- L’Epervier : La bonne aventure et les philtres d’amour n’ont guère d’importance, mais les vieilles femmes méritent d’être écoutées.
- L’Epervier : Essaie de choisir avec soin, Arren, lorsqu’il faudra faire de grands choix. Quand j’étais jeune, j’ai eu à choisir entre être et agir. Et j’ai sauté sur la seconde solution comme une truite sur une mouche. Mais chacun de tes gestes, chacun de tes actes, te lie à lui et à ses conséquences, et te force à agir encore et toujours. Il est donc très rare de rencontrer un espace, un moment comme celui-ci, entre deux actions, où il soit possible de s’arrêter et de se contenter d’être, tout simplement. Ou de se demander qui on est, en fait.
- L’Epervier : Je n’inflige pas de punition, dit la voix dure et claire, glacée comme la froide lumière de mage dans le brouillard. Mais au nom de la justice, Egre, je prends ceci sur moi : j’ordonne à ta voix de se taire jusqu’au jour où tu trouveras un mot qui vaille la peine d’être dit.
- (À Lorbanerie) : Au crépuscule, l’air y est empli de petites chauves-souris grises qui se nourrissent des vers. Elles en mangent beaucoup, mais on le tolère et elles ne sont pas exterminées par les tisserands, qui considèrent en vérité que tuer ces animaux est un acte de très mauvaise augure. Car, disent-ils, si les êtres humains vivent des vers, les petites chauves-souris ont le bien le droit d’en faire autant.
- C’était là, pensa Arren le fondement même de la sorcellerie : faire allusion à des choses formidables tout en ne disant rien, et ne rien faire du tout en faisant croire que c’est le sommet de la sagesse.
- (La voix du dragon) : La voix était douce et sifflante, presque semblable à celle d’un chat en colère, mais gigantesque, et il y avait en elle une terrible musique. Quiconque entendait cette voix ne pouvait que se figer et écouter.
- Arren : Quel mal les arbres ont-ils fait ? dit-il. Faut-il qu’ils punissent l’herbe pour leurs propres fautes ? Ces hommes sont des sauvages, qui incendient une terre parce qu’ils sont en querelle avec d’autres hommes.
- L’Epervier : Qu’est-ce qu’un homme bon, Arren ? Un homme bon est-il celui qui ne ferait pas le mal, qui n’ouvrirait pas une porte donnant sur les ténèbres, qui n’a pas de ténèbres en lui ? Regarde mieux, mon garçon. Regarde un peu plus loin.
- L’Epervier : As-tu cru que je devenais sénile, et que j’allais clamer mon nom partout, comme ces vieillards larmoyants qui ont perdu la raison et toute dignité ? Pas encore, mon garçon !
- L’Epervier à Arren : Tu entres dans l’âge d’homme aux portes de la mort.
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