Quatre-Feuilles, autrefois connu sous l’identité de Joan Steepfield, cache bien son jeu. Pour certains, il est un mentor, un individu qui peut faire entrer des principes dans la tête bien dure des nouveaux combattants (comme Stour Ténèbres). Pour d’autres, il est un individu à la loyauté qui flanche. D’ailleurs, Quatre-Feuilles lui-même admet que son but est de rester en vie. Les années où il voulait briller dans le Cercle et à la guerre sont loin derrière lui.
Quatre-Feuilles est à la solde de Calder, Scale et Stour. Ces trois individus veulent prendre le contrôle total du Nord, accomplir la vision de Bethod et défaire Renifleur. Ils sont enhardis après avoir vaincu le légendaire Dow le Sombre. Stour est en plus le petit-fils de Bethod, un grand nom du Nord ; il veut entrer dans la légende, acquérir une réputation comme celle du Neuf-Sanglant. Quatre-Feuilles, lui, est bien plus mesuré. L’expérience lui a montré que rien ne dure, qu’on peut tomber aussi vite qu’on est monté. Il sait aussi que les hommes peuvent vite se retourner : « un homme doit savoir plier dans le sens du vent (…) les hommes bavassent sur la loyauté tant que ça ne chauffe pas pour leurs fesses ». On sent là aussi le fait qu’il a eu son comptant de batailles et de guerres. Tuer ne lui apporte rien, il ne cherche pas à entrer dans le panthéon des grands noms du Nord.
Quand il voit des hommes de Renifleur être massacrés gratuitement par des hommes de Stour, il est blasé. C’est un spectacle qu’il a bien trop souvent vu et contre lequel il ne peut rien faire. Il se contente d’observer la scène avec un certain dépit (« quel gaspillage d’êtres humains, de matériel et d’efforts. Mais c’était le quotidien de la guerre. Rien qu’il n’ait pas vu au moins dix fois »). La résignation guette donc Quatre-Feuilles.
Quatre-Feuilles doit réfréner les ardeurs de Stour qui ne rêve que de mort, de tuer, de se venger, de tuer Rikke et autres joyeusetés. Stour est à ce point aveuglé par sa furie qu’il se laisse convaincre à un défi : il affronte Léo, le Jeune Lion de l’Union, dans un duel dans le Cercle. Pourtant, Quatre-Feuilles le met en garde : perdre dans le Cercle est la fin ; il n’y a rien après. Au risque de se faire insulter de lâche, il laisse entendre qu’accepter ce défi n’est pas une bonne idée. Lui en a vécu un bon nombre et a retenu une leçon : « argent, terre, gloire, amis, même ton nom… Tu peux tout perdre, mais si tu conserves la vie, tu récupèreras tes biens en travaillant dur et en attendant le bon moment »….
Attendre le bon moment, voilà quelque chose qui semble bien définir Quatre-Feuilles.
C’est un concept qu’il développe plusieurs fois. Quand il forme de jeunes enthousiastes (abrutis) au combat à l’épée, il tente de leur faire comprendre que cela ne sert à rien de donner de grands coups, de se ruer au combat. Il suffit d’être aux aguets et frapper quand il faut (« parce que la seule chose qu’un homme puisse vraiment faire, c’est choisir son moment. Attendre son ouverture, savoir la reconnaître quand elle se présente, et la saisir au vol »).
Il en fait la démonstration quand il tue Magweer, un homme assez arrogant de Stour. Magweer se moquait de Quatre-Feuilles, lui reprochant sa couardise. Il voulait aussi le forcer à aller combattre alors que Quatre-Feuilles voulait se replier. Quatre-Feuilles profite donc d’une opportunité pour tuer Magweer, un homme qui appartient à son propre camp. Alors que la bataille fait rage, il le poignarde sans aucun remords. Sa survie vaut plus que sa fidélité à un camp. C’est à ce moment-là qu’il résume assez succinctement sa philosophie de la guerre et de la vie : « dans la mêlée, les hommes tombent plus souvent à cause de la malchance que du talent adverse. Une bataille, ce sont des cris et des gesticulations, à la suite de choix faits des heures plus tôt par des hommes que tu ne rencontreras jamais ». Autrement dit, un combattant a très peu de contrôle lorsque la bataille prend rage. Rien ne lui garantit une belle mort, une mort glorieuse au combat.
Quatre-Feuilles a donc tué Magweer. Il l’a fait avec efficacité (« quand il frappait un type, il se débrouillait pour ne plus avoir besoin de recommencer; Avec de l’entraînement, on devenait très bon à ce jeu »). D’une certaine façon, il est un très bon combattant qui voit très peu l’utilité de verser du sang ; il ne le fait qu’en cas d’extrême nécessité.
C’est pour ça qu’il n’hésite pas à tuer Merveilleuse, son amie. Merveilleuse a accompagné Quatre-Feuilles des décennies. Et pourtant, il n’a pas hésité à la tuer quand Stour lui a demandé une preuve de fidélité. C’était lui ou elle. Quatre-Feuilles a donc obéi. Mais, cela lui a laissé un goût amer en bouche. Il a presque honte de ce qu’il est devenu, de ce qu’il est. Il est déçu de lui-même quand Stour le complimente : « un salaud au goût de Stour… pensa Quatre-Feuilles. C’était à ça que sa suprême intelligence l’avait conduit ? ».
Quatre-Feuilles peut bien tenter de cacher qui il est ou ce qu’il est, certains arrivent pourtant à lire en lui. Le puissant Caul Shivers le reconnaît comme un homme de valeur. Yoru Sulfur, un homme de Bayaz, ne se contente pas de l’appeler par son vrai nom. Il lui dit aussi que « prétendre qu’un loup est une vache ne lui fera pas donner du lait ». Quatre-Feuilles peut bien joueur le lâche ou le formateur, il reste un tueur.