Quand Elliania arrive à Castelcerf dans l’optique de se fiancer avec Devoir, personne n’imagine qu’elle le fait sous pression de la Femme Pâle. Elliania n’a pas d’autre choix qu’épouser un adolescent qu’elle ne connait pas si elle veut sauver sa mère et sa soeur.
On pourrait croire que, loin de la Femme Pâle, Elliania trouverait un moyen d’échapper à son emprise. Mais, la Femme Pâle a pris des précautions. Bien avant d’envoyer Elliania vers les Six-Duchés, elle l’a marquée : les tatouages ne sont pas que des tatouages. Ils sont aussi un moyen d’infliger la douleur. Peottre dit même qu’ils sont « un empoisonnement de l’âme ». Quand Elliania a été tatouée, elle n’était qu’une gamine (« un matin, elle est partie en promenade avec Henja, en qui elle avait toute confiance ; deux jours plus tard, la suivante l’a ramenée. Elle tenait à peine sur ses jambes et elle portait ces tatouages »). Les tatouages sont d’autant plus douloureux que la Femme Pâle a appris beaucoup de choses sur la magie, l’Art et autres grâce aux manuscrits récoltés ici ou là. Grâce à cela, elle peut faire souffrir et elle ne s’en prive pas.
Lorsque Fitz espionne Elliania, il se rend compte qu’il y a quelque chose de bizarre dans son comportement. C’est quand il voit le dos de la jeune femme qu’il comprend pourquoi elle souffre autant (« la mystérieuse punition des tatouages qui infligeaient d’insupportables brûlures à la narcheska laissait entrevoir l’existence d’une magie dont nous ne savions rien »). Fitz ne comprend pas pourquoi de simples dessins sur la peau peuvent faire du mal. Il se tourne naturellement vers le Fou pour en savoir plus.
Avec bien peu d’envie, le Fou lui montre son dos. Fitz constate alors que « si ses tatouages n’étaient pas identiques à ceux d’Elliania, ils étaient extrêmement similaires ». Le Fou lui explique alors que « leur application a été extrêmement pénible et longue » et que c’était un souhait de la Femme Pâle que ce soit douloureux (« ils prenaient grand soin de planter leurs aiguilles là où elle l’ordonnait »). D’une certaine façon, la Femme Pâle prenait plaisir à voir des enfants être torturé. Car, que ce soit Elliania ou le Fou, ils ont tous les deux été tatoués alors qu’ils n’étaient que des gosses. Le Fou précise qu’ « infliger un tel traitement à un enfant, à n’importe quel enfant, l’empêcher de bouger et le faire souffrir est atroce ». La peine accompagne donc le tatouage. Et savoir qu’on est marqué vous accompagne durant toute votre vie. Des années plus tard, malgré tout ce qu’il a vécu, tout ce qu’il a vu, le Fou est toujours tatoué contre sa volonté.
La Femme Pâle vaincue, les tatouages restent un des derniers témoignages de sa vengeance, de sa méchanceté et de sa cruauté. C’est comme si la défaite de la Femme Pâle avait décuplé la douleur. Fitz s’en rend compte en regardant le dos d‘Elliania (« la beauté luisante des serpents et des dragons avait disparu. Les tatouages s’enfonçaient en creux dans la peau qu’ils tiraient comme si on les avait gravés au fer rouge »). La relative beauté qu’on pouvait trouver en regardant les tatouages a disparu. Il n’y a plus rien d’artistique, plus rien de beau ; simplement un instrument de douleur.
Personne ne semble capable d’apaiser la douleur d’Elliania. Lourd est inefficace et même craintif en utilisant l’Art, la neige n’apaise pas le mal. C’est Fitz qui se chargera d’effacer les tatouages lors d’un processus marquant, presque dégoûtant et repoussant. Elliania vit un véritable moment de calvaire (« une encre à l’odeur pestilentielle suintant, contrainte et forcée, par les pores de la malheureuse qui, pour couronner le tout, souffrait le martyre. Elle serrait les dents et martelait le sol à coup de poings ») mais elle préfère supporter ça que garder les tatouages. D’ailleurs, elle le dit clairement : « peu importe les moyens, je veux seulement qu’on m’enlève ces tatouages. Je refuse de porter les marques de cette femme sur moi ! »