La première fois qu’on entend parler de Rurisk laisse une impression négative. Alors que Subtil envoie Fitz dans les Montagnes pour assister au mariage entre Kettricken et Vérité, il lui demande de tuer le prince Rurisk. C’est bien entendu une façon de consolider le pouvoir de Vérité (et donc des Six-Duchés), c’est presque un geste miséricordieux tant Rurisk semble être dans un état pathétique. Subtil dit de lui qu’il « n’est pas en bonne santé » alors que « autrefois, il était bien portant et vigoureux ». Or, la culture montagnarde prône la force physique, la vitalité ; cela pousse Subtil à se questionner (« connaissant les Montagnards, il est très suspect qu’il soit leur roi-servant »). Notons que Subtil a eu les renseignements de la part de Royal, et que Royal est tout sauf fiable…
Pour Fitz, Rurisk est une ouverture sur son père, Chevalerie. Les deux hommes se sont connus lors de négociations commerciales entre leurs deux pays. Ils ont sympathisé et sont devenus de bons amis. Chevalerie a même pu confié à Rurisk ses doutes et ses questionnements (« quand le temps parole en tant qu’ambassadeurs de cols et de négoce fut passe, nous nous sommes assis ensemble pour partager la viande et nous avons discuté, en tant qu’homme, de ce qu’il devait faire. J’avoue que je ne comprends pas pourquoi il pensait devoir refuser de devenir roi »). Rurisk et Chevalerie ont donc noué une réelle amitié. On en a une autre preuve quand Rurisk a appris la mort de Chevalerie qui l’ « a empli de tristesse ».
Le souvenir de Chevalerie n’est pas la seule chose qui rapproche cet homme et Fitz. En effet, Burrich avait séparé des années plus tôt Fitz de Fouinot. Tout laissait à croire que Burrich avait tué le chiot. Or, on se rend compte qu’il a envoyé Fouinot dans les Montagnes et l’a confié à Rurisk. Cela montre toute la valeur que Burrich accorde à cet homme, tout le respect qu’il a pour lui. Burrich a dû le rencontrer au moment des négocations et Chevalerie a sans doute dressé un portrait flatteur de Rurisk.
Fouinot est donc encore en vie. Il n’est plus le compagnon de Fitz mais de Rurisk : « il ne faisait aucun doute que c’tait désormais le chien de Rurisk ; l’intensité du lien qui nous unissait avait disparu ». Toutefois, il est difficile de dire si Rurisk maîtrise la magie du Vif. Rien ne laisse croire que ce soit le cas ; bien plus tard, sa soeur Kettricken arrivera à nouer un lien fort avec Oeil-de-Nuit…
Quand il rencontre Rurisk, Fitz est surpris par l’individu qui se tient face à lui. Il semble déjouer tous les pronostics d’une mort imminente. Tout laisse croire qu’il vivra encore de nombreuses années (« le prince Rurisk n’avait présenté aucun des symptômes de faiblesse et de maladie rapportés par Royal »).
Rurisk semble être un Homme d’Etat. Il n’est pas comme Royal qui ne pense qu’à son sort ou comme Chevalerie qui a fui à la première difficulté. Il comprend pourquoi Subtil désire le tuer et fait une contre-proposition. Comme Rurisk est tourné vers l’avenir et prêt à remettre en cause certaines traditions, il pourrait être un futur bon roi et être « un meilleur allié vif que mort ». Certes, Rurisk veut rester en vie mais il pense aussi à l’avenir des Montagnes.
Rurisk cerne très vite la situation de Fitz. Il a rapidement compris que la situation du jeune homme était précaire et ne tenait pas à grand-chose. Fitz ne peut pas désobéir aux ordres royaux car il montrerait qu’il est peu fiable. Or, « un bâtard inutile est un poids mort pour la royauté ».
Aussi brillants soient-ils, aussi prudents soient-ils, Rurisk et Fitz ne parviennent pas à déjouer le complot de Royal qui parvient à les assassiner tous les deux en les empoisonnant. Rurisk meurt devant Fitz (il « se cambra de nouveau et je savais que je ne pouvais rien pour lui »). La personne la plus triste à la mort du prince montagnard n’est ni son père Eyod, ni sa soeur Kettricken. C’est Fouinot : « il m’a quitté. Ça fait mal ». C’en est donc fini pour Rurisk. Il disparaît de l’histoire et de l’intrigue, il n’aura plus aucun impact.
Pourtant, son souvenir persiste.
Il donne son nom à un des navires armés pour lutter contre les Pirates Rouges (« le Rurisk était le plus grand des quatre vaisseaux lancés à la fête de l’Hiver »).
Kettricken, elle, pense encore à lui. Des décennies plus tard, alors qu’elle a perdu Vérité, et élève seul son fils Devoir, elle est ravie de voir que Fitz est sorti de sa retraite et est revenu à Castelcerf. Elle lui adresse un sincère compliment : « je me réjouis de cette parenté, FitzChevalerie. Rurisk était mon seul frère et nul ne saurait le remplacer ; pourtant, vous en approchez autant qu’il est possible ».

