Oeil-de-Nuit est le réel Roi. Le Fou versus la Femme Pâle : le combat du siècle. Oh Malta, Malta, Malta. Gloire au dragon fou Glasfeu. Les Anciens ne sont que des gosses. Keffria, tu remontes dans notre estime. Il était une fois Clerres.

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Fitz se voit-il en héros ?

Fitz est-il un héros ? Pour le lecteur, la réponse est positive. Peu importe la série de livres choisis, il est celui qui fait changer les c...

jeudi 2 avril 2026

Fitz et le Fou en ont fait du chemin

 

Le Fou a traversé le monde, pas pour trouver un ami ou un compagnon, mais pour mettre la main sur son Catalyseur, celui qui lui permettra de mettre le monde sur la voie qu'il juge bonne. Le Fou se définit comme un prophète, comme le Prophète Blanc de son époque. Ses rêves, ses prophéties, les écrits qu'il a étudiés l'ont mené vers le Nord, vers les Six-Duchés. Si à ce stade du récit son but est encore flou, on comprend toutefois la volonté que le Fou a de maintenir les Six-Duchés en un royaume uni. Cela semble être un point important : il soutient donc ceux qui luttent contre les Pirates Rouges. Le bon vieux roi Subtil dans un premier temps puis quand il se rendra compte que Subtil perd tout pouvoir, il guidera Fitz et Vérité vers les Anciens.
 A quel moment Fitz et le Fou sont-ils devenus amis ? Je pense qu'ils se sont rapprochés après l'épisode des Montagnes, quand Fitz est revenu affaibli. Leur relation a failli se briser lorsque tout le monde était quasiment convaincu que Fitz avait tué Subtil. D'ailleurs, le Fou a prononcé des paroles affreuses en le traitant de traître, la pire chose à entendre pour un homme qui a prêté serment de loyauté. Le point de bascule de leur amitié est à Jhaampe quand un Fou en train de mourir s'est réfugié sans le savoir chez le Fou. Les deux se sont retrouvés sans se reconnaître. 

vendredi 27 mars 2026

[Ursula K. Le Guin] Les Tombeaux d'Atuan / Quelques extraits que j'apprécie

  • (Le père de Tenar) : L’homme resta dehors, pieds nus sur la terre froide, tandis que le ciel du printemps s’assombrissait au-dessus de lui. Dans le crépuscule, son visage était un masque de douleur, une douleur confuse et lourde, une douleur qu’il ne pourrait jamais exprimer par des mots. Finalement, il haussa les épaules et suivit sa femme dans la pièce éclairée par le feu où résonnaient des voix d’enfants.
  • Tout ce qui se passe partout ailleurs commence ici, dit Arha.
  • (Penthe) : J’aimerais mieux épouser un porcher et vivre dans une fosse. Je préfèrerais n’importe quoi plutôt que d’être enterrée ici pour le restant de mes jours avec un tas de bonnes femmes, dans ce fichu désert où il ne vient jamais personne ! Mais les regrets ne servent à rien, car maintenant j’ai été consacrée et je suis coincée.
  • (Penthe, à propos du Dieu-Roi) : Après tout, ce n’est qu’un homme, même s’il vit à Awabath dans un immense palais de trois milles de long avec des toits en or (…) Et je te parie qu’il est obligé de se couper les ongles de pieds comme tout le monde. Je sais parfaitement que c’est aussi un dieu. Mais mon avis personnel, c’est qu’il sera beaucoup plus divin une fois qu’iil sera mort.
  • (Arha, après avoir vu un homme sous terre) : Cependant, tout en priant, elle revoyait en pense la splendeur palpitante de la caverne éclairée, où la vie avait remplacé la mort ; et au lieu d’être terrifiée devant ce sacrilège et saisie de rage à l’égard du voleur, elle pensait seulement que c’était étrange, ô combien étrange…
  • (Arha à l’Epervier) : Je suis la Première Prêtresse, la Réincarnée. J’ai servi mes maîtres pendant mille ans, et mille ans encore avant cela. Je suis leur servante, je suis leur voix et je suis leurs mains. Et je suis leur vengeance contre ceux qui profanent les Tombeaux et contemplent ce qui ne doit pas être vu ! Cesse de mentir et de te vanter ; ne vois-tu pas qu’il me suffit d’un mot pour que mon garde vienne te trancher la tête ?
  • (L’Epervier, sur ce qu’est un Seigneur des Dragons) : Il ne s’agit pas de dompter les dragons comme le croient la plupart des gens. En réalité, les dragons n’ont pas de maîtres. La question est toujours la même avec un dragon : va-t-il vous parler, ou vous manger ? Si vous pouvez espérer qu’il fera la première chose et non la seconde, alors vous êtes un Seigneur des Dragons.
  • (L’Epervier) : Elle avait peur de moi, mais elle m’a nourri. Comme je ne faisais rien pour l’effrayer, elle en est venue à me faire confiance et m’a montré son trésor. Elle aussi possédait un trésor… Une petite robe. Toute de soie perlée. Une petite robe d’enfant, une robe de princesse. Elle-même était vêtue de peaux de phoque.
  • (L’Epervier) : Le plus fantastique cadeau de notre ère… et il a été offert par une pauvre vieille femme idiote vêtue de peaux de phoque à un rustre qui l’a fourré dans sa poche en disant merci, et qui a repris la mer…
  • (l’Epervier) : Faire se matérialiser un souper. Oh, je le pourrais. Dans de la vaisselle d’or, même si tu veux. Mais c’est de l’illusion, et quand on mange des illusions, on a encore plus faim après. C’est à peu près aussi nourrissant que de manger des mots.

