Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

dimanche 5 avril 2026

[Fonda Lee] L'héritage du jade : Kaul Shaelinsan et Ayt Madashi : estime ou haine ?

Shae et Ayt sont des ennemis. Si Ayt Madashi est à la tête de son clan, Shae est la principale conseillère de son frère. Toutes les deux douées avec le jade, elles se sont affrontées dans un combat violent où Ayt a pris le dessus. Leur opposition n’est donc pas seulement lié à la survie de leur clan, elle est aussi personnelle, viscérale. D’ailleurs, Ayt Madashi avait bien conscience que Shae était une formidable adversaire puisqu’elle a tenté de la convaincre de la rejoindre. En vain.


Lors d’une réunion de premier plan entre les deux chefs des clans (Hilo pour le Sans-Cime et Ayt pour la Montagne), une attaque a lieu. C’est un déferlement de violence où les deux individus sont à deux doigts de mourir et sont gravement blessés. Ayt ne doit sa survie qu’à sa remarquable utilisation du jade. A la dérive après avoir sauté de plusieurs étages, elle erre dans les alentours d’un immeuble et elle est retrouvée agonisante par Shae. Tout laisse croire que cette dernière allait la tuer, elle aurait facilement pu mettre fin à la guerre. Elle ne l’a pas fait. Au contraire, elle lui a sauvé la vie.

Ainsi, elle offre un magnifique spectacle à un Anden qui reste sans réaction : « même son imagination la plus folle ne l’avait pas préparé à la vision de sa cousine Kaul shae émergeant du fond du temple du Divin Retour, le bras d’Ayt Mada passé par-dessus son épaule ».

Ayant de solides compétences en médecine, Anden participe à la survie d’Ayt. Tout en la soignant, il se demande pourquoi Shae a sauvé cette femme qui a fait tant de mal à leur clan, a participé à la mort de tant d’hommes et de femmes et a juré leur perte. Il finit par comprendre que Shae ne l’a pas fait par respect mais par nécessité. En effet, Shae était convaincue que son frère et chef de clan (Hilo) était mort ; les deux grands leaders décédés, elle avait peur que son pays (le Kékon) sombre dans le chaos. (« Shae avait sauvé la vie d’Ayt par crainte que tout le pays ne soit déstabilisé par sa disparition »). Il faut préciser que la guerre gagne les pays environnants et que la magie du jade est mal vue par certains : Shae avait sans doute peur de perdre toute indépendance pour Kékon.

Tous ne partagent pas la compréhension d’Anden.

Certains sont simplement dubitatifs ou surpris comme Hilo. L’homme, en voie de guérison après l’attaque, trouve la force de s’interroger (« je n’arrive toujours pas à croire que tu as sauvé Ayt (…) Je l’ai vue avec un couteau dans le cou, s’exclama Hilo d’une voix de plus en plus forte. Toi entre tous, Shae. Il te suffisait de te barrer »). Sa position est compréhensible ; il ne demandait même pas à sa soeur de tuer froidement Ayt mais simplement de s’en aller et de la laisser crever. Il s’attendait à cela de sa part, d’autant plus qu’Ayt a tant fait souffrir Shae (le fameux duel où elle l’a vaincue).


Plus tard, dans les derniers instants de cette guerre de clans, Ayt Madashi transmet le pouvoir à son neveu et se retire des affaires. En réalité, c’est une manoeuvre pour tenter de tuer Hilo lors d’une future réunion avec le nouveau chef du clan de la Montagne.

Juste avant cette réunion, ceux du clan Sans-Cime discutent du futur, de ce qu’il faut faire de leurs ennemis, notamment d’Ayt Madashi. Shae propose de ne pas la tuer. Cet avis dégoûte Wen, la femme et conseillère d’Hilo. On sent dans sa voix tout son dédain (« épargner Ayt Mada est devenu une mauvaise habitude chez toi, Shae »).

Bien entendu, ce qui doit arriver arrive : Ayt lance une attaque inattendue qui tue Hilo. Jaya, la fille d’Hilo et Wen, accuse Shae de sa complaisance, de sa lâcheté. Elle a la haine quand elle accuse Shae d’avoir « eu un faible pour cette sorcière maléfique ». Jaya va même plus loin en laissant entendre que Ayt comptait plus pour Shae que n’importe qui d’autre (« tu n’as jamais témoigné le moindre amour à ton propre frère, espèce de salope sans coeur »). Les mots sont durs.


