Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

Article épinglé

Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

mardi 8 septembre 2026

La Femme Pâle et les tatouages

Quand Elliania arrive à Castelcerf dans l’optique de se fiancer avec Devoir, personne n’imagine qu’elle le fait sous pression de la Femme Pâle. Elliania n’a pas d’autre choix qu’épouser un adolescent qu’elle ne connait pas si elle veut sauver sa mère et sa soeur. 


On pourrait croire que, loin de la Femme Pâle, Elliania trouverait un moyen d’échapper à son emprise. Mais, la Femme Pâle a pris des précautions. Bien avant d’envoyer Elliania vers les Six-Duchés, elle l’a marquée : les tatouages ne sont pas que des tatouages. Ils sont aussi un moyen d’infliger la douleur. Peottre dit même qu’ils sont « un empoisonnement de l’âme ». Quand Elliania a été tatouée, elle n’était qu’une gamine (« un matin, elle est partie en promenade avec Henja, en qui elle avait toute confiance ; deux jours plus tard, la suivante l’a ramenée. Elle tenait à peine sur ses jambes et elle portait ces tatouages »). Les tatouages sont d’autant plus douloureux que la Femme Pâle a appris beaucoup de choses sur la magie, l’Art et autres grâce aux manuscrits récoltés ici ou là. Grâce à cela, elle peut faire souffrir et elle ne s’en prive pas.


Lorsque Fitz espionne Elliania, il se rend compte qu’il y a quelque chose de bizarre dans son  comportement. C’est quand il voit le dos de la jeune femme qu’il comprend pourquoi elle souffre autant (« la mystérieuse punition des tatouages qui infligeaient d’insupportables brûlures à la narcheska laissait entrevoir l’existence d’une magie dont nous ne savions rien »). Fitz ne comprend pas pourquoi de simples dessins sur la peau peuvent faire du mal. Il se tourne naturellement vers le Fou pour en savoir plus.

Avec bien peu d’envie, le Fou lui montre son dos. Fitz constate alors que « si ses tatouages n’étaient pas identiques à ceux d’Elliania, ils étaient extrêmement similaires ». Le Fou lui explique alors que « leur application a été extrêmement pénible et longue » et que c’était un souhait de la Femme Pâle que ce soit douloureux (« ils prenaient grand soin de planter leurs aiguilles là où elle l’ordonnait »). D’une certaine façon, la Femme Pâle prenait plaisir à voir des enfants être torturé. Car, que ce soit Elliania ou le Fou, ils ont tous les deux été tatoués alors qu’ils n’étaient que des gosses. Le Fou précise qu’ « infliger un tel traitement à un enfant, à n’importe quel enfant, l’empêcher de bouger et le faire souffrir est atroce ». La peine accompagne donc le tatouage. Et savoir qu’on est marqué vous accompagne durant toute votre vie. Des années plus tard, malgré tout ce qu’il a vécu, tout ce qu’il a vu, le Fou est toujours tatoué contre sa volonté.


La Femme Pâle vaincue, les tatouages restent un des derniers témoignages de sa vengeance, de sa méchanceté et de sa cruauté. C’est comme si la défaite de la Femme Pâle avait décuplé la douleur. Fitz s’en rend compte en regardant le dos d‘Elliania (« la beauté luisante des serpents et des dragons avait disparu. Les tatouages s’enfonçaient en creux dans la peau qu’ils tiraient comme si on les avait gravés au fer rouge »). La relative beauté qu’on pouvait trouver en regardant les tatouages a disparu. Il n’y a plus rien d’artistique, plus rien de beau ; simplement un instrument de douleur.

Personne ne semble capable d’apaiser la douleur d’Elliania. Lourd est inefficace et même craintif en utilisant l’Art, la neige n’apaise pas le mal. C’est Fitz qui se chargera d’effacer les tatouages lors d’un processus marquant, presque dégoûtant et repoussant. Elliania vit un véritable moment de calvaire (« une encre à l’odeur pestilentielle suintant, contrainte et forcée, par les pores de la malheureuse qui, pour couronner le tout, souffrait le martyre. Elle serrait les dents et martelait le sol à coup de poings ») mais elle préfère supporter ça que garder les tatouages. D’ailleurs, elle le dit clairement : « peu importe les moyens, je veux seulement qu’on m’enlève ces tatouages. Je refuse de porter les marques de cette femme sur moi ! »