samedi 21 mars 2026

Quelques répliques du Fou que j'apprécie

On est à Clerres, Fitz vient de mourir, c'est en tout cas ce que croit le Fou. Prilkop vient négocier la paix pour les habitants de Clerres. Les dragons ravagent tout, détruisent la ville et tout le savoir accumulé au fil des siècles va être perdu. Le Fou semble dire qu'il est la victime de tout cela, que les choses auraient pu tourner différemment si il avait été écouté, si il avait été éduqué comme il le fallait. Lui prônait le retour des dragons, pas les Quatre. Il est donc remonté vers le Nord, a trouvé Fitz et une amitié est née entre les deux.

Le Fou a dit à Fitz qu'il va mourir à Aslevjal. Fitz l'a bien entendu mal pris et s'est mis en tête d'empêcher cette mort. C'est une réaction normale. Mais, le Fou le prend mal puisque il est convaincu qu'il doit décéder pour permettre au futur qu'il a vu d'émerger. En en entravant cela, Fitz risque donc de mettre à bas tout ce qu'il a construit. 

C'est cela une prophétie, ce n'est pas un texte figé, c'est quelque chose ouvert à l'interprétation et dont on ne sait pas ce qu'elle signifie tant qu'elle n'est pas réalisée. Une prophétie se mesure au regard du futur. Ici, le cerf noir qui émerge d'une pierre brillante fait référence, selon le Fou, à Fitz arpentant la route d'Art. Mais, cela peut aussi être, plus tard, Vérité donnant naissance au dragon d'Art et de pierre. Après tout, Vérité est un Loinvoyant, la famille symbolisée par un cerf...

Pour moi, c'est la déclaration la plus importante du Fou, dans toute la saga. 

 

lundi 9 mars 2026

Ils détestent Ambre

Le Fou pouvait susciter une certain forme d’amour. On a bien vu des gens comme Fitz ou Kettricken être attachés à lui. Subtil a plus d’une fois montré qu’il tenait sincèrement à lui et même Oeil-de-Nuit a fini par le respecter. Le Fou est un personnage qui ne semble pas être à sa place à Castelcerf. Lui qui se proclame Prophète de son époque est venu chercher son Catalyseur et l’a trouvé. Il a endossé le costume de bouffon car c’était ce qui lui permettait de se rapprocher le plus de son but. 


On comprend donc que le Fou est une identité parmi d’autres. Ambre en est une autre. Mais, il y a deux versions d’Ambre : une Ambre présente dans les Aventuriers de la Mer que le lecteur prend plaisir à suivre et une Ambre dans le Fou et l’Assassin bien plus égoïste. Dans les Aventuriers de la Mer, Ambre se bat pour aider les esclaves, côtoie les Vestrit et les aide comme elle peut. Dans le Fou et l’assassin, on retrouve une Ambre traumatisée, qui a été torturée à Clerres et qui ne rêve que de vengeance. Son but l’aveugle, la rend presque insensible à ceux qui l’entourent. Et cette Ambre-là est parfois détestable.


Fitz connait bien le Fou, il ne connait pas Ambre. Plus il va naviguer auprès d’Ambre et moins il va l’aimer. Si Ambre et le Fou ont malgré tout un point commun, c’est de bien manipuler les mots, d’être à l’aise à l’oral. Quand ils se retrouvent à Kelsingra en quête d’un moyen de transport, Ambre répond qu’ils cherchent à aller à Clerres pour venger sa fille, Abeille. Ambre étant une femme, beaucoup pensent qu’Abeille serait sa fille. Fitz est outré voir les largesses qu’Ambre s’octroie, il trouve cela insultant, presque dégradant (« l’entendre évoquer ma fille de cette façon devant des inconnus me blessait (…) Je ne souhaitais pas que ces gens croient que j’avais engendré une fille avec Ambre »).


La relation entre Fitz et le Fou est profonde, réelle. Les deux ont traversé ensemble tant d’aventures, affronté la mort. Fitz garde sa peine en lui. Ce n’est pas le cas d’autres individus qui subissent les manoeuvres d’Ambre.

Althéa Vestrit n’est pas connue pour sa délicatesse. La Marchande permet au groupe de Fitz de naviguer jusque vers Clerres. En chemin, elle s’inquiète du comportement d’Ambre et de son impact sur son navire, la vivenef Parangon. C’est un doute légitime car Althéa sait à quel point Parangon et Ambre sont proches. Très vite, elle se rend compte que quelque est en train de mal tourner ; elle déplore qu’ « ils passent trop de temps ensemble » et que « Parangon devient chaque jour plus instable ». En réalité, Ambre tente de faire émerger les dragons qui vivent en Parangon. Elle veut rendre à la vivenef sa liberté, quitte à sacrifier les intérêts de la famille Vestrit.  On atteint un point de non-retour quand Ambre donne de l’Argent liquide à la vivenef. Cela est vu comme un crime, une attaque personnelle par Althéa. Elle confronte donc Ambre verbalement puis physiquement (« elle m’évoqua un félin en chasse »).

Même Fitz est choqué par Ambre, il ne comprend pas pourquoi elle ne manifeste aucun regret. La chose le perturbe d’autant plus qu’Althéa et Brashen avaient été de bons hôtes. Il souligne que Ambre « avait trahi l’hospitalité et l’amitié ». C’est en plus incompréhensible puisqu’ils évoluent sur un bateau en pleine mer et qu’ils sont à la merci de la moindre colère de l’équipage (Ambre « nous avait tous mis en danger »).

Brashen tente de faire comprendre à Fitz qu’ils vont perdre, à cause d’Ambre, bien plus qu’un bateau. Pour une Marchande comme Althéa, le respect des engagements est vital. Or, en permettant à Parangon de contourner les ordres de son capitaine, Ambre les a placés dans une situation bien périlleuse.  Brashen est clair : « il ne sert à rien, je suppose, de faire comprendre à une étrangère qu’un Marchand n’est riche que de sa parole. A partir d’aujourd’hui, la mienne et celle d’Althéa ne vaudront plus rien ». Ambre a perdu tout le crédit qu’elle avait pu avoir.

Althéa refuse de pardonner à Ambre. Si elle se calme et ne veut plus nécessairement lui faire du mal, elle comprend que sa vie a pris une nouvelle orientation et qu’elle n’y peut rien (« pour certaines choses, il n’y a ni pardon ni refus de pardon : ce sont simplement des carrefours et une nouvelle direction à prendre, que je le veuille ou non »). Elle a été dépossédée de ce choix par une Ambre qui ne lui a même pas présenté son plan, qui ne lui a pas permis de réfléchir au sort de Parangon.


Fitz finit par se rendre compte qu’Ambre est comme une inconnue pour lui (« malgré ma longue relation avec le Fou, je ne serais jamais capable de prévoir les actes d’Ambre »). Plus il observe Ambre et moins il la comprend. Le Fou manifestait une réelle finesse dans l’étude des hommes et des femmes, de leurs comportements et attitude. Ambre, elle, semble s’en moquer totalement. Ayant conquis le coeur de Parangon, elle se fiche totalement de ce que pensent les autres. Fitz constate que le Fou (Ambre) se déplaçait librement sur le pont, insensible à la colère de l’équipage et des commandants, car il avait la faveur du bateau. Ambre se comporte donc comme la cheffe de la vivenef !

Fitz confronte le Fou. Il lui explique clairement tout le dégoût créé par Ambre. Quand il dit que « je n’aime pas le personne que tu deviens quand tu joues le rôle d’Ambre, c’est quelqu’un que je ne voudrais pas comme amie. Elle est… sournoise. Fourbe », on pense nécessairement aux pires personnages de la sage, comme Royal, Galen ou Hest. La comparaison est bien peu flatteuse.

Pire, Fitz réalise que les gens les plus importants de sa vie (Kettricken et Oeil-de-Nuit) n’auraient jamais cette Ambre. Ambre toute tournée vers elle-même, ses propres désirs, n’aurait jamais été ni une bonne compagne d’aventures ni une bonne partenaire de chasse (« Ambre n’avait jamais sauvé Kettricken ni ne m’avait porté sur son dos pendant une nuit enneigée, elle n’avait jamais connu Oeil-de-Nuit »). Ambre est une étrangère pour Fitz, les deux ne partagent rien en commun.


Enfin, il y a le cas Abeille. On réalise assez vite dans la saga qu’Abeille ne porte pas le Fou dans son coeur. Elle a peur qu’il ne revienne lui voler son père.

Elle rencontre Ambre à Clerres lors de la mission de sauvetage. Fitz meurt, pas Ambre. Et, elle tient Ambre responsable de la mort de son père. A partir de là, Abeille ne fait aucun effort pour apprécier Ambre. Aucun. Tout est prétexte pour entretenir sa colère et sa haine. On peut clairement dire qu’elle aurait échangé sans aucun problème Ambre contre Fitz (« Parce qu’Ambre était là, à la place de mon père »). Il faut dire qu’Ambre entretient les sentiments négatifs de la jeune fille en tentant de prendre part à son éducation, en se comportant donc comme un père. C’est une bien piètre décision de la part d’Ambre.

Au final, Abeille n’a que du mépris : « ce n’était plus le Bien-Aimé de personne, mais un petit homme triste, un bouffon brisé.