- Comme l’avait prédit Albertain, le fromage que Brèche-Dent avait mangé se révéla avarié. Ses boyaux le lui firent savoir à une heure indue de la nuit, alors que le moulin dormait du sommeil du juste. On dit qu’il resta aux latrines jusqu’au matin, à gouverner sur un royaume fétide.
- Jeanny : Un bouffon est en dessous du peuple, mais au-dessus du roi. Il se situe dans cette folie que les nobles jalousent autant qu’ils la détestent. Amuse le roi et tu amuseras la cour. Alors, tu seras l’être le mieux loti du château, sois-en sur.
- Jeanny : Tout est permis pour le bouffon de la Couronne. L’interdit, il le piétine, les tabous, il les crie haut et fort, et la bienséance… il se torche avec !
- Cette tradition remontait au temps de la Peste Noire qui s’était abattue sur Hylion, lors de la Première Dynastie. L’eau étant perçue comme un véhicule de la maladie, on s’était résignés à ne plus boire que du vin ou de la bière. Rien que ne saurait convenir à un enfant… De là était venue l’idée d’offrir ses larmes en guise de boisson. Ainsi, disait-on, avaient été sauvés les enfants d’Hylion.
- Jeanny : Je savais bien que j’avais pas été gâtée par la nature, que je ressemblais pas franchement à une femme, pas non plus à un homme - à pas grand-chose en vérité. Mais si c’était que ça, un étalon pas trop regardant, ça se trouve. Suffit de le payer pour qu’il crache la purée et le tour est joué. On a un même, et le reste, ça compte plus. Mais non… le Triste a trop bien fait les choses. J’ai tout essayé… Mon ventre est resté aussi plat que mon dos était rond.
- (La Mère-Affiliée à l’enterrement du Marionnettiste) : Pendant un moment, elle considéra le petit cadavre avec l’étonnement stupéfait, et un peu bête, d’une mère confrontée à une vérité qui la dépasse. On voyait presque se dissiper dans ses yeux la lumière aveuglante du déni, occultée par le brouillard gris de l’acceptation. Voilà pourquoi, après de longues minutes silencieux, elle poussa ce hurlement, né des entrailles de sa douleur, qui glace le sang et terrasse le coeur. Tous les fidèles tremblèrent comme un seul homme. Puis la vieille femme déposa le corps sur la tombe du Triste.
- (La mère de Sébrain, à propos de son père) : On s’est regardés longtemps. Je suis sûre qu’en fait ça a duré à peine quelques secondes, mais y a des moments comme ça, où on a le sentiment que le temps se laisse aller.
- Un constat éclaira la poix de ses pensées : pour provoquer le rire, nul besoin d’être bien disposé. On pouvait exceller dans la pitrerie malgré sa mauvaise humeur. Pire, la gaieté que produisait un bouffon semblait proportionnelle à la douleur qu’il ressentait.
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