Fille de Maybor, Melliandra est promise à un brillant avenir. Elle doit épouser le fils du roi et de la reine; L’union ravirait toutes les dames du royaume, ce n’est pas son cas. Instinctivement, quelque chose la dérange ; le prince lui fait une bien mauvaise impression (« on avait beau lui prêter des connaissances sans rapport avec son âge et une grande adresse à l’épée, il lui faisait peur et Melli se méfiait de son charme vénéneux »). Melliandra n’est qu’une gamine, personne ne lui demande son avis. Elle subit les décisions et actes des adultes. On en a un exemple marquant quand Baralis (l’ennemi de son père) la surprend à espionner, involontairement, une conversation. Baralis a alors une attitude détestable qui montre toute l’emprise qu’il a sur la fille. On peut lire que « sa main descendit plus bas, le long de sa jambe, sous son jupon ; ses doigts froids se posèrent sur sa cuisse. Melli était vaguement effrayée mais ne pouvait rien faire »). Melli subit là une des premières des agressions sexuelles : dès son plus jeune âge, pas encore pubère, elle est déjà malmenée. Mais, qu’attendre de Baralis, cet homme infâme qui a violé la reine ?
Le temps a passé et Melliandra a grandi. La jeune fille est devenue une femme. Son corps s’est développé et ses pensées se sont affirmées. Malgré le fait que le mariage avec le prince soit maintenu, elle veut quand même prendre en main son destin. Elle ne se voit pas comme toutes les autres femmes de son entourage (« ses amis adoraient peut-être s’habiller et badiner, mais elle trouvait ce rôle de femelle stupide et indigne d’elle ; et elle ne donnerait jamais raison à un homme s’il avait tort »). Les intentions sont louables, elles s’heurtent vite à la réalité. On ne cesse de la renvoyer à son statut de femme et elle ne peut même pas décider qui elle peut aimer ou non. Ainsi, Melliandra semble un peu résignée. Elle a vite compris qu’ « une demoiselle de son rang se voyait soumise à d’innombrables restrictions ». L’idée de pouvoir faire ce qu’elle veut lui est impossible : « elle ne jouissait plus de la moindre liberté ; elle aurait tout aussi bien pu se cloîtrer dans sa chambre ». Son père a beau être riche et influent, elle n’a pas son mot à dire sur sa propre vie.
Pour tenter de reprendre les choses en main, elle ne voit qu’une solution : fuir. Fuir ce mariage arrangé, fuir son père, fuir le confort du château.
Melliandra n’est pas du tout préparée à la vie qui l’attend. Elle n’a aucune réelle connaissance du monde. Elle sait à peine marchander, elle sait à peine acheter ce qui lui serait nécessaire pour survivre.
Son périple l’amène à croiser le chemin de Jack (un jeune homme doué de magie, ancien apprenti de Baralis). A ses côtés, on voit vite qu’elle n’est pas prête aux sacrifices qu’impose une évasion. Jack est prêt à manger ce qui lui tombe sous la main ; elle non (« comment pouvez-vous manger cela, alors que des asticots ont grouillé dessus ? »).
On tente de l’escroquer, on profite de sa naïveté.
Pire, Melliandra est une belle femme naïve et à l’apparence fragile. Des hommes tentent d’abuser d’elle. On en a un exemple quand elle est rattrapée par des hommes de Baralis qui ont pour la mission de la ramener à leur patron. Ils voient là une occasion de la violer. Un viol collectif est ainsi promis à Melliandra. Et même s’ils ne parviennent pas à leurs fins, elle est agressée sexuellement (« le chef empoigna le corsage de Melli et le lui arracha d’un coup sec. Ses seins pâles apparurent à tous. Melli tenta désespérément de se couvrir mais le chef se coucha sur elle, écrasant ses lèvres contre les siennes et lui pétrissant la poitrine »).
Après quelques péripéties, Melliandra se retrouve seule sur la route. Elle arpente els chemins sans but, ne sachant où aller. Elle a froid, elle a faim. Quand elle cherche de l’aide, elle est repoussée et moquée. On la traite comme si elle était une vulgaire putain, une femme de mauvaise fréquentation (« Bon débarras. Nous ne voulons pas de ça chez nous. Va donc à Duvitt —c’est là bas qu’est ta place »).
Là, une main en apparence chaleureuse lui est tendue : celle de Madame Gralle. Elle lui offre à manger, des soins, un bain et des habits. Le lecteur comprend très vite les intentions de cette femme ; Melliandra montre toute sa crédulité. Elle ne comprend pas que Madame Gralle veut faire d’elle une prostituée dans son établissement miteux. Madame Gralle a très vite vu que Melliandra sortait du lot, qu’elle n’était pas une femme comme les autres avec sa fraîcheur et ses formes.
Madame Gralle profite de Melli : elle la fait boire pour troubler ses esprits, affaiblir ses défenses. Elle lui donne des habits censés la mettre en valeur (« le corsage, très bas, découvrait largement sa poitrine. La ficelle tirait si fort sur ses lacets que Melli pouvait à peine respirer ; quant à ses seins, ils remontaient vers son menton »).
Sans s’en rendre compte, sans le savoir, Melli est prostituée. Tout le monde dans l’établissement se rend compte qu’ils peuvent acheter ses services, sauf elle. Sa méfiance endormie par l’alcool, elle se retrouve dans des écuries où un homme abuse d’elle. Il l’embrasse de force et tente d’aller plus loin. Dans un sursaut, elle riposte : « sentant sa main remonter vers sa cuisse, elle décida de ne pas tolérer plus longtemps (…) de toute la force de son corps, elle releva le genou et l’enfonça violemment dans le bas-ventre ».
Les conséquences sont terribles : elle est accusée d’agression, d’avoir profité de la bonté de Madame Gralle, de vol. Elle ne peut pas se défendre, elle est condamnée à être fouettée. En attenant l’exécution de sa peine, elle est jetée dans une fosse, à la merci de n’importe quel passant. On l’insulte, on la traite de tous les noms, on lui demande de se déshabiller et on lui jette des ordures (« elle avait reçu une pluie de légumes et des morceaux de viande pourrie sur la tête. Des projectiles puants et mous, pour la plupart »). Le pire vient quand elle est fouettée car c’est la pire sensation jamais ressentie. Elle n’a aucune chance de se libérer, aucune chance d’obtenir la clémence. Les gens présents veulent assister à un spectacle, à son désarroi. Le bourreau ne fait preuve d’aucune pitié : « le fouet se releva et retomba avec une force force terrible sur le dos de Melli (…) L’homme plia le fouet, le releva très haut et l’abattit cruellement. Cette fois, la corde toucha la chair ». Et même si elle est tirée de là par des hommes de Baralis, les coups pris la marquent durement.
Fouettée et humiliée, Melli se retrouve prisonnière dans un endroit lugubre, à la merci de Baralis. Ce dernier continue d’avoir une attitude perverse à son encontre. Baralis joue le voyeur et espionne Melli dans sa cellule pendant qu’elle se déshabille (« loin de dégrader la beauté de la jeune fille, ces marques semblaient la magnifier peur leur hideur même. Baralis sentit un fourmillement dans son bas-ventre »). Clairement, il prend du plaisir en apprenant que Melli a été malmenée.
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