Est-ce vrai ?


En partie, oui. Shae respectait la tactique et la stratégie d’Ayt. Elle s’est même sentie dépassée quand Ayt a conclu un accord qui allait permettre au clan de la Montagne d’acquérir un avantage décisif. Shae réalise que Ayt et elle ne jouent pas dans la même cour : « Shae en était muette de stupeur. Elle aurait dû lire les nuages. Ayt Mada était tout simplement une meilleure Augure des Saisons qu’elle, un maître stratège d’un niveau que ne pouvait espérer égaler. Là où d’autres cherchaient l’honneur ou la vengeance, Ayt ne cherchait que le contrôle ». Autrement dit, Shae considère Ayt comme un magnifique animal politique en plus d’une grande leader et d’une grande combattante.


Shae a surtout des regrets. Le regret de ne pas l’avoir tuée lors du duel. Le regret de lui avoir sauvé la vie. Ainsi, chaque personne tuée par le clan de la Montagne pèse sur ses épaules, augmente son sentiment de culpabilité (« la liste de tout ce qu’ayt avait infligé au clan sans Cime était interminable, chaque libre dessinait comme une cicatrice laide sur l’âme de Shae »). C’est un fardeau que Shae porte. Elle sait aussi qu’on lui en veut d’avoir fait preuve de faiblesse.

Face à face, les deux femmes s’observent « à travers un fossé de compréhension et d’inimitié de longue date ». On comprend donc que leur relation est complexe, difficile à évaluer ou juger. Tant d’années ont passé depuis le début de la guerre et elles sont des survivantes. Elles ont traversé bien de moments durs et compliqués, se sont fait du mal l’une à l’autre. Elles ont donné tant d’années à cette guerre et tout ça pour rien puisqu’aucun des deux clans n’a gagné. Pire, dans un moment d’intense lucidité, Shae se sent si fragile : « Shae se demanda si Ayt avait également remarqué son propre déclin, si elle la prenait en pitié en voyant qu’elle ne pouvait plus porter de jade. Quand sommes nous devenus vieilles ? songea Shae ». 

Il y a presque une obsession de Shae à savoir si Ayt la respecte. La réponse est positive.

Ayt lui rappelle que « je voulais vous persuader de vous joindre à moi, de tracer une voie plus forte pour nos clans et notre pays. Vous avez refusé. Depuis, je vous ai détestée et admirée pour ce choix ». Ayt pense donc que si Shae avait été à ses côtés, tout aurait été différent. Il n’y aurait pas eu de guerre, Kékon aurait été plus forte ; tout le monde aurait donc été gagnant (sauf bien sûr que le clan Sans Cime serait devenu une vulgaire dépendance du clan de la Montagne).

Enfin, il ne faut pas négliger le fait que Shae et Ayt sont deux femmes, deux femmes puissantes et  respectées, écoutées dans ce monde où les hommes occupent traditionnellement les positions de pouvoir. Shae en conclut que, malgré la haine, « elles se comprenaient, en tant que femmes émeraude dans un monde d’hommes ».


Quand Nau Sen (un très proche d’Ayt) meurt, Shae assiste de loin à son enterrement. Elle passe son temps à regarder Ayt (ce qui montre une nouvelle fois son obsession). Si elle fait ça, c’est pour s’assurer qu’Ayt souffre (« Shae ressentait un certain plaisir sauvage en songeant qu’Ayt pouvait éprouver un sentiment de perte, qu’elle pouvait pleurer la mort d’un ami »). 

Cette idée d’infliger de la douleur à Ayt traverse régulièrement Shae. Des mois plus tôt, quand elle avait sauvé la vie de son ennemie, elle avait quand même été jalouse de ne pas avoir porté le coup presque fatal (« après des décennies de haine meurtrière entre le clan Sans Cime et la Montagne, quelqu’un d’autre avait plongé un couteau dans le cou d’Ayt »). Tout cela illustre bien l’ambiguïté de ce que ressent Shae. Cela oscille entre haine et respect.