mardi 1 septembre 2026

[Oliver Peru] Martyrs, Livre I / Quelques extraits que j'apprécie

  • Les prêtres de Ceux-qui-tissent, les dieux priés depuis l’antique temps des Mille Songes, voulurent endiguer la marée de cette nouvelle religion en la qualifiant d’hérésie, mais les idées neuves se répandaient parfois comme une peste. Et quand le monde changeait, les hommes avaient besoin de croire en d’autres dieux.
  • En un siècle, Alerssen s’était métamorphosée en un temple dédié au commerce, et ses prêtres ne faisaient pas crédit. Un simple mot ponctuait leurs prières : comptant.
  • Au sud de la ville, où insalubrité et corruption régnaient, on rassemblait les édentés, les glaireux, les idiots, les rêveurs et les bourses vides, les rues puaient la merde, la pisse et le sang. La véritable misère avait une odeur et c’était là-bas qu’on la reniflait le mieux.
  • (Irmine) : Il ne voulait rien du monde, alors qu’elle avait le coeur et les yeux pleins de désir, mais aucun droit de les satisfaire. Sa prison à lui était intérieure, la sienne physique. Tous deux souffraient pourtant d’un mal identique, celui de haïr leur existence.
  • Vous seriez devenu le beau-père du roi et cela aurait fait de vous un homme encore plus influent à la cour; Permettez-moi de remercier les dieux de vous avoir donné fille si vilaine.
  • Eorten Delysten : Tous les hommes sont des animaux, même ceux aux yeux d’or… Tous portent une laisse et cherchent un maître pour la tenir. Il n’y a nulle honte à accepter cela. Toi, au moins, tu es un chien. Et tu pourrais devenir un loup, alors que la plupart des gens restent des moutons toute leur vie. Ils bêlent et ne mordent jamais…
  • Mais la faim seule ne creusait pas le visage du seigneur Ferchill. Le froid comme la peur lui avaient entamé le lard et l’orgueil.
  • Jarud : Non, les dieux se moquent bien de nos tragédies. Les hommes, en revanche, aiment jouer avec la vie de leurs semblables…
  • Karmalys : Je suis le maître du monde, on me donne du « Majesté », mais je ne suis rien d’autre qu’une merde couronnée. Mon grand-père, mon père étaient des grands rois. Mon frère aurait été un tyran, mais il aurait été puissant et fier. Quant à ma soeur, elle serait devenue une reine merveilleuse… mais c’est à moi qu’a échu le pouvoir.
  • Akinessa : Adieu, mon frère. Sache que j’ai fait cela sans haine. Le royaume méritait seulement un monarque plus grand que tu n’aurais jamais pu l’être. Et au risque d’ébranler les traditions de nos ancêtres, ce monarque est une femme.

dimanche 30 août 2026

Petit billet # 6 : Le Fou a peur de la Femme Pâle

Il existe une femme qui concurrence le Fou en terme de prophétie, de façonnage du monde. Elle est la Femme Pâle. Elle est autant convaincue que le Fou d’être le Prophète Blanc de son époque. Les deux considèrent l’existence de l’autre comme anachronique, comme une anomalie. Quand un Fitz demande si un autre ne peut pas se charger du fardeau d’orienter le temps, Le Fou réagit immédiatement vertement (« le simple fait que le germe de cette idée réside dans ton esprit m’emplit de sinistres prémonitions »). Il apparait clairement que le Fou a peur de la Femme Pâle. Encore une fois, elle est celle qui l’entrave (« une femme qui rêve de s’approprier le manteau de Prophète blanc et de lancer le monde sur la route de ses visions »). 

Si on écoute le Fou, la Femme Pâle ne vit que pour lui causer du tort. Le Fou est persuadé d’être le prophète… Même si la Femme Pâle est née avant lui et présente tous les signes pour être un Prophète, cela ne peut être elle ! Le Fou ne lui prête que des intentions malveillantes (« là où je construirais, elle détruit ; là où j’unirais, elle divise »). Il en fait clairement une affaire personnelle. Il admet aussi qu’elle est brillante (« ses machinations sont subtiles ; elle est plus âgée que moi et beaucoup plus retorse »). 

Peut-on le lui reprocher ? La réponse est négative puisqu’il existe un lourd passif entre eux. La Femme Pâle a maltraité le Fou. Elle a tout fait pour lui montrer qu’elle avait un ascendant physique et psychologique du temps où ils étaient à Clerres ensemble. Plus vieille, La Femme Pâle avait été consacrée comme le Prophète et les gens de Clerres ont tout fait pour la soutenir et ne pas écouter les déclarations du Fou. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a dû s’exiler. La Femme Pâle maîtrise l’art du tatouage douloureux, elle s’en sert pour dominer ceux qu’elle veut contrôler (Elliania peut en témoigner). Elle a aussi marqué le Fou : « ils prenaient grand soin de planter les aiguilles précisément là où elle l’ordonnait. Infliger un tel traitement à un enfant, à n’importe quel enfant, l’empêcher de bouger et le faire souffrir, est atroce ».

