps. Une partie de son identité est accaparée par Fils-de-Soldat. Là où Jamère ressent encore une loyauté pour la Gernie, Fils-de-Soldat soutient le peuple des Ocellions. Jamère est donc embourbé dans un combat interne et il perd parfois le contrôle de son corps au profit de Fils-de-Soldat.

Avant de se tourner vers les Opulents et les ocellions, Jamère doit fuir Guétis où il a été condamné à mort pour nécrophilie. C’est la magie qui lui permet de s’échapper et de modifier les souvenirs de certains de ses proches. C’est aussi la magie qui lui permet de sauver Lisana, une femme-arbre, menacée par l’avancée de la route. Or, dans cet univers, la magie de Jamère repose sur la graisse, son poids. Plus il est imposant, plus il est puissant. 

Quand Fils-de-Soldat prend possession du corps partagé, il juge futile les actes de Jamère. Fils-de-Soldat est plus que déçu par son apparence physique : « il baissa les yeux sur son corps amaigri, sur les plis de peau qui renfermaient naguère un trésor de magie, et je sentis son écoeurement pour moi ». S’il est aussi déçu, c’est que l’usage de la magie n’a en rien changé le cours de la guerre entre les ocellions et les gerniens. Fils-de-Soldat est convaincu qu’il aurait pu faire un bien meilleur usage de tout cela.


Jamère est un Opulent, un acteur important dans la culture ocellionne. Les ocellions pensent que les Opulents doivent mener la guerre. Si le plus important est Kinrove, c’est parce qu’il est le plus gros, et cela lui permet de pratiquer la magie la plus forte. Jamère en est bien loin puisqu’ « il avait l’air d’un affamé, d’un avorton incapable d’assurer sa subsistance et encore moins de protéger son clan familial ». 

Olikéa, elle, retrouve un Jamère bien changé. Elle est choquée de voir son état physique. Mais, il n’y a pas que du choc. Il y a également un mélange de colère et de dégoût, de dépit. Tous ses plans tombent à l’eau. Pire, elle fait face à l’ingratitude de Jamère qui rechigne à se faire aider par elle et lui préfère son fils (Likari). Tout cela ne peut mener Olikéa qu’à prononcer des paroles dures mais éclairantes. Elle crie que « tu es maigre comme un homme qui ne mange rien, maigre comme un homme que nul ne respecte, maigre comme un homme maudit par la foret, maigre comme un homme trop bête pour se trouver seul à manger ». Cette énumération montre à quel point Jamère détonne dans la culture des Opulents : il est un Opulent maigre et donc une créature inédite. Cela lui enlève tout statut, toute dignité et tout respect. Il ne peut pas paraitre comme cela publiquement.


Dès lors, Olikéa n’a qu’une idée en tête : faire grossir Jamère. Elle connait bien la forêt, elle connait ce qui le fera prendre du bon poids et ce qui lui permettra en plus de magnifier sa magie. Elle sait aussi cuisiner, préparer ce qu’elle trouve. Elle lui fait alors une promesse alléchante : « de bonnes tranches de viande bien grasse te reconstituent vite ; je les cuisinerai avec des champignons, des poireaux et du sel rouge. Ça prendra du temps, Jamère, mais je te rendrai ta puissance ».


Dès lors, Jamère (ou plutôt Fils-de-Soldat) mange. Il mange encore et encore. Sa voracité est manifeste et « il continua de dévorer alors même qu’il avait dépassé le stade de la réplétion ; il s’empiffrait à outrance et tirait plaisir de la dimension de son ventre ». On voit bien que l’apparence compte. Être gros est important, c’est signe de pouvoir et de puissance. De toute façon, Olikéa lui a bien fait comprendre qu’il ne pouvait pas conserver son apparence (« je m’attriste que tu te montres dans cet état à notre clan familial et encore plus à Kinrove »). Fils-de-Soldat n’a donc pas le choix : il doit manger pour prendre du poids et accumuler de la magie (« à trois reprises, il tomba sur des aliments propres à accroitre sa magie »).