A la fin, Ayt est contrainte à l’exil. La sentence lui est annoncée par Anden alors qu’elle s’attendait à voir Shae. Anden lui explique que Shae « a épargné votre vie une fois, et elle dit que c’est tout ce que les dieux peuvent attendre d’elle dans cette vie ». Shae avait donc sans doute peur de perdre son contrôle. Ayt, quant à elle, aurait aimé voir Shae une dernière fois, c’est en tout cas que cela sous-entend. Cela montre bien l’importance que Shae occupe dans la vie d’Ayt. Ennemie, mais proches.


samedi 4 avril 2026

Petit billet # 3 : Au revoir

Le Fou a dit : « Ne le laisse pas se fermer à toi. Tu devrais savoir, depuis le temps, combien il est facile de perdre quelqu’un simplement en ne le retenant pas ».


Est-ce vrai ?


Il a perdu Molly en ne lui disant pas la vérité. Il ne lui a pas dit qu’il était de sang royal, le fils d’un prince. Il ne lui a pas dit ce qu’il faisait réellement au château. Quand il l’a fait, il ne l’a même pas fait volontairement. Il l’a fait (deux fois)  en étant au pied du mur : quand Molly est venue chercher de l’aide après avoir perdu sa boutique et quand Molly a dit qu’elle devait  partir (car elle était enceinte). Pourtant, Molly n’a eu de cesse de lui répéter que leur amour était impossible.


Burrich, aussi, est parti. Son départ a été sale. Fitz s’est mis en colère et a prononcé des paroles extrêmement méchantes, déplaisantes. Il a détruit tout ce que Burrich avait construit, tout rabaissé. En gros, il lui a hurlé dessus que Burrich avait gâché deux vies : celle de Burrich et celle de Fitz. Pourtant, Burrich voulait juste aider, et il est parti…


Enfin, il y a la magnifique Astérie qui ne demandait qu’à passer du temps avec lui, qu’à être estimée et pouvoir vivre publiquement sa passion. Fitz lui a refusé tout cela. Et elle aussi est partie.

jeudi 2 avril 2026

Fitz et le Fou en ont fait du chemin

 

Le Fou a traversé le monde, pas pour trouver un ami ou un compagnon, mais pour mettre la main sur son Catalyseur, celui qui lui permettra de mettre le monde sur la voie qu'il juge bonne. Le Fou se définit comme un prophète, comme le Prophète Blanc de son époque. Ses rêves, ses prophéties, les écrits qu'il a étudiés l'ont mené vers le Nord, vers les Six-Duchés. Si à ce stade du récit son but est encore flou, on comprend toutefois la volonté que le Fou a de maintenir les Six-Duchés en un royaume uni. Cela semble être un point important : il soutient donc ceux qui luttent contre les Pirates Rouges. Le bon vieux roi Subtil dans un premier temps puis quand il se rendra compte que Subtil perd tout pouvoir, il guidera Fitz et Vérité vers les Anciens.
 A quel moment Fitz et le Fou sont-ils devenus amis ? Je pense qu'ils se sont rapprochés après l'épisode des Montagnes, quand Fitz est revenu affaibli. Leur relation a failli se briser lorsque tout le monde était quasiment convaincu que Fitz avait tué Subtil. D'ailleurs, le Fou a prononcé des paroles affreuses en le traitant de traître, la pire chose à entendre pour un homme qui a prêté serment de loyauté. Le point de bascule de leur amitié est à Jhaampe quand un Fou en train de mourir s'est réfugié sans le savoir chez le Fou. Les deux se sont retrouvés sans se reconnaître. 

vendredi 27 mars 2026

[Ursula K. Le Guin] Les Tombeaux d'Atuan / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Le père de Tenar) : L’homme resta dehors, pieds nus sur la terre froide, tandis que le ciel du printemps s’assombrissait au-dessus de lui. Dans le crépuscule, son visage était un masque de douleur, une douleur confuse et lourde, une douleur qu’il ne pourrait jamais exprimer par des mots. Finalement, il haussa les épaules et suivit sa femme dans la pièce éclairée par le feu où résonnaient des voix d’enfants.
  • Tout ce qui se passe partout ailleurs commence ici, dit Arha.
  • (Penthe) : J’aimerais mieux épouser un porcher et vivre dans une fosse. Je préfèrerais n’importe quoi plutôt que d’être enterrée ici pour le restant de mes jours avec un tas de bonnes femmes, dans ce fichu désert où il ne vient jamais personne ! Mais les regrets ne servent à rien, car maintenant j’ai été consacrée et je suis coincée.
  • (Penthe, à propos du Dieu-Roi) : Après tout, ce n’est qu’un homme, même s’il vit à Awabath dans un immense palais de trois milles de long avec des toits en or (…) Et je te parie qu’il est obligé de se couper les ongles de pieds comme tout le monde. Je sais parfaitement que c’est aussi un dieu. Mais mon avis personnel, c’est qu’il sera beaucoup plus divin une fois qu’iil sera mort.
  • (Arha, après avoir vu un homme sous terre) : Cependant, tout en priant, elle revoyait en pense la splendeur palpitante de la caverne éclairée, où la vie avait remplacé la mort ; et au lieu d’être terrifiée devant ce sacrilège et saisie de rage à l’égard du voleur, elle pensait seulement que c’était étrange, ô combien étrange…
  • (Arha à l’Epervier) : Je suis la Première Prêtresse, la Réincarnée. J’ai servi mes maîtres pendant mille ans, et mille ans encore avant cela. Je suis leur servante, je suis leur voix et je suis leurs mains. Et je suis leur vengeance contre ceux qui profanent les Tombeaux et contemplent ce qui ne doit pas être vu ! Cesse de mentir et de te vanter ; ne vois-tu pas qu’il me suffit d’un mot pour que mon garde vienne te trancher la tête ?
  • (L’Epervier, sur ce qu’est un Seigneur des Dragons) : Il ne s’agit pas de dompter les dragons comme le croient la plupart des gens. En réalité, les dragons n’ont pas de maîtres. La question est toujours la même avec un dragon : va-t-il vous parler, ou vous manger ? Si vous pouvez espérer qu’il fera la première chose et non la seconde, alors vous êtes un Seigneur des Dragons.
  • (L’Epervier) : Elle avait peur de moi, mais elle m’a nourri. Comme je ne faisais rien pour l’effrayer, elle en est venue à me faire confiance et m’a montré son trésor. Elle aussi possédait un trésor… Une petite robe. Toute de soie perlée. Une petite robe d’enfant, une robe de princesse. Elle-même était vêtue de peaux de phoque.
  • (L’Epervier) : Le plus fantastique cadeau de notre ère… et il a été offert par une pauvre vieille femme idiote vêtue de peaux de phoque à un rustre qui l’a fourré dans sa poche en disant merci, et qui a repris la mer…
  • (l’Epervier) : Faire se matérialiser un souper. Oh, je le pourrais. Dans de la vaisselle d’or, même si tu veux. Mais c’est de l’illusion, et quand on mange des illusions, on a encore plus faim après. C’est à peu près aussi nourrissant que de manger des mots.

samedi 21 mars 2026

Quelques répliques du Fou que j'apprécie

On est à Clerres, Fitz vient de mourir, c'est en tout cas ce que croit le Fou. Prilkop vient négocier la paix pour les habitants de Clerres. Les dragons ravagent tout, détruisent la ville et tout le savoir accumulé au fil des siècles va être perdu. Le Fou semble dire qu'il est la victime de tout cela, que les choses auraient pu tourner différemment si il avait été écouté, si il avait été éduqué comme il le fallait. Lui prônait le retour des dragons, pas les Quatre. Il est donc remonté vers le Nord, a trouvé Fitz et une amitié est née entre les deux.

Le Fou a dit à Fitz qu'il va mourir à Aslevjal. Fitz l'a bien entendu mal pris et s'est mis en tête d'empêcher cette mort. C'est une réaction normale. Mais, le Fou le prend mal puisque il est convaincu qu'il doit décéder pour permettre au futur qu'il a vu d'émerger. En en entravant cela, Fitz risque donc de mettre à bas tout ce qu'il a construit. 

C'est cela une prophétie, ce n'est pas un texte figé, c'est quelque chose ouvert à l'interprétation et dont on ne sait pas ce qu'elle signifie tant qu'elle n'est pas réalisée. Une prophétie se mesure au regard du futur. Ici, le cerf noir qui émerge d'une pierre brillante fait référence, selon le Fou, à Fitz arpentant la route d'Art. Mais, cela peut aussi être, plus tard, Vérité donnant naissance au dragon d'Art et de pierre. Après tout, Vérité est un Loinvoyant, la famille symbolisée par un cerf...

Pour moi, c'est la déclaration la plus importante du Fou, dans toute la saga.