Le Fou a vécu cela comme une torture, une perte de son libre arbitre. D’une petite voix, il dit à Fitz que « on a l’impression que nous devenons sa propriété, ses instruments, ses créatures ». Rien que le fait de repenser à tout ça le met dans tous ses états (« les frissons qui le parcouraient s’étaient transformés en violent tremblement »). Cela suffit bien à illustrer à quel point le Fou la craint. Il ne l’a pas vue depuis des années et son souvenir reste malgré tout traumatisant.


lundi 24 août 2026

Qui sont Eda et El ?

Eda et El sont étroitement liés. Dans la culture populaire des pays du nord, ils sont des figures divines, les créateurs du monde. Cela forme donc une religion comme le culte de Sâ à Terrilville ou celui des Prophètes Blancs à Clerres.


Eda et El représentent donc la terre et la mer. Si tout cela existe, c’est uniquement grâce à eux : « Eda et El s’accouplèrent dans les ténèbres, mais il ne se fit pas aimer d’elle. Elle donna le jour à la terre et le flot de ses eaux qui accompagna cette naissance devint la mer ». Il n’y aurait eu donc rien du tout avant l’intervention d’Eda et El. Ils seraient ceux qui ont créé le monde.


Mieux, leur histoire permet de définir les caractéristiques des peuples et ce qui les différencie. 

On peut presque penser que les habitants Six-Duchés sont devenus des gens d’Eda, tant ils semblent peu tournés vers la mer et se sont tournés vers le développement des terres. 

A l’opposé, les gens des îles d’Outre-mer semblent plus focalisés sur El : ils naviguent sur les eaux, pêchent et mènent des raids (on l’a bien vu, même si c’est à nuancer, lors de la guerre menée par les Pirates Rouges). Bien entendu, la culture outrîlienne laisse également une place à Eda : on le voit avec le rôle accordé aux femmes qui s’occupent des champs et de l’élevage, et de la gestion du clan.


La légende dit que « quand la mer était jeune, El, le premier Aîné avait foi dans le peuple des îles. Il lui fit don de la mer, de tout ce qui y nageait et de toutes les terres qu’elle bordait ». El a donc choisi et récompensé les hommes pour leur fidélité et leur courage. Pour autant, El n’est pas un dieu miséricordieux, il n’est pas une de ces figures divines qui encourage la compassion et la faiblesse. Pour lui, les hommes se forgent dans l’adversité et en traversant des moments compliqués : « les seuls bienfaits qu’il répand sur ses fidèles prennent le forme de tempêtes et d’épreuves destinées à les endurcir ». Or, au fil du temps, les hommes se sont détournés d’El. Ils en ont eu assez de cette vie dure et qui les mettait perpétuellement en danger. Très peu de gens ont continué à le chanter ou le vénérer. Un des derniers fut le Grêlé.


Si El est délaissée, une autre a gagné en importance : Eda. Beaucoup ont préféré Eda, une divinité qui semblait plus conciliante, moins difficile. Comme elle est celle qui donne la terre, elle est vue comme celle qui alimente et récompense à la mesure du travail fourni. Sur terre, il n’y a pas de risque de se noyer ou de faire face à des tempêtes dévastatrices. Eda devient donc vénérée (« leurs louanges et leurs serments n’étaient qu’au nom d’Eda, qui est l’Aînée de ceux qui labourent, plantent et s’occupent des bêtes »).

Dès lors, ceux qui admiraient El ont rencontré ceux qui admiraient Eda, et ils se sont mélangés, sans doute avec plus ou moins d’harmonie. On peut lire que « quand les hommes d’El arrivèrent sur la trre, ils trouvèrent les femmes d’Eda qui la foulaient déjà et administraient la croissance des grains et des fruits et la multiplication du bétail ».


Au final, si on se base sur l’exemple des îles d’Outre-mer, tout cela peut expliquer pourquoi les femmes occupent cette place. La coutume locale dit même que « jamais la terre, née d’Eda, n’appartiendra à vos fils ; elle ne reviendra qu’à nos filles ».

Bien entendu, il serait simpliste de dire que les femmes prient Eda et les hommes El. C’est faux puisque les hommes des îles respectent infiniment Eda.

En ce qui concerne les Six-Duchés, même si c’est devenu un peuple de terriens, ils n’ont pas tous renié El. Au contraire. El reste très présent. Ainsi, le cas Virilia est très intéressant : cette jeune femme vigoureuse reproche au trône des Loinvoyant sa mollesse et son indécision lors de la guerre contre les Pirates Rouges. La philosophie de Virilia est très claire : « elle prêchait la nécessité de revenir au culte et l’adoration d’El ; elle se faisait l’apôtre des anciennes traditions, d’un mode de vie rigoureux et simple qui glorifiait le mérite personnel ». On retrouve bien là des éléments importants liés à El.