En Gernie, être gros est mal vu, surtout si on désire être soldat. C’est un signe de faiblesse, de laisser-aller. Pour le peuple des ocellions, c’est tout le contraire : un Opulent est un cadeau, un dépositaire de la magie, leur instrument pour lutter contre l’invasion des gerniens.

mardi 30 juin 2026

[RF Kuang] La république du dragon / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Rin, à propos de Ramsa) : Elle ignorait ce qu’elle lisait dans son regard, mais elle ne le méritait pas. Ce n’était pas de l’amitié. Elle ne la méritait pas. Ce n’était pas non plus de la loyauté. Elle la méritait encore moins. C’était de la camaraderie, un lien formé par une trahison commune.
  • (Vaïsra à Rin) : Tu es une fillette apeurée qui réagit de la manière la plus irréfléchie qui soit sous le coup de la colère et du chagrin. Tout ce que tu veux, c’est ta vengeance. Mais tu pourrais être bien plus. Et faire bien plus. Écoute-moi. Tu pourrais changer l’Histoire.
  • (Rin) : Pour l’heure, toutefois, elle ne pouvait songer qu’à une seule chose : il était horriblement drôle de savoir qu’elle n’était pas la seule à être responsable d’une tuerie de masse.
  • Voilà à quoi ressemblait à présent l’équilibre des pouvoirs. Les gens comme elle agitaient la main et des millions d’autres se retrouvaient broyés par une catastrophe naturelle, éjectés de l’échiquier du monde comme des pièces incongrues. Les gens comme elle — les shamans, tous sans exception — étaient pareil à des enfants, piétinant des cités entières comme des châteaux de sable, des maisons de verre, des entités fongibles qu’on pouvait cibler puis détruire.
  • (Daji) : Les Nikaras ne sont pas prêts pour la démocratie. Ce sont des moutons, des imbéciles incultes et grossiers. Ils ont besoin qu’on leur dise quoi faire, même si ça implique la tyrannie.
  • (Daji) : Les Nikaras sont égoïstes. Ce pays tout entier est égoïste. Les gens sont égoïstes. Ces putains de provinces ont toujours été bornées, incapables de voir autre chose que leurs petits intérêts pour se joindre à un quelconque effort collectif. Tu les as entendus, tous ces idiots, à l’intérieur.
  • (Vaïsra) : Tu es la créature la plus puissante du monde, en ce moment. Tu peux déclencher ou mettre fin à une guerre (…) Ce que tu n’as pas le droit de faire, en revanche, c’est rester neutre. Avec un pouvoir comme le tien, la vie ne t’appartient pas.
  • (Rin, quand elle entend le nom du général Josephus Tarcquet) : Quel nom débile, songea Rin. Un enchaînement confus de syllabes qu’elle parvenait à peine à prononcer.
  • Ramsa ne cessait d’accuser Baji de tricher. Ce n’était pas le cas, mais ils découvrirent que Ramsa, lui, trichait bel et bien lorsque plusieurs dés tombèrent de sa manche ; le jeu se transforma alors en lutte
  • (Sorquan Sira, à propos d’Altan) : La vie et la mort sont la même chose, dans ce cosmos. On entre dans le monde matériel et on le quitte réincarné en quelque chose de mieux. Ce garçon était malheureux. Tu l’as libéré.
  • Les morts ne nous quittent pas, expliqua la Sorquan Sira. Ils nous hantent aussi longtemps qu’on leur en laisse la possibilité. Ce garçon est un fléau pour ton esprit. Oublie-le.
  • (Tante Fang) : En écartant les jambes simplement une fois de temps en temps, tu aurais pu manger tout ce que tu voulais, ou porter tous les vêtements que tu voulais. Mais, ce n’était pas assez bien pour toi, non, tu voulais être unique, devenir quelqu’un d’important, t’enfuir à Sinegard et prendre part aux joyeuses aventures de la Milice.
  • (Rin regarde Daji) : Elle approchait pourtant le menton haut et les sourcils arqués, les courbes de ses lèvres formant un sourire impérieux comme si elle venait de remporter une grande victoire. Elle irradiait une beauté sombre et séductrice qui faisait oublier ses vêtements imbibés ainsi que ses navires en morceaux.
  • (Venka à Rin) : Ce n’est pas aussi affreux que ça en a l’air. Il va te falloir un moment, mais tu retrouveras toute ta mobilité. Le gros problème, ce sont les cicatrices. Mais tu as toujours été moche, de toute façon, ça ne changera rien.
  • (Tsolin à Rin) : Marionnette jusqu’au bout, murmura-t-il, d’une voix si faible qu’elle fut seule à l’entendre. Quand est-ce que tu vas retenir la leçon ?
  • À Tikany, les fêtes n’attiraient les gens que parce qu’elles étaient synonymes de nourriture et de boisson gratuites, mais Arlong, détruite par la bataille, ne pouvait offrir ni l’un ni l’autre.