Envoyée dans le camp du pays des Angles par Glokta, Vick dan Teufel finit quand même par travailler pour l’Inquisition de l’Union. Elle est donc une agente zélée et compétente de ceux qui ont condamné sa famille et elle au pire. Pourquoi ?
C’est simple. Vivre dans les camps a été une réelle épreuve tragique et inhumaine pour la jeune femme. Elle y a frôlé la mort plusieurs fois, elle a été confrontée à son impuissance. En ayant pu quitter cet enfer, elle a réalisé qu’elle devait être du bon côté si elle voulait survivre. Ainsi, sa maxime est qu’ « il faut toujours être du côté des vainqueurs ». C’est ce qui lui permet d’avoir une certaine souplesse, de servir celui qui a ruiné la vie de sa famille.
En effet, Vick sert Glokta et l’inquisition même si elle sait que c’est la faute de Glokta si sa vie a mal tourné (« c’est vous qui avez envoyé ma famille dans les camps »).
Elle s’est retrouvée là-bas alors qu’elle n’était qu’une gamine : trop petite pour s’opposer à la décision mais assez grande pour en souffrir. Tous ont été victimes de l’arbitraire de Glokta qui a accusé et condamné son père, Sepp dan Teufel, sans preuves.
Quand elle parle de sa vie dans les camps, on ressent toute sa détresse vécue : « Vick avait effectivement huit ans, mais elle croupissait dans la cave puante d’un bateau, enchainée avec toute sa famille et un groupe d’autres prisonniers. Tous en route pour les camps du Pays des Angles, dont elle serait la seule à revenir ». Vick a donc vu ses parents, ses soeurs et son frère mourir.
Avant de les voir mourir, elle a eu le temps de se rendre compte que l’on pouvait tout perdre. Après tout, dans l’Union, la famille dan Teufel était influente et puissante. Dans les camps, elle n’est plus rien. Ses membres ne sont que des prisonniers comme les autres qui subissent des mauvais traitements et des humiliations. Elle se rappelle que « dans les camps, elle avait dormi à côté d’inconnus. Des corps serrés les uns contre les autre dans la paille puante, comme les porcelets d’une portée. C’était toujours mieux que de crever de froid » et « la crasse, la douleur, la faim, la mort, l’injustice et la trahison. Les ténèbres éternelles des mines, la chaleur brûlante des fours, la fureur et le désespoir permanents, les cadavres dans la neige ».
Tout laisse à croire que les camps n’offraient qu’un destin à Vick : la mort. Pourtant, elle a survécu, tirée de là par Glokta. Elle est devenue une personne différente, prête à tout pour rester en vie. Les camps ont endurci Vick.
Elle, la fille de famille de noble, a perdu toute l’éducation reçue ; de toute façon, elle n’avait pas le choix. Les camps n’offraient aucune échappatoire, aucune chance (« quand on grandissait dans les camps, contrainte de dormir avec des inconnus, de partager la chaleur, la puanteur et les vermines, la pudeur était un luxe qu’on renonçait à s’offrir »).
C’était elle ou les autres, et elle a commis l’ultime méfait en dénonçant son frère qui préparait une révolte. Elle l’a vendu pour acheter sa liberté.
Glokta voit en elle un potentiel (« dans les camps, les tiens sont morts et tu as survécu (…) ces gens sont morts parce qu’ils n’étaient pas assez forts. Contrairement à toi »). Glokta a alors façonné Vick, ce qui n’est pas une mince prouesse. La femme aurait très bien pu vouloir se venger de lui. Cela a été le contraire : elle a espionné pour lui, l’a servi et est devenue Inquisitrice. Par exemple, elle a infiltré les rebelles de Valbeck, a fait semblant de prendre part à leur cause pour mieux les trahir. Elle a fait cela sans trop de regrets ou de remords. Tout simplement parce qu’elle veut vivre du côté de ceux qui dominent, et là, c’est le camp de l’